Pendant des années, il a écumé les sites de rencontres en usant d’une fausse identité pour attirer des femmes dans son lit.

Anthony Laroche, le trentenaire blond aux yeux d’un bleu profond et à la silhouette sculptée, a tout pour plaire.

Mais en réalité, derrière le bellâtre soi-disant designer monégasque, se cachait Jack Sion, retraité au physique bien éloigné de celui qu’il prétendait incarner.

Scénarios à la « Cinquante Nuances de Grey »

Après des semaines d’échanges quasi-quotidien, il invitait ses interlocutrices à le rejoindre dans son studio vieillot, situé sur la Promenade des Anglais à Nice.

Lui, ne se déplaçait jamais. Les rendez-vous convenus étaient scénarisés à la « Cinquante Nuances de Grey ».

L’agression s’est nouée à bord de la ligne 3 du tramway niçois.

Les conquêtes pénétraient dans le logement plongé dans l’obscurité, se bandaient les yeux, puis se déshabillaient tout en se laissant guider par cette voix d’homme mature qui les rassurait.

Ce n’est qu’après l’acte sexuel, pour certaines d’entre elles, qu’elles découvraient, avec effroi, la véritable identité de leur partenaire.

Un débat juridique inédit

Les premières plaintes n’ont donné lieu qu’à un simple rappel à la loi.

Jack Sion, une soixantaine d’années au moment des faits, n’a pas tenu compte de cet avertissement et a continué à sévir sur Internet. Jusqu’à ce qu’une plainte avec constitution de partie civile n’aboutisse à sa mise en examen.

D’abord un non-lieu en 2018

En 2018, la chambre de l’instruction d’Aix-en-Provence avait prononcé un non-lieu, considérant que la qualification de « viol par surprise » ne pouvait être retenue.

Une décision vivement contestée par les deux parties civiles, représentées par Me Mohamed Maktouf, qui ont saisi la Cour de cassation.

La haute juridiction a finalement tranché en faveur des plaignantes, estimant que « constitue un viol par surprise l’acte de pénétration sexuelle obtenu par un homme à l’aide d’un stratagème visant à tromper la victime sur son identité civile et physique parce qu’il savait que la victime n’aurait jamais accepté une relation sexuelle avec lui. »

L’affaire avait alors été renvoyée devant la cour criminelle de Montpellier, qui a condamné Jack Sion à huit ans de prison fin octobre 2021.

Mais quatre mois après son incarcération, le septuagénaire, qui a fait appel de la décision, était placé sous contrôle judiciaire et recouvrait la liberté.

« Nous plaiderons l’acquittement »

L’accusé a toujours contesté cette interprétation, affirmant qu’il n’avait ni contraint ni forcé ses partenaires, mais simplement participé à des relations consenties dans un cadre érotique.

« C’est une affaire emblématique et ancienne […] Notre client conteste toute forme de violence sexuelle. La défense mettra en avant qu’il n’y a eu aucune surprise. Au contraire, ces rapports sexuels étaient dénués de surprise, ils avaient été définis en amont entre les deux partenaires. Nous plaiderons l’acquittement », font savoir Mes Margaux Mathieu et Lou Ferdinand Dreyus, les conseils de Jack Sion, 78 ans, qui sera jugé du mercredi 6 au lundi 15 mai par la cour d’assises des Alpes-Maritimes.