« Je suis coupable des faits. Je reconnais ma culpabilité dans cette affaire. » Pour la première fois depuis le début de l’instruction ouverte en 2018, Christophe Guazzelli reconnaît, ce lundi 4 mai, devant la cour d’assises d’appel des Bouches-du-Rhône, être l’auteur du double assassinat de l’aéroport Bastia-Poretta. Jean-Luc Codaccioni et Antoine Quilichini, figures du grand banditisme, y avaient été tués par plusieurs tirs le 5 décembre 2017, sur fond de guerre entre clans rivaux, selon l’enquête.

« On aura le temps de répondre en longueur durant les débats, ajoute celui qui avait été condamné à 30 ans de réclusion criminelle dont 20 ans de sûreté lors du premier procès en juin 2024. Je compte participer à mon procès, aux débats. Ce n’est pas une position nouvelle parce que j’ai invoqué mon droit au silence lors de l’instruction et par la suite. C’est la première fois que je prends la parole. »

« C’est une responsabilité que, moi seul, je porte »

En revanche, Christophe Guazzelli ne reconnaît pas la qualification de « bande organisée » ni l’association de malfaiteurs : « C’est une responsabilité que, moi seul, je porte. » Des aveux qui laissent un blanc dans la salle et vont même jusqu’à surprendre la présidente de la cour, Nourith Reliquet. Avec ce moment d’audience, le trentenaire veut ainsi se placer, d’une voix calme et posée, comme le seul responsable de ces crimes. En prenant soin de dédouaner ses coaccusés. 

Cathy Chatelain, condamnée à 23 ans de réclusion criminelle en première instance, reconnaît aussi sa responsabilité dans le double assassinat. Tête haute, elle acquiesce froidement à la question de sa culpabilité posée par la présidente de la cour, mais n’a pas la même position sur les autres accusations : « Je ne reconnais pas la tentative d’assassinat sur Michel Bastiani (victime collatérale des tirs, NDLR). Sur la corruption active, je ne reconnais pas tout. Je reconnais la corruption passive. »

Cette surveillante de la prison de Borgo avait désigné l’une des deux victimes au tireur, en embrassant Jean-Luc Codaccioni, dans l’aérogare de Bastia Poretta.

Richard Guazzelli, considéré par l’accusation comme le conducteur de la Golf qui a transporté son frère à l’aéroport le jour des faits, ne vient pas contredire la version de Christophe Guazzelli: « Je ne reconnais pas ma culpabilité dans le double assassinat. »

« On est dans une démarche hyperrespectueuse où la vérité doit ressortir »

Il nuance ses propos sur le reste des chefs de poursuites tout en se déclarant non coupable : « Je vous laisserai décider si j’ai une responsabilité dans le recel du véhicule. Ma réponse sera éclairée par les débats. On est très apaisés dans le box. On est dans une démarche hyperrespectueuse où la vérité doit ressortir. » Il s’inscrit en faux s’agissant de l’association de malfaiteurs.

Christophe Andreani, condamné à 25 ans de réclusion criminelle dont 13 ans de sûreté et selon l’accusation, présent dans un second véhicule, une Clio, en renfort le jour des faits à l’aéroport de Bastia, nie aussi les faits. Tout en apportant une nuance sur l’association de malfaiteurs : « J’ai déjà été condamné pour ces faits dans le dossier de trafic de stupéfiants. Je m’exprimerai ultérieurement là-dessus. »

Abdel-Hafid Bekouche, condamné à 25 ans de réclusion criminelle dont 15 ans de sûreté, lui aussi désigné par l’enquête comme étant présent dans la Clio le jour des faits, nie également en bloc.

Jaouad Sebbouba condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour complicité d’assassinat, se déclare aussi non coupable sur tout. Il lui est reproché d’avoir facilité la préparation du meurtre en bande organisée. Ange-Marie Michelosi, qui a écopé de 25 ans de réclusion criminelle, ne reconnaît pas les faits non plus. Il est suspecté d’avoir « recruté » Cathy Chatelain, et d’avoir été « animé par un très fort sentiment de vengeance contre Jean-Luc Germani et son clan, qu’il tient pour responsable de l’assassinat de son père. »

Condamné à 9 ans de prison, Jimmy Bailleul, présenté comme « le transporteur » d’Abdel-Hafid Bekouche depuis la Corse vers Marseille, plaide aussi non coupable : « J’ai été condamné pour l’association de malfaiteurs dans un dossier de stupéfiants. Je n’ai rien à voir avec ce dossier d’assassinat. »

Les autres accusés nient les faits

Plus en retrait, Jacques Mariani, condamné à 10 ans de prison lors du premier procès, « conteste tous les faits mis à part le téléphone PGP. » Il est placé dans une association de malfaiteurs à la faveur du témoignage de Jérôme Tousaint, ancien repenti, mais aussi de la « profonde haine et du sentiment de vengeance à l’égard du clan Germani qui transpire des messages cryptés ». L’accusation considère qu’il connaissait le projet criminel.

Sans surprise, François Marchioni et Joseph Menconi, acquittés en première instance, nient aussi les faits d’association de malfaiteurs. Le procès du double assassinat de Bastia-Poretta vient connaître ses premières vérités judiciaires avec les aveux de deux accusés. 

Le scénario manqué par les acteurs de la première audience, qui avait viré au chaos, sans pouvoir entendre la parole des accusés. L’examen du fond du dossier est forcément très attendu à la lumière de ces premières déclarations.

Selon l’accusation, cette affaire met aux prises d’un côté « le clan Germani » et de l’autre « le clan Guazzelli-Mariani ». Les enquêteurs y voient une volonté de Richard et Christophe Guazzelli, Ange-Marie Michelosi et Jacques Mariani, de venger la mort de leurs pères « qu’ils attribuent aux membres du clan  »Germani ». » C’est dans ce cadre qu’ils auraient « organisé non seulement les assassinats de membres importants du clan  »Germani » mais aussi procédé à son éradication totale. »

Plusieurs projets d’assassinat ciblant le clan Germani

Selon l’enquête, Jean-Luc Codaccioni apparaissait comme particulièrement proche de Richard Casanova (présenté comme un membre éminent de l’équipe criminelle de « la Brise de mer », il a été assassiné en 2008) et Michel Tomi. Ce dernier a fait fortune au Gabon en y implantant des bars PMU et des casinos : « Michel Tomi avait pris Jean-Luc Codaccioni sous son aile après le décès de son père, le considérant comme son fils. Il s’était également rapproché de Jean-Luc Germani. » Au moment de son assassinat, la victime purgeait une peine de quatre ans de prison pour une association de malfaiteurs relative à l’homicide de Jean-Claude Colonna.

De son côté, Antoine Quilichini était considéré comme un membre important de l’équipe de Jean-Luc Germani, après avoir abandonné la cause nationaliste. Son casier judiciaire comportait plusieurs condamnations dont, là aussi, l’association de malfaiteurs en vue de commettre l’assassinat de Jean-Claude Colonna.

Chose rare, les enquêteurs ont pu avoir accès à l’ensemble des messages cryptés échangés entre les téléphones PGP. Au-delà des nombreuses revendications des assassinats de la part de plusieurs accusés, plusieurs autres sont aussi envisagés. Il y est notamment question d’empoisonner Stéphane Luciani, présenté par la justice comme le lieutenant de Jean-Luc Germani. Ou encore de tuer Frédéric Federici (faisant partie de l’équipe de Jean-Luc Germani d’après la justice), Michel Tomi, Paul Canarelli (propriétaire du Domaine de Murtoli et proche de Jean-Luc Germani) et Jean-Luc Germani lui-même.