La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes a de nouveau annulé ce jeudi 30 avril 2026 la remise en liberté d’un jeune soupçonné d’être « le chef du point de deal » du quartier du Blosne à Rennes (Ille-et-Vilaine).

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Le 9 septembre 2025, une mère de famille a donné l’alerte : son fils a été enlevé à Cleunay alors qu’il était parti « récupérer sa consommation (de drogue) », selon elle. Le téléphone de son fils avait été rapidement géolocalisé par les enquêteurs au square de Galicie à Rennes. Le jeune homme sera retrouvé devant un supermarché, visage tuméfié, arcade droite ouverte et le nez semblant cassé.

Quelques heures plus tôt, trois individus dont un accompagné d’un chien l’avait contraint à monter à l’arrière d’une voiture, avait-il lui-même expliqué aux enquêteurs. Il avait alors eu « un sac plastique sur la tête » et la voiture s’est ensuite arrêtée square de Yougoslavie, dans le quartier du Blosne.

La victime avait ensuite été transportée dans une cave où une quinzaine d’individus se trouvaient : certains l’avaient frappée et elle a aussi été mordue par le chien. « Arrête de le frapper 9-4 », avait-il alors entendu, en référence au surnom imputé dans cette affaire à Samy, présenté comme « le chef du point de deal du Blosne » par un policier. Le jeune homme est originaire de Joinville-le-Pont, dans le Val-de-Marne (94).

Quartier du Blosne, à Rennes. Image d'illustration

Quartier du Blosne, à Rennes. Image d’illustration

© FTV

Ses ravisseurs avaient ensuite réclamé à sa mère 6.000 € pour libérer son fils, mais cette dernière avait préféré prévenir la police. Sur place, quelqu’un avait alors crié « Arah ! » – un terme utilisé par les guetteurs pour prévenir que la police arrive – provoquant la dispersion du groupe et la libération, de facto, de la victime. Le jeune homme s’est vu prescrire 35 jours d’interruption totale de travail en raison des nombreux coups reçus, notamment ceux avec un pneu et des câbles électriques.

Le lendemain des faits, un homme avait malgré tout rappelé la mère de la victime. « J’ai la preuve que ton fils a volé dans mon coffre-fort, je te l’ai rendu vivant, maintenant il va falloir que tu payes sinon ça va mal se passer », lui aurait alors lancé son interlocuteur. De leur côté, les enquêteurs s’étaient rapidement déplacés place de Montenegro : ils avaient découvert des traces de sang dans une cave où se trouvait aussi un pneu.

Reste que Samy est arrivé à Rennes le 9 septembre 2025 comme en témoignent ses billets de train et son téléphone borne à 200 mètres du lieu des faits, a-t-il été indiqué lors de l’audience. Le président soulignait également que la victime avait été appelée à plusieurs reprises entre fin août et début septembre 2025.

Cet allocataire du Revenu de solidarité active (RSA), père d’un enfant de 2 ans et demi, vit pourtant habituellement à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne). En audition, il a réfuté se livrer à un trafic de drogue, mais a au contraire expliqué venir au Blosne pour « apaiser les tensions »… Il se trouve en fait régulièrement à Rennes où il dort dans des hôtels. Et son casier judiciaire de quatorze mentions ne plaide pas en sa faveur : il a déjà été condamné pour des affaires de drogues et pour des faits de violences. 

Malgré cela, le 16 octobre 2025, un juge des libertés et de la détention (JLD) de Rennes avait décidé de remettre Samy en liberté dans cette affaire dans laquelle quatre hommes sont mis en examen, dont trois Rennais. Le parquet de Rennes avait alors immédiatement fait appel et amorcé un référé détention pour empêcher sa libération jusqu’au réexamen de sa situation carcérale ce jeudi 30 avril 2026.

« Il ne fait aucun doute que sa place est en détention provisoire », avait martelé l’avocate générale. « Cette scène s’apparente au grand banditisme, impliquant des individus se prenant pour cela. » La représentante du parquet général a par ailleurs dit craindre « des risques de pressions » ; Samy ne fait « que » commettre des délits et « jouer au tiercé au PMU du Blosne ».

Me Arnaud Le Bourdais a pour sa part rappelé que son client avait passé un mois en liberté avant d’être réincarcéré à l’issue d’une audience par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes. Et dans cette affaire aux éléments « assez branlants », l’avocat de Samy estime avoir fait « la démonstration de son absence de culpabilité ». Il a aussi rappelé que le policier lui ayant imputé le rôle de « chef actuel du point de deal du Blosne » et le surnom de « 9-4 » n’avait « jamais pu être identifié sept mois plus tard » alors même que le juge d’instruction de Rennes a expressément sollicité « un procès-verbal », a plaidé Me Arnaud Le Bourdais. 

« La science et la technique sont de mon côté », a par ailleurs déclaré son client de 32 ans, titulaire d’un bac scientifique. S’agissant d’un prétendu risque de concertation avec ses co-prévenus, Samy a précisé qu’il était « incarcéré avec les co-auteurs » et qu’il faisait « tout pour ne pas les croiser ». Il souffre par ailleurs de problèmes de santé. Mais au final, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes l’a ramené en détention.