En matière de dépendance militaire à des pays étrangers, et notamment aux Etats-Unis, le cas de la France est loin d’être le plus critique au sein de l’Union européenne. Elle peut notamment s’appuyer sur une flotte d’avions de chasse Rafale 100 % français, et non sur des F-35 américains… Le rapport souligne d’ailleurs que « la France a traditionnellement fait le choix de fonder son autonomie militaire sur des vecteurs souverains. »
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Il n’empêche. Ce rapport parlementaire des députés François Cormier-Bouligeon (Renaissance) et Aurélien Saintoul (LFI), diffusé lundi, alerte sur « des pertes de capacité » dans certains domaines, ainsi que des « dépendances consenties sur des équipements à la technologie complexe ».
Les États-Unis, particulièrement « prédominants dans ces dépendances »
Le rapport cite notamment « le lance-roquettes unitaire [châssis américain], les catapultes à vapeur du porte-avions Charles-de-Gaulle et les catapultes électromagnétiques [équipements américains] du futur porte-avions France-Libre », ou encore « l’avion Awacs [équipement américain], dont le radar est très complexe ».
Le futur porte-avions France-Libre sera effectivement équipé de trois catapultes dites « Emals (ElectroMagnetic Aircraft Launch System) » pour le décollage et l’appontage des avions de chasse, le rendant partiellement dépendant de son développeur, l’Américain General Atomics. Les États-Unis sont particulièrement « prédominants dans ces dépendances en raison de leur avance technologique, qui leur permet de proposer des solutions opérationnelles aux armées françaises », souligne d’ailleurs le rapport.
Si l’Awacs sera prochainement remplacé, ce sera par une solution suédoise (le GlobalEye de Saab). Pour le LRU, « si des solutions souveraines pourraient émerger, un achat sur étagère auprès d’un pays étranger est aujourd’hui étudié », souligne le rapport.
« Forte dépendance vis-à-vis d’Israël » sur des modèles de cartouches
La France présente aussi « une forte dépendance dans le domaine des armes légères », les importations venant principalement « de l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Suisse et les États-Unis ». Le Famas est ainsi « progressivement remplacé depuis 2012 par le HK416 fabriqué par l’entreprise allemande Heckler et Koch ». Idem pour les munitions. « La dernière entreprise française de production de munitions de petit calibre, GIAT Le Mans, a fermé en 1999, rappellent les rapporteurs. Les importations proviennent actuellement de pays tels que l’Allemagne, l’Autriche, la Suède, Israël et les États-Unis ». Aurélien Saintoul souligne notamment « la forte dépendance de la France vis-à-vis d’Israël sur les cartouches 5.56 mm. Compte tenu du contexte, il semble plus nécessaire que jamais de s’affranchir de cette dépendance. »
Ces deux dépendances aux armes légères et aux munitions « constituent une véritable vulnérabilité », la fragilisation de la filière s’étant accrue « avec la vente de Manurhin à un groupe émirati en 2018 ». « Il s’agissait de l’unique entreprise française à fabriquer des machines pour produire des munitions. L’ensemble de la chaîne de production est donc démantelé. » « Le rétablissement de notre souveraineté dans ce domaine constitue une urgence », alertent les rapporteurs.
Il est par ailleurs « connu que la France importe la plus grande partie de sa poudre ». « Les importations proviennent principalement de l’entreprise Eurenco, dont les sites de production sont répartis en Europe. » Or, en cas de crise majeure, « il est probable que les pays disposant d’un site de production captent la totalité des capacités d’Eurenco pour leurs propres armées. La France pourrait être confrontée à une pénurie. » Certes, « deux usines d’explosifs ont été modernisées à Bergerac et à Sorgues, sous l’impulsion d’Eurenco », ce qui constitue « un progrès ». Mais cela reste « insuffisant pour assurer l’indépendance de la France sur un segment pourtant critique ».
« La réponse de l’État est parfois insuffisante »
Sur le segment des drones MALE (Moyenne altitude longue endurance), la France dispose d’un seul modèle de drone, le Reaper, qui est américain (General Atomics). Les rapporteurs rappellent que des entreprises travaillent à des modèles nationaux, comme Turgis et Gaillard, qui a effectué les premiers vols avec pilote du drone MALE « Aarok » en septembre 2025, ainsi que les entreprises Auro Aéro et Fly-R, qui développent également des modèles de drones MALE. « Des solutions souveraines peuvent donc être développées. »
Malgré ces enjeux, « la réponse de l’État est parfois insuffisante », pointe encore le rapport. « Les cas de ventes d’entreprises à des pays compétiteurs sont en effet fréquents », dit-il, citant notamment le cas de LMB Aerospace. « Cette entreprise produit des composants utilisés pour des équipements tels que le Rafale, le SNLE [sous-marin nucléaire lanceur d’engins], les hélicoptères Tigre, les chars Leclerc et le porte-avions Charles-de-Gaulle. LMB Aerospace a été racheté en 2025 par Loar Group, groupe américain qui rassemble les sous-traitants de l’aéronautique de la défense. »
Dans leurs conclusions, les deux parlementaires soulignent notamment la nécessité de « créer un fonds souverain pour financer l’industrie de défense française, alimenté par la mobilisation de l’épargne française, afin de disposer d’un levier d’investissement massif, rapide et pérenne ».