Le gouverneur François Villeroy de Galhau dresse un tableau en demi-teinte de l’économie française dans sa lettre annuelle au président de la République. La Tribune a sélectionné dix chiffres éclairants, au-delà des traditionnels taux de croissance et d’inflation.

L’économie tricolore n’est pas au mieux, mais pas non plus au plus mal. C’est ce qu’il ressort de la lettre annuelle adressée au Président de la République par François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, dévoilée lundi.

Malgré « de mauvaises finances publiques », la France présente des atouts, notamment de « bonnes finances privées », celles des entreprises et des ménages, illustre-t-il, à quelques semaines de son départ de l’institution pour prendre la tête de la fondation Apprentis d’Auteuil.

Parmi la quarantaine d’indicateurs, regroupés en cinq chapitres, La Tribune en a retenu dix. Des données qui éclairent sur la performance de la deuxième économie européenne et septième mondiale sur ces quinze dernières années, marquées par plusieurs crises. 

Des dépenses publiques supérieures de 272 milliards d’euros à la moyenne de la zone euro

C’est l’écart de dépenses publiques entre la France et la moyenne de la zone euro en 2025. Dit autrement : les dépenses publiques françaises ont dépassé de 272 milliards d’euros celles de la moyenne des pays partageant la monnaie unique.

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Les dépenses publiques de la France représentent ainsi 57,2 % du PIB tricolore, contre 48,1 % du PIB pour la moyenne de la zone euro. Un niveau quasi similaire à ce qu’il était en 2010 – il a d’abord baissé puis est remonté dans la foulée de la pandémie du Covid-19 et de la fameuse stratégie du « quoi qu’il en coûte ».

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Aujourd’hui, la France affiche le deuxième plus haut ratio de dépenses publiques de la zone euro – seule la Finlande dépense encore davantage (57,5 % du PIB). Un niveau très au-dessus de celui des pays les plus performants économiquement parlant l’année dernière : le ratio du Portugal, des Pays-Bas et de l’Espagne oscille entre 42,7 % et 45,3 % du PIB.

Les dépenses publiques de la France comparées à celles d'autres pays de la zone euro.Les dépenses publiques de la France comparées à celles d’autres pays de la zone euro. (Crédits : © Agathe Perrier, La Tribune)

14,8 % du PIB consacré aux retraites

Dans le total des dépenses publiques de la France, 14,8 % est consacré aux retraites. Un niveau supérieur de 2,3 points de PIB à la moyenne de la zone euro (12,5 %). « Par rapport à ses voisins les plus performants, la France dépense nettement plus pour son système de retraites, de santé, et pour les autres dépenses de protection sociale et les affaires économiques », relève François Villeroy de Galhau dans sa lettre.

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C’est ce qui explique en partie le haut ratio de dépenses publiques de la France. « Notre pays peut garder un modèle social proche de ses voisins, tout en améliorant nettement l’efficacité de ses dépenses publiques, estime le gouverneur de la Banque de France. Mais tant que nous n’aurons pas au moins stabilisé les dépenses totales en volume, nous ne devons plus rêver de baisses d’impôts non financées », ajoute-t-il.

Une dette publique de 115,6 % du PIB…

Tel est le ratio de dette publique attendu pour la France en 2025. Jamais il n’aura été aussi élevé, dépassant même le pic à 114,9 % atteint en 2020 à la suite des fortes dépenses publiques dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

La France affiche aujourd’hui l’un des ratios de dette publique les plus élevés de la zone euro. Et le pire pourrait encore être à venir. Au Fonds monétaire international, les économistes tablent sur une hausse de la dette publique passant à 118,4 % en 2026 et 120,5 % en 2027.

La France affiche l’un des ratios de dette publique les plus élevés de la zone euro.La France affiche l’un des ratios de dette publique les plus élevés de la zone euro. (Crédits : © Agathe Perrier, La Tribune)

…soit +30 points en 15 ans

Sur ces six dernières années, le ratio de dette publique français a grimpé de +17,4 points, contre +4,2 points pour la zone euro. L’aggravation de la dette publique française n’est néanmoins pas seulement à mettre sur le dos de la récente crise liée à la pandémie de Covid-19.

Le ratio français a enregistré une croissance presque continue depuis 2010, où il tournait autour des 85 % du PIB. Soit presque 30 points de plus pris en quinze ans, quand la moyenne de la zone euro est restée quasi-stable (85,4 % en 2010, 87,8 % en 2025).

« Par rapport à nos voisins les plus performants, c’est l’accumulation de nos déficits primaires (hors charge d’intérêts) qui explique la forte augmentation de notre dette publique au cours des quinze dernières années », peut-on lire dans la lettre de François Villeroy de Galhau.

