À rebours des mesures d’économies massives prônées par le rapport parlementaire sur l’audiovisuel public, la gauche radicale défend un retour de cette taxe supprimée en 2022.

Sitôt publié, le rapport Alloncle sur l’audiovisuel public s’est retrouvé sous une pluie de critiques, venues pour l’essentiel de la gauche. Cette dernière a toutefois tenté de rectifier le tir en adjoignant, à la toute fin de ce pavé de plus de 560 pages, une série de recommandations – assorties, bien souvent, de critiques acerbes contre la méthode et les conclusions de l’auteur du rapport, Charles Alloncle, député de l’Union des droites pour la République (UDR). Brève (trois pages à peine) et largement à charge, la contribution de La France insoumise ne brille pas par l’abondance d’idées nouvelles. Une mesure se démarque toutefois, tant elles détonnent avec l’esprit du rapport : le camp mélenchoniste propose de sanctuariser le financement de l’audiovisuel public en… rétablissant la contribution audiovisuelle universelle et progressive, supprimée depuis 2022.

Dans les quelque 400 pages qu’il consacre à la refonte de l’audiovisuel public, et dans le sillage de la ligne gouvernementale, Charles Alloncle se fonde sur un principe directeur : le redressement de l’équilibre financier, largement fragilisé, passe d’abord par une réduction des coûts de fonctionnement du service public. Avec un objectif affiché d’un milliard d’euros d’économies – soit plus d’un quart du budget de l’audiovisuel public -, il propose notamment de fusionner, voire de supprimer, plusieurs chaînes de radio et de télévision publiques.


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Renoncer à la «rentabilité immédiate»

C’est exactement l’inverse que prône le groupe insoumis : «Depuis 2022, aucun média public n’a bénéficié de Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM) avec l’État, la redevance audiovisuelle a été supprimée, et depuis septembre 2024, près de 200 millions d’euros ont été amputés à France Télévisions», regrette tout d’abord le groupe politique, estimant que de telles pratiques «contreviennent au Règlement européen sur la liberté des médias (article 5 de l’EMFA)», qui exige un financement «stable et prévisible afin de garantir l’indépendance de l’audiovisuel public».

Mais le groupe de gauche radicale va plus loin : il met en cause la nécessité même de réduire le déficit de ce service public, en vertu de la mission d’intérêt générale qui lui incombe. Cette dernière, soutiennent les députés mélenchonistes, «ne répond pas nécessairement à des logiques de rentabilité immédiate», pas plus qu’elle ne «peut être évaluée à l’aune des seuls critères du marché». Avant de mettre sur la table leur proposition clé : «le groupe LFI défend le rétablissement d’une contribution audiovisuelle universelle et progressive comme principale source de financement de l’audiovisuel public», qui seule garantirait «un financement pérenne, dynamique et stable pour cette dernière».

Plus de «justice fiscale»

Pour rappel, la «redevance télé», comme on l’appelait couramment, a été supprimée à l’été 2022 pour l’ensemble des contribuables, dans le cadre du «paquet pouvoir d’achat» porté par le gouvernement Macron. Cette taxe, qui existait depuis 1933, était prélevée par l’administration auprès des téléspectateurs particuliers comme des professionnels – restaurateurs, hôteliers, exploitants de bars – avant d’être reversée aux antennes publiques de radiodiffusion et de télévision. En la supprimant, le gouvernement avait fait valoir une économie de 138 euros par an (88 euros en Outre‑mer) pour plus de 20 millions de foyers.

En plus de régler d’un trait de plume le problème de financement de l’audiovisuel public, le groupe de gauche radicale voit dans le rétablissement de cet impôt l’occasion de rétablir une forme de «justice fiscale». Le système actuel affecte en effet une partie de la TVA collectée au financement chaînes publiques «faisant peser de la même manière son financement sur l’ensemble des Français», déplore les élus insoumis. Ce n’est qu’en fin de texte que la formation concède qu’une «maîtrise des coûts» est souhaitable, en plaidant pour une «réinternalisation massive des moyens de production à France Télévisions», autrement dit une réduction du recours aux prestataires privés. Rien de nouveau sous le soleil : cette recommandation figure déjà dans le rapport de Charles Alloncle.