Midi pile, Vienne en vue, avec un café et un croissant servis dans la cabine au réveil. Voilà ce que ce couple de retraités lyonnais décrit depuis qu’il a troqué la file de sécurité aéroportuaire contre un compartiment privatif à bord d’un train de nuit. Le principe est simple à résumer : on monte le soir dans un train, on dort, on descend le lendemain matin au cœur de la ville. Pas de correspondance, pas de tapis roulant à bagages, pas de siège étroit où les genoux souffrent pendant deux heures.
À retenir
- Un couple abandonne définitivement l’avion après une nuit à bord d’un train couchette entre Paris et Vienne
- La France a supprimé ses subventions aux trains de nuit internationaux, mais des alternatives existent et prospèrent
- European Sleeper relance le Paris-Berlin en 2026 et prépare d’autres liaisons nocturnes sans subventions permanentes
Sommaire
- Le train de nuit, ce voyage que l’on avait presque oublié
- La solution Zurich, ou comment rallier Vienne en dormant
- Paris-Berlin : la renaissance par une coopérative citoyenne
- Ce que ça change concrètement pour organiser son voyage
Le train de nuit, ce voyage que l’on avait presque oublié
Le train de nuit européen avait été enterré dans les années 2000, victime du low cost aérien et d’une certaine idée du progrès. Après un déclin dans les années 2010, les trains couchettes connaissent un retour en force comme solution à la fois pratique et sobre pour voyager entre grandes villes européennes. La compagnie autrichienne ÖBB, avec sa marque Nightjet, avait relancé la ligne Paris-Vienne en 2021. Cette liaison permettait de parcourir plus de 1 400 kilomètres en dormant et d’arriver le matin dans la capitale autrichienne, le tout géré par ÖBB sous sa marque Nightjet.
L’histoire a connu un tournant brutal. En décembre 2025, l’État français a supprimé ses subventions aux deux seuls trains de nuit internationaux desservant la France. Résultat : les liaisons Paris-Berlin et Paris-Vienne ont disparu du réseau. Une décision qui a suscité une pétition dépassant les 100 000 signatures. Le Paris-Berlin a été sauvé par une coopérative belgo-néerlandaise. Pour Vienne, la situation est plus complexe, mais pas désespérée.
Les voyageurs entre la France et l’Autriche ont toujours des options par le rail, notamment en prenant un TGV jusqu’à Zurich et un Nightjet pour continuer vers Vienne. Ce détour suisse, loin d’être un pis-aller, présente même un avantage de confort que les amateurs du rail connaissent bien. La compagnie ÖBB a lancé un vaste programme de rénovation de son matériel roulant en privilégiant les marchés stratégiques comme l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suisse. La France doit encore patienter avec des trains non rénovés. En partant depuis Zurich, on bénéficie en revanche de voitures entièrement modernisées, offrant un confort supérieur.
Le confort à bord, c’est précisément l’argument qui emporte la décision pour un couple de retraités. Les Sleeping Cars sont disponibles en configuration double ou triple, équipées soit d’un simple lavabo, soit de toilettes et d’une douche privatives. Ces cabines privatisées permettent de fermer le compartiment à clé. Le matin, c’est un petit-déjeuner servi dans la cabine. À bord, un colis de bienvenue avec apéritif, vin et eau vous attend à l’embarquement, et le matin, votre petit-déjeuner est apporté dans votre compartiment.
Pour les genoux fatigués ou l’appréhension des contrôles aéroportuaires, le calcul est vite fait. À l’aéroport, se présenter deux à trois heures avant le vol, retirer ses chaussures aux portiques, chercher sa porte dans un terminal labyrinthique, puis rester coincé trois heures dans un siège de 44 centimètres de large, tout cela appartient à un passé auquel on renonce volontiers. Dans un compartiment privatif Nightjet, on pose ses bagages, on choisit son heure de petit-déjeuner avant de s’endormir, et on arrive en centre-ville.
Paris-Berlin : la renaissance par une coopérative citoyenne
Sur la liaison parisienne la plus emblématique, la relance est déjà une réalité. Après le succès de sa ligne Bruxelles-Prague avec 230 000 passagers en un an, European Sleeper a lancé une deuxième liaison nocturne Paris-Berlin, opérationnelle depuis le 26 mars 2026. Contrairement à l’ancien Nightjet ÖBB qui transitait par Strasbourg, cette version passe par Bruxelles. Les départs ont lieu trois fois par semaine depuis Paris-Nord, les mardis, jeudis et dimanches à 17h45, avec arrivée à Berlin Hauptbahnhof le lendemain à 9h59. Les billets démarrent à 29,99 € en siège et 69,99 € en couchette.
Fondée en 2021 par deux passionnés néerlandais et soutenue par plus de 60 000 investisseurs citoyens, European Sleeper incarne un modèle inédit dans le ferroviaire. L’ambition affichée est de construire un réseau sans subventions permanentes, avec des lignes rentables par elles-mêmes, un pari audacieux que les premiers chiffres de fréquentation semblent soutenir. À partir du 13 juillet 2026, les trains Paris-Berlin marqueront également un arrêt à Hambourg-Harburg, rendant possible une arrivée à Hambourg depuis Paris en une nuit.
European Sleeper ne s’arrête pas là. Après le Paris-Berlin, la compagnie lancera une troisième ligne en septembre 2026 à destination de Milan, au départ de Bruxelles, desservant les gares de Cologne en Allemagne, Zurich en Suisse et Côme en Italie. Pour rejoindre Bruxelles depuis Paris, les OUIGO Train Classique proposent des tarifs accessibles dès quelques euros, ce qui ouvre la perspective d’une correspondance vers cette future ligne nord-sud.
Ce que ça change concrètement pour organiser son voyage
La mécanique de réservation est celle d’une nuit d’hôtel plus un billet de train, fusionnés en une seule transaction. Les trains Nightjet proposent trois niveaux : sièges inclinables, compartiments couchettes et cabines. Les services inclus varient selon le niveau, et peuvent être apportés à votre place dans les voitures couchettes et cabines. Les équipements comprennent salles d’eau communes pour les couchettes, lavabo privatif pour les cabines Standard, et douche avec toilettes privatives pour les cabines Deluxe.
Question tarifs, la fourchette est large. Les billets Nightjet débutent à 34,90 € en siège, 49,90 € en couchette et 79,90 € en cabine. Les prix sont dynamiques et augmentent avec le remplissage du train. La réservation tôt, jusqu’à six mois à l’avance, reste le meilleur levier pour obtenir un compartiment double à prix compétitif. Ces tarifs d’appel sont assez compétitifs face à l’aérien, d’autant que le trajet de nuit permet d’économiser une nuit d’hôtel.
Un dernier chiffre pour apprécier l’ampleur de ce qui se joue : en France, le transport ferroviaire ne représente que 0,3 % des émissions de gaz à effet de serre nationales, selon un rapport parlementaire d’octobre 2025. L’avion sur le même trajet Paris-Vienne émet environ vingt fois plus de CO₂ par passager. Pour beaucoup de retraités de 60 ou 65 ans qui ont vécu la construction de l’Europe et qui regardent leurs petits-enfants s’inquiéter du climat, ce n’est pas un argument abstrait. C’est une façon de voyager en accord avec ce qu’on pense, sans pour autant sacrifier le confort d’un compartiment privatif avec petit-déjeuner servi au lever du soleil.
Sources : franceinfo.fr | voyagerentrain.fr