La dette publique de la France a augmenté de presque 30 points en quinze ans, quand la moyenne de la zone euro est restée quasi-stable.La dette publique de la France a augmenté de presque 30 points en quinze ans, quand la moyenne de la zone euro est restée quasi-stable. (Crédits : © Agathe Perrier, La Tribune)

1,1 % VS 2,3 % : le fossé de croissance entre la France et les États-Unis

C’est le fossé de croissance entre la France et les États-Unis sur 15 ans. Avec une croissance annuelle moyenne de 1,1 % depuis 2010, la France est dans les traces de la zone euro (1,2 %). Les États-Unis, en revanche, se détachent nettement du reste des principales économies avancées, en particulier depuis la pandémie de Covid-19.

Rapporté au nombre d’habitants, l’écart entre la croissance française et celle de la zone euro s’accentue (0,7 % contre 1 %). Car la croissance de la population française a ralenti depuis 2010 sous l’effet d’une diminution des naissances combinée à l’augmentation du nombre de décès liée au vieillissement de la population. Une situation commune à de nombreux pays, y compris aux États-Unis qui affichent une croissance annuelle moyenne du PIB par habitant également bien inférieure (1,6 %).

+3,5 points de pourcentage : un taux d’épargne particulièrement élevé depuis le Covid

Le taux d’épargne des ménages français est au-dessus de son niveau pré-Covid de 3,5 points de pourcentage (18,7 % en 2025 contre 15,2 % en 2019). Cela illustre une « épargne restée particulièrement élevée », parmi les plus hauts niveaux de la zone euro et au-dessus de la moyenne des pays partageant la monnaie unique (15,2 %).

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« La consommation a rebondi moins vite que le revenu, et l’évolution de la structure du revenu a un temps davantage favorisé l’épargne (plus grand dynamisme des revenus du patrimoine, qui sont davantage réépargnés) », résume le gouverneur de la Banque de France.

-1,3 point : le recul du chômage structurel

C’est le recul du chômage structurel en France entre 2015 et 2025. « Une partie de ce recul serait due aux réformes du marché du travail, notamment le Pacte de compétitivité de 2012, les réformes du droit du travail de 2016-2017 (loi El Khomri et ordonnances Pénicaud), les réformes de l’assurance chômage et la réforme de l’apprentissage de 2018 », avance François Villeroy de Galhau.

Reste qu’à 7,7 % en 2025, le taux de chômage de la France est bien supérieur à celui de la zone euro (6,3 %). Particulièrement de l’Allemagne et des Pays-Bas, dont le taux de chômage est de respectivement 3,8 % et 3,9 %. « Ces écarts reflètent, en partie, des différences dans les formes d’emploi, notamment un recours plus élevé au temps partiel dans ces pays, ce qui peut faciliter l’accès à l’emploi et le maintien en emploi de certains groupes comme les jeunes (15-24 ans) et les seniors (55-64 ans) », est-il expliqué.

À 7,7 % en 2025, le taux de chômage de la France est bien supérieur à celui de la zone euro.À 7,7 % en 2025, le taux de chômage de la France est bien supérieur à celui de la zone euro. (Crédits : © Agathe Perrier, La Tribune)

2,5 % : l’inflation d’avril 2026

Tel est le pic d’inflation qui aurait été atteint au mois d’avril 2026, après 1,1 % en février et 2 % en mars. Une accélération presque entièrement due aux prix de l’énergie sous l’effet du choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient. Car l’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) reste très modérée, à +1,4 %.

François Villeroy de Galhau tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de cette guerre qui dure depuis plus de deux mois. « Il s’agit clairement d’un choc d’offre négatif, entraînant partout moins de croissance et plus d’inflation », prévient le gouverneur. C’est pourquoi il considère « sage » de se préparer aux trois scénarios économiques établis en mars par la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque de France selon la durée de la guerre, « et pas seulement au plus favorable ».

140 dollars : bientôt le prix du baril de pétrole ?

Ce pourrait être le prix du baril de pétrole d’ici le milieu de l’année 2026 si la guerre au Moyen-Orient se prolongeait et/ou s’intensifiait, selon le scénario « très défavorable » de la Banque de France.

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Actuellement, le prix du baril de Brent, référence du marché mondial de l’or noir, oscille autour des 115 dollars, contre 70 dollars le 27 février dernier, la veille du début de l’opération militaire américano-israélienne contre l’Iran. Soit une hausse de +62 % en l’espace de quasi dix semaines.

0,3 % : un taux de croissance quasi-nul en 2026 ?

Le taux de croissance du PIB réel pour 2026 serait quasi nul (+0,3 %), toujours dans cette hypothèse « très défavorable » concernant la guerre au Moyen-Orient. Ce serait le pire du pire puisque les deux autres scénarios fixent une croissance de +0,6 % ou +0,9 % cette année, avant de la voir augmenter.

« La France devrait garder une croissance annuelle ralentie mais positive, et éviter la récession, pour les trois années 2026 à 2028 », indique François Villeroy de Galhau. Un coin de ciel bleu dans ce tableau bien sombre.