Depuis deux semaines, des caravanes occupent de manière illégale un terrain à Couëron. Face aux nuisances et en attendant une décision de justice, le maire refuse tout raccordement à l’eau et à l’électricité. Des collectifs et élus de gauche sont vent debout.

Aux portes de Nantes, un nouvel imbroglio autour de l’accueil de populations Roms s’invite depuis quelques jours dans l’actualité. Le 22 avril, des caravanes ont investi illégalement un terrain à Couëron. Dans une agglomération nantaise réputée pour accueillir l’un des plus grands bidonvilles de France, ces occupations illicites provoquent régulièrement des controverses. Face à cela, le nouveau maire couëronnais de 24 ans Axel Casenave (divers droite), a opté pour une réaction de fermeté.

Depuis l’arrivée des familles sur ce terrain appartenant au Département mais pourvu de bâtiments municipaux, l’élu refuse le raccordement à l’eau et à l’électricité, ainsi que la scolarisation des enfants ou encore la mise en place d’une benne à ordures. «Dès lors que je leur donne raison et l’accès à ces services, je ne fais qu’entériner une situation illégale que je finis par cautionner», déclare au Figaro l’élu, joint par téléphone au lendemain d’un rassemblement de collectifs et d’élus d’opposition de gauche dénonçant la situation.


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Plainte déposée

«Il y a une très grosse inquiétude du voisinage», souligne Axel Casenave, en contact avec des habitants qui l’ont alerté depuis l’installation de ce camp illicite. «On a eu de nombreux troubles qui nous ont été relevés par les habitants de toute nature, comme des fumées toxiques, ou des riverains qui se sont retrouvés avec des excréments sur leur terrasse», fait savoir le maire qui tient au courant les administrés concernés de l’évolution de la situation. Le conseil départemental, propriétaire de la parcelle, confirme au Figaro avoir déposé plainte.

«On est toujours en attente de l’audiencement. À cette issue, il sera demandé à la préfecture de la Loire-Atlantique d’avoir recours à la force publique», reprend Axel Casenave qui, dès l’arrivée du convoi de caravanes il y a deux semaines, était allé à la rencontre des populations provenant de la ville voisine de Bouguenais. «Le concours de la force publique pour procéder à l’expulsion d’un stationnement illicite intervient sur la base d’une ordonnance du juge et à la demande du commissaire de justice mandaté par le propriétaire des lieux. La procédure auprès du tribunal est en cours», indique le service presse de la préfecture de Loire-Atlantique.

Rassemblement polémique

De son côté, le collectif Romeurope, dont la mission est notamment de défendre les droits fondamentaux des personnes originaires de l’Europe de l’Est en situation de précarité, déplore cette situation. «Le droit à l’eau est un droit qui leur est accordé même s’ils sont dans une occupation illégitime. L’ONG Solidarités International peut le faire dans la métropole d’une manière temporaire si elle a l’accord du maire», rapporte Yannick Voisin, membre du collectif Romeurope, qui évoque là des «besoins humains» de première nécessité. «Nous nous sommes mobilisés toute la semaine dernière pour demander un rendez-vous au maire», assure la bénévole, particulièrement préoccupée de la scolarisation des enfants, sujet pour lequel elle a reçu une fin de non-recevoir. «C’est un devoir pour un maire de scolariser. C’est très dommage car l’intégration passe par l’école. C’est notre cheval de bataille», poursuit-elle, alors que le collectif réfléchit à porter plainte. «L’illégalité d’une situation n’annule en rien les droits fondamentaux», dénonce de son côté le collectif Ecolo-Citoyen de Couëron.

Le maire, lui, reste intransigeant. «La loi oblige à mettre en place ces installations mais moi je ne cautionne pas une illégalité. Je me refuse à cautionner une violation de propriété privée et une installation illégale», redit-il, constatant au passage que «sur les 50 caravanes, il n’en reste plus que 15». Certaines sont notamment parties lors des pluies torrentielles de ce week-end. «J’espère que chacun retrouvera son calme pour qu’on gère cette situation dans les meilleures circonstances», termine le plus jeune maire de Loire-Atlantique, après avoir dénoncé des «intimidations inacceptables» lors du rassemblement de lundi. Vers 16h45, des militants des collectifs Romeurope et Ecolo-Citoyen, des élus d’opposition de gauche et insoumis, ainsi que des Roms s’étaient réunis devant la mairie pour réclamer un rendez-vous. S’ils assurent avoir agi de manière pacifique, le maire rétorque qu’ils sont arrivés «à 50 dans le hall de la mairie, menaçant de monter sans rendez-vous». Les gendarmes ont été appelés pour sécuriser les lieux mais aucune interpellation n’a eu lieu. Un nouveau rassemblement était prévu ce mardi soir. D’autres pourraient avoir lieu dans la semaine.