Les 149 passagers et membres d’équipage d’un bateau de croisière, suspecté d’être un foyer d’hantavirus, demeurent coincés à bord dans l’incertitude au large du Cap-Vert lundi soir, dans l’attente d’un lieu où pouvoir débarquer.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état dimanche de trois morts liées à ce présumé foyer d’infection à hantavirus, une maladie qui peut provoquer un syndrome respiratoire aigu, sur un navire de croisière dans l’Atlantique, le MV Hondius, qui reliait Ushuaïa, en Argentine, à l’archipel ouest-africain du Cap-Vert.
Les victimes sont un couple de Néerlandais et un Allemand, tandis qu’un Britannique évacué en Afrique du Sud a été testé positif – il est le seul pour le moment – à l’hantavirus, selon l’opérateur du navire, Oceanwide Expeditions.
A ce stade, à l’exception de deux membres d’équipage malades (un Britannique et un Néerlandais, selon l’opérateur), « il n’y a pas d’autre personne présentant des symptômes à bord, mais la situation est attentivement surveillée », a déclaré dans une vidéo lundi soir Maria Van Kerkhove, directrice par intérim du département de prévention et préparation aux épidémies et pandémies de l’OMS.
« Il a été demandé aux passagers de rester dans leurs cabines et de limiter les risques tandis que des mesures de désinfection notamment sont prises », a-t-elle ajouté.
Le navire n’a pas été autorisé à accoster dans le port de la capitale cap-verdienne, Praia, et a mouillé au large lundi, a constaté un photographe de l’AFP. Des équipes médicales sont venues à bord pour examiner les deux personnes infectées, selon les autorités.
– « Rentrer chez nous » –
La direction nationale de la santé cap-verdienne a annoncé dans un communiqué avoir demandé au Royaume-Uni et aux Pays-Bas l’envoi d’ambulances aériennes « dans les meilleurs délais » pour procéder à « l’évacuation des patients ».
« L’OMS, en coopération avec les autorités du Cap-Vert et des Pays-Bas, et les exploitants du navire, travaillent à ce que les deux personnes malades soient évacuées aux Pays-Bas afin d’y être soignées », a assuré Mme Van Kerkhove.
Le ministère néerlandais des Affaires étrangères a confirmé dans un communiqué étudier « les possibilités d’évacuer médicalement quelques personnes du navire » et que « si cela s’avère possible », il « se chargera de la coordination ».
Jake Rosmarin, un passager du MV Hondius qui chronique son voyage sur les réseaux sociaux, a raconté lundi sur Instagram qu' »il y a beaucoup d’incertitude et c’est la partie la plus difficile. Tout ce que nous voulons maintenant, c’est nous sentir en sécurité, avoir des réponses claires et rentrer chez nous. »
Les îles de Las Palmas et de Tenerife, dans l’archipel espagnol des Canaries, sont « envisagées » pour débarquer les passagers, a indiqué le croisiériste néerlandais Oceanwide Expeditions dans un communiqué, précisant que « des mesures de précaution strictes » et d' »isolement » sont appliquées.
L’opérateur a expliqué qu’après un premier décès à bord le 11 avril, le corps du passager, un Néerlandais, a été débarqué sur l’île de Sainte-Hélène (Royaume-Uni) le 24 avril, accompagné par son épouse. Celle-ci est ensuite tombée malade avant de décéder à son tour.
Puis, le 27 avril, un passager britannique est « tombé gravement malade et a été évacué médicalement vers l’Afrique du Sud », selon le croisiériste.
Enfin, un Allemand est décédé à bord le 2 mai, sans que la cause ait été établie, ajoute Oceanwide Expeditions.
« Deux membres d’équipage présentent actuellement des symptômes respiratoires aigus, légers pour l’un et sévères pour l’autre. Tout deux ont besoin de soins médicaux urgents », selon la même source.
– « Faible risque » de propagation –
« Il n’y a aucune raison de céder à la panique ni d’imposer des restrictions de voyage », estime Hans Kluge, directeur de l’OMS Europe, soulignant que les infections à hantavirus sont rares, généralement liées à l’exposition à des rongeurs infectés, et ne se transmettent « pas facilement entre personnes ».
Dans son premier communiqué sur la situation, Oceanwide Expeditions, spécialiste des expéditions polaires, avait confirmé « une situation médicale grave » à bord du MV Hondius. Il avait ensuite annoncé les trois décès.
L’hantavirus, maladie généralement transmise à l’homme par les rongeurs, a été confirmé chez le Britannique actuellement en soins intensifs à Johannesburg, en Afrique du Sud, a précisé Oceanwide Expeditions.
Il n’est toutefois pas encore établi si le virus est à l’origine des trois décès, selon le croisiériste. Aucun autre cas d’hantavirus n’a été officiellement confirmé pour le moment mais l’enquête se poursuit, a déclaré l’entreprise.