Selon Bernard Coulie, professeur à l’Institut des civilisations, arts et lettres de l’UCLouvain et spécialiste de l’Arménie, ce double rendez-vous international n’a rien d’un hasard du calendrier. « Il s’agit en réalité d’un message adressé à la Russie, pour lui signifier qu’elle ne doit pas considérer cette ancienne république de l’URSS comme un territoire de chasse gardée ».

En ligne de mire, les élections législatives du 7 juin prochain se profilent. « Soit on continue de se diriger vers un rééquilibrage des forces en faveur de l’Union européenne, soit vers un renforcement de l’emprise russe », synthétise Bernard Coulie.

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« Pour Nikol Pachinian, l’organisation de ces deux sommets représente une énorme victoire politique, qu’il va utiliser dans sa campagne électorale, puisqu’il présente son parti comme le plus à même de rapprocher l’Arménie de l’Europe », continue le chercheur de l’UCLouvain.

Dans le cadre de ce scrutin, le Premier ministre Nikol Pachinian, libéral pro-européen, brigue un quatrième mandat. Face à lui, on retrouve une opposition morcelée, constituée de candidats, « pro-russes pour la plupart » d’après Bernard Coulie, qui pointe une figure au sein de ce groupe : Samvel Karapetyan, oligarque russo-arménien et première fortune du pays.

Une adhésion peu probable

En février 2025, le Parlement arménien s’est prononcé en faveur du lancement d’un processus d’adhésion à l’Union européenne. Mais du côté des Vingt-Sept, cela ne semble pas être à l’ordre du jour. « L’adhésion de l’Arménie reste hypothétique. Le pays n’a de frontière commune avec aucun Etat membre », pose le fin connaisseur de la civilisation arménienne. Ce dernier voit une autre explication à cet intérêt européen pour Erevan : « La Géorgie, qui avait introduit formellement une demande d’adhésion par le passé, a finalement fait marche arrière, se tournant vers la Russie. Perdant un partenaire potentiel, l’Union européenne tente peut-être de compenser avec l’Arménie ».

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Moscou s’est déjà positionné concernant le rapprochement entre l’UE et Erevan. « Il est impossible d’appartenir à une union douanière avec l’Union européenne et simultanément à l’Union économique eurasiatique », déclarait le président russe Vladimir Poutine en avril dernier. Fondée en 2014 sur le modèle de l’UE, l’Union économique eurasiatique (UEEA) vise à renforcer les liens entre les États post-URSS. « Si l’Arménie sort de l’union douanière, ça va lui coûter très cher en termes commerciaux. Voilà pourquoi, à mon sens, une adhésion à l’Union européenne n’est pas pour demain », continue Bernard Coulie.

Moscou est le premier partenaire commercial d’Erevan, qui lui achète son gaz à un tarif avantageux. « Beaucoup d’intérêts économiques sont aux mains de compagnies russes, ou dans celles de milliardaires arméniens qui ont leurs intérêts en Russie, comme l’oligarque Samvel Karapetyan », déroule encore le professeur de l’UCLouvain.

L’emprise russe en Arménie s’observe enfin sur le plan militaire, via la base de Gyumri, centrale pour la sécurité de la région du Caucase. Ainsi, certaines des frontières extérieures de l’Arménie sont gardées par des soldats russes, en vertu des règles de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), alliance militaire eurasienne fondée en 2002.

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