Perdre un proche et s’en vouloir d’assister à ses obsèques. Ce jeudi 30 avril, pour un dernier au revoir à son beau-père, Olivier* portait ce sentiment troublant. Celui de 27 ans d’ancienneté de métier d’enseignant froissés par un courrier de la direction du service départemental de l’éducation nationale 54 (DSDEN 54) pour une demande d’autorisation spéciale d’absence (ASA) : « Je suis pour la lutte contre les excès, éviter les dépenses inutiles mais là c’est un courrier déshumanisant presque glacial, mentionnant que cette journée d’absence n’était vraiment pas bien vue mais qu’elle serait accordée et s’effectuerait sans traitement… » Comprendre sans solde.
« Ça bouleverse, on remet tout en question »
Olivier voit, en ce jour funèbre, le traitement que les employeurs, privés, ont accordé aux autres membres de sa famille présents aux obsèques : d’un à trois jours rémunérés. Un constat qui renforce son désarroi : « Je ne demande pas d’équivalence, j’ai pleinement conscience des difficultés économiques de l’État. Mais je demande un peu de considération qui plus est en ce moment douloureux. Là, j’ai eu l’impression que je n’étais pas légitime pour accompagner mon beau-papa. Ça bouleverse, on remet tout en question, l’investissement surtout. Si moi, motivé que je suis, je sens cette profonde démotivation j’ai peur pour notre système. On nous réitère les principes de bienveillance en classe, mais qu’en est-il de l’institution vis-à-vis des enseignants ? »
Membre de la direction dans un collège, un autre fonctionnaire de l’Éducation nationale de la banlieue nancéienne a eu, récemment, droit au même égard pour enterrer sa belle-mère.
Idem pour Charlotte* qui entendait assister aux obsèques de sa tante et marraine, représentant notamment sa mère qui ne peut plus se déplacer. À sa demande d’absence d’une journée à l’institution, cette institutrice à 35 ans de carrière reçoit un courrier de la DSDEN : « Suite à ma demande, j’avais l’impression que l’on me faisait une faveur avec ce jour accordé sans traitement. Durant ma carrière, j’ai déjà effectué quelques rares demandes d’ASA, évidemment justifiées. Jamais auparavant, nous avions ce type de considération. J’en conclus que les enseignants peuvent enterrer leurs proches en été, pendant les vacances, sinon c’est un problème. »
Un décret pour la fonction publique à l’étude
Dans les textes, les employés de la fonction publique ne sont pas régis par le Code du travail. Dans son application, la DSDEN 54 est évidemment dans les clous de légalité pour ces ASA, étudiées au cas par cas.
Le gouvernement a récemment demandé un durcissement des conditions d’ASA, dont un décret actuellement à l’ébauche devrait redéfinir les contours au sein de la fonction publique. Ce serrage de vis administratif, les syndicats l’enregistrent depuis quelques semaines.
Représentant syndical de l’UNSA 54 pour le premier degré, Laurent Woerther s’en fait l’écho : « Au départ, une ASA pouvait être déclenchée pour une maladie d’un enfant, un rendez-vous médical de longue date. Depuis toujours en cas de décès, elle prévoyait une journée voire trois selon le degré de parenté (Ndlr : conjoint, enfant, parent) et si besoin une absence pour le délai de déplacement avec maintien du traitement (Ndlr : salaire). Depuis cette année, il y a un virage complet. Là, on est en dessous du Code du travail et le demandeur reçoit un courrier évoquant qu’une autorisation en cas de décès n’est pas automatique et qu’il faut la recevoir comme une considération de l’institution. »
Pas sûr que l’épisode aide à l’attractivité d’un métier frappé d’une crise des vocations.
* Les prénoms ont été changés