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Mémoire de la déportation ravivée à Corn. Le nom de Léon Lubtchansky rejoint celui d’André Bouzou sur le monument aux morts. Une plaque commune pour réparer un oubli de quatre-vingts ans et honorer deux destins brisés.
Jusqu’à ce jour, le nom d’André Bouzou figurait seul sur une plaque commémorative apposée sur le monument aux morts de la commune de Corn. Raflé par les nazis de la sinistre division « Das Reich » le 12 mai 1944 à Figeac, il avait été déporté au camp de Bergen-Belsen, où il était décédé en mars 1945, à l’âge de 19 ans. À la suite de ses recherches sur cette période, le Figeacois Pascal Mallet a retrouvé la trace d’un autre malheureux raflé, réfugié à Corn à partir de 1943.
Pour lui : « Ces recherches ont démarré avec l’histoire de mon grand-père, mort à la frontière franco-belge pendant la guerre de 14/18, et dont j’ai recherché la sépulture. De là, je me suis intéressé aux Poilus, puis à tous ces morts disparus qui n’ont jamais eu l’honneur de figurer sur nos monuments aux morts ». C’est cette quête qui conduit Pascal Mallet, également président du Souvenir français de Figeac, sur les traces de Léon Lubtchansky.

Léon Lubtchansky, réfugié à Corn en 1943.
/Photo fournie par la famille
En 1941, avec sa femme Sarah et leurs deux fils (Jean-Claude, 11 ans, et William, 4 ans), ils quittent la région parisienne, en compagnie de sept autres membres de leur proche famille, pour gagner Cannes, alors sous occupation italienne. Là-bas, il fait faire de faux papiers au nom de Bernard pour toute sa famille. Cinq membres de sa proche famille sont arrêtés et déportés en 1943 quand les Allemands prennent possession de la région. Seules leurs deux nièces Nicole Eizner et Paulette Berman échappent à l’arrestation.
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Pascal Mallet, président du Souvenir français de Figeac et Dominique Legrézy, maire de Corn.
/ DDM M.C.
Probablement arrêté par la Gestapo, il est envoyé à Drancy, puis Auschwitz
« Conscient du danger, Léon Lubtchansky contacte Pierre Ratier, directeur de l’usine Ratier et fils de Paulin Ratier, et ami de promotion de l’école d’ingénieurs Bréguet, qui lui propose de venir loger à ‘La Mouline’, l’ancien moulin dans le centre de Corn », nous raconte Pascal Mallet.
Hélas, le 11 mai 1944, alors qu’il rentre chez lui à vélo, Léon Lubtchansky est arrêté, probablement par la Gestapo, et emmené à la gendarmerie de Figeac où il passe la nuit. Le lendemain, il est rejoint par toutes les personnes raflées par la division SS « Das Reich » à Figeac, Bagnac et Maurs, et emmené à Montauban. Reconnu comme juif, il est envoyé à la prison Saint-Michel de Toulouse, en compagnie de tous les juifs, hommes et femmes, arrêtés lors des rafles dans tout le secteur est du département. Ses prochaines étapes seront Drancy puis Auschwitz par le convoi du 30 mai. Il y endurera de nombreuses privations et des mauvais traitements jusqu’au 6 mars 1945, date de sa mort à Buchenwald. Sa famille restée à Corn ne sera pas inquiétée et survivra à la guerre.
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Jean-Claude Lubtchansky, Nicole Eizner, Sarah et William Lubtchansky et Paulette Berman, à Corn.
Photo fournie par la famille.
Pour le maire du petit village, Dominique Legrézy : « Réparer cet oubli nous donne l’impression de remettre l’histoire à sa vraie place. Cette cérémonie qui s’annonce sera extrêmement émouvante grâce à la présence de ses descendants, Gabrielle et Sara, petites-filles de Léon Lubtchansky ». Le fils de Léon, Jean-Claude Lubtchansky alias Bernard, fut élève au collège Champollion et sa nièce Nicole Eizner à l’école de jeunes filles sous le nom de Nicole Esnault. Comme André Bouzou, également élève au collège Champollion, lorsqu’il fit partie des quelque 480 personnes arrêtées à Figeac le 12 mai 1944. La sélection effectuée à Montauban, il était envoyé à Compiègne, de là à Neuengamme, puis à Bergen-Belsen, où il mourra à l’âge de 19 ans.
Léon Lubtchansky et André Bouzou sont désormais associés sur la même plaque commémorative, qui sera dévoilée vendredi 8 mai à 17 h 30 à Corn, en présence de Gabrielle et Sara Lubtchansky, petites-filles de Léon, et de Nicolas Ratier, petit-fils de Pierre Ratier. Fils unique, André Bouzou n’aura hélas aucun représentant de sa famille, qui s’est perdue depuis.