L’Ukraine a accusé la Russie d’une nouvelle attaque mercredi 6 mai au matin, alors qu’a débuté à minuit un cessez-le-feu annoncé unilatéralement par Kiev. Des alertes ont retenti dans plusieurs régions et les autorités ont fait état de deux personnes blessées dans des frappes à Kharkiv, près de la frontière russe, ainsi que d’un équipement industriel touché dans la région de Zaporijjia. Plus de sept heures après l’entrée en vigueur de cette trêve, aucune attaque ukrainienne n’avait été rapportée par les autorités russes.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé une trêve à durée non déterminée lundi, en réponse à celle demandée par son homologue russe, Vladimir Poutine, pour les célébrations de la victoire contre l’Allemagne nazie, le 9 mai. Le dirigeant ukrainien, qui réclame de longue date un arrêt des hostilités, a toutefois souligné que Kiev répondrait « de manière symétrique » à toute violation de son cessez-le-feu.

« Cynisme absolu »

La journée de mardi s’est avérée particulièrement sanglante. Une attaque ukrainienne de drones sur la Crimée occupée a fait cinq morts mardi soir, dans la localité de Dzhankoi, selon les autorités russes. Au total, 28 personnes ont été tuées le même jour en Ukraine, selon un bilan des autorités locales actualisé mercredi.

« Nous avons besoin de l’arrêt de telles frappes et de toutes les autres du même genre chaque jour, et pas seulement de quelques heures quelque part », a souligné Volodymyr Zelensky. « C’est d’un cynisme absolu que de demander un cessez-le-feu afin d’organiser des célébrations de propagande, tout en menant chaque jour de telles frappes », a-t-il dénoncé. « À quelques heures seulement de l’entrée en vigueur de la proposition de cessez-le-feu de l’Ukraine, la Russie ne montre aucun signe de préparation visant à mettre fin aux hostilités. Au contraire, Moscou intensifie la terreur », avait constaté mardi le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiga, sur X.

Cependant, la guerre en Ukraine a été largement éclipsée de l’ordre du jour de la Maison-Blanche par le conflit dans le Golfe et la perspective de pourparlers s’est éloignée. La guerre a toutefois été évoquée mardi lors d’un appel entre le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, a annoncé le département d’État américain.

L’armée russe perd du terrain

Selon l’analyste politique ukrainien Volodymyr Fessenko, l’annonce de trêve par Kiev est une manœuvre tactique dans les champs « informationnel et politique ». « Si la Russie ne respecte pas notre cessez-le-feu, nous sommes en droit de ne pas respecter le sien. Cela annule l’initiative de Poutine », estime ce dernier, jugeant qu’il était « presque certain » qu’aucun des cessez-le-feu ne serait pleinement suivi. En avril, un cessez-le-feu de trente-deux heures pour la Pâque orthodoxe avait été violé à de nombreuses reprises sur le front, même si un arrêt des attaques aériennes à longue portée avait été observé.

Moscou refuse tout cessez-le-feu durable, arguant qu’il permettrait à Kiev de renforcer ses défenses. La Russie exige notamment avant tout arrêt des combats que l’Ukraine lui cède toute la région de Donetsk, que l’armée russe ne contrôle que partiellement. Mais pour la première fois depuis l’été 2023, la zone contrôlée par les Russes en Ukraine a diminué de quelque 120 km2 en avril, selon des données de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW).