« Alors c’est vrai ? Vous partez ? »

Depuis quelques jours et quelques reportages télé, la nouvelle fait le tour de Nice : la carterie Dézirdézarts, institution de la place du Palais de justice, ferme.

Sur le parvis de la vieille-ville, les présentoirs tournent toujours : ici une pin-up sur la Prom’glam hypercolorisée, là une carte de félicitations, une autre qui vante le bonheur d’avoir 40 ans ou encore des instantanés de Nice en noir et blanc.

La vie tourne comme les années.

Comme les 32 ans passés ici par Pascal et Viviane Maine, un couple du Nord tombé en amour de Nice.

Ça a commencé par un coup de foudre, d’abord le leur – ils se sont mariés en 1975 là-haut près de la Manche –, puis, celui pour ce petit local tout en longueur à deux pas de la Méditerranée.

« On a visité. Cinq minutes après, c’était signé », se souvient Pascal.

Gino Bestagno, 50 ans au service du parapluie, a pris sa retraite en décembre 2017.

À l’époque, la boutique de papiers peints Foucray où ils travaillaient avait fait faillite, ils étaient au chômage.

« Un soir de Noël, mon frère, qui était lui-même dessinateur de cartes postales, m’a dit : ‘‘Et pourquoi tu n’ouvrirais pas une boutique de cartes postales ?’’ ».

Aussitôt dit, aussitôt fait. Pascal et Viviane ont choisi cette échoppe devenue mythique.

« Oh non, c’est pas possible ! »

20 m2 à tout casser, tout en longueur, une petite mansarde pour le stock. Une boutique qui a vu défiler des milliers d’histoires.

Des milliers et des milliers de touristes mais aussi des milliers et des milliers de Niçois.

Des amoureux qui veulent déclarer leur flamme timbrée, des découvreurs conquis par les clichés et affiches de la Baie des Anges, des fans de souvenirs à écrire, à utiliser comme marque-page sur la plage des vacances ou à mettre sur le frigo, d’autres venant chercher là, un carton de baptême, de mariage et, malheureusement, parce que la vie est comme ça parfois, une carte de condoléances pour un être cher.

« Nos clients sont autant des touristes que des Niçois », détaille Pascal.

Il a eu des stars, des caprices, des demandes folles et farfelues.

Lesquelles ? Il hausse les épaules, ne se souvient plus, demande l’avis de son épouse :

« Elle se rappelle de tout, moi de rien. C’est elle qui choisit les cartes… » Des cartes à la vente à partir de 30 centimes.

Pascal fait l’inventaire d’une carrière.

Sans cesse interrompu par des gens qui passent la tête dans la boutique, les uns demandant leur chemin : « C’est où le marché aux fleurs ? Et La Poste ? ».

Les autres, des habitués, s’assurant que c’est bien fini : « Oh non ! C’est pas possible ! »

« On va faire le tour de France et on achètera des cartes postales »

« Oui, c’est fini, conforte Pascal. J’ai 73 ans, mon épouse à peine plus, il est temps que nous prenions notre retraite. »

Il le dit doucement, un brin de nostalgie dans la voix : « Ça n’a pas été facile de prendre cette décision, J’ai fait deux ans de plus que nécessaire, je n’arrivais pas à m’en aller ».

Mais aujourd’hui, la carterie est bien vendue.

L’acte officiel devrait être signé dans deux mois.

Ça attriste Pascal : « Je faisais un métier agréable avec des gens agréables, j’aime quand les gens sont contents et chez moi, ils étaient contents ».

Il est comme ça, le cœur sur la main, toujours à aider et le Vieux-Nice dans le cœur.

« « Le pharmacien, le marchand de paniers à côté, Mado la Niçoise au-dessus, on est une famille. » »

Puis, il y a le cafetier, le facteur, les clients, les fidèles, ceux qu’il a vu grandir, ceux qu’il a vu vieillir…

Ils lui manqueront mais il ne partira pas vraiment. Ou juste un peu.

« Avec ma femme, on va faire le tour de France, on achètera des cartes postales de chaque région, surtout des villages, et on les enverra à tous ceux qu’on aime. »