On pensait la chose impossible. Acheter un billet d’avion, payer, et se voir réclamer de l’argent supplémentaire des semaines plus tard.
C’est pourtant exactement ce que fait Volotea depuis le 16 mars – et la compagnie espagnole est (pour le moment) la seule à oser le faire en Europe.
Comment fonctionne ce mécanisme inédit ?
Volotea a baptisé le dispositif « Fair Travel Promise », en français « engagement de voyage équitable ».
Concrètement, la compagnie se réserve le droit d’ajuster le prix du billet après l’achat, à la hausse comme à la baisse, en fonction de l’évolution du prix du kérosène relevé sept jours avant le départ. Le supplément maximum est fixé à 14 € par passager et par vol.
À l’inverse, si les cours baissent, la compagnie promet un remboursement jusqu’au même plafond.
La compagnie précise sur son site que « cet ajustement du prix ne génère aucun bénéfice pour Volotea » et qu’il n’intervient que dans des « situations extraordinaires ».
En contrepartie, les passagers peuvent modifier ou annuler leur vol sans frais jusqu’à quatre heures avant le départ.

Pourquoi le kérosène est-il si crucial pour les low-cost ?
La flambée des prix du carburant liée à la guerre au Moyen-Orient et à la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz frappe particulièrement les compagnies low-cost, pour lesquelles le carburant représente entre 30 et 50 % des coûts d’exploitation – contre 25 à 35 % pour une compagnie classique.
Le baril de Brent dépassait les 113 dollars mardi matin, contre environ 100 dollars mi-mars au moment où Volotea a mis en place sa nouvelle politique.
Le seuil au-delà duquel la compagnie peut facturer un supplément est fixé à 75 dollars – autrement dit, le supplément est quasiment systématique dans le contexte actuel.
Est-ce légal ?
C’est la question que se pose le ministre des Transports Philippe Tabarot, qui a déclaré sur France 2 qu’« il y a un flou là-dessus » et demandé à la DGAC (Direction générale de l’aviation civile) d’« travailler sur cette question très rapidement ». Il a précisé que la réponse se jouera au niveau européen, pas national.
Juridiquement, modifier le prix d’un billet déjà acheté est en principe illégal : le passager est lié à la compagnie par un contrat dont le tarif est une condition essentielle. Mais Volotea a trouvé la faille.
« Si dans le contrat qui est conclu, une clause prévoit une augmentation ou la baisse du prix et que le passager a acheté son billet après la rédaction de cette clause présente dans les conditions générales de vente, la compagnie a la possibilité de réajuster ensuite le tarif. Mais le passager doit en être clairement informé à la conclusion du contrat », explique l’avocate Anaïs Escudié de Retardvol.fr à nos confrères de BFM.
Sollicité par Radio France, l’avocat en droit aérien Emmanuel Llop confirme et précise les quatre conditions nécessaires : l’information claire lors de la réservation, des modalités de calcul transparentes, la possibilité de baisse prévue et le droit d’annuler sans frais. Les billets achetés avant le 16 mars ne sont pas concernés.
Des associations de consommateurs en Espagne et au Portugal enquêtent néanmoins sur la légalité du dispositif.