Le tribunal administratif de Montpellier a statué, ce mercredi 6 mai 2026, sur le recours assorti d’un référé-suspension déposé par la Ligue des droits de l’Homme contre l’arrêté antimendicité du maire Rassemblement national de Carcassonne, Christophe Barthès. Celui-ci a été rejeté par la justice.

« Ce qui est en train de se produire est totalement inégal. » Dans la petite salle du tribunal administratif de Montpellier, presque vide ce mercredi 6 mai 2026, chacun est au courant du début de mandat du maire Rassemblement national de Carcassonne, Christophe Barthès. Entre polémiques et provocations, l’édile avait pris, comme première décision, un arrêté antimendicité.

Mais la Ligue des droits de l’Homme (LDH) a décidé de déposer un recours assorti d’un référé-suspension devant le tribunal administratif de Montpellier. L’audience qui se tenait ce mercredi se penchait sur cette affaire ô combien importante pour l’élu d’extrême droite. D’emblée, l’avocate et présidente de la LDH, Me Mazas, a rappelé que le code pénal « réprime déjà la mendicité agressive. Il est précis alors que ces arrêtés pris par des maires sont plus vagues sur les lieux, les horaires, mais sur les fortes affluences ».

Un moyen de se défouler contre les plus faibles

Dans la suite de sa plaidoirie, la conseillère de la LDH trouve cela « fort de café. On n’est pas capable de donner des instructions aux agents pour qu’ils fassent leur travail en fonction du droit pénal. Il s’agit là de mettre en place un arbitraire des plus total. C’est un moyen de se défouler contre les plus faibles », déplore-t-elle avant de laisser la parole à son confrère représentant l’organisme le « Barreau de rue », qui souhaite également la suspension de cet arrêté. « Le tableau qui est mentionné fait état de 80 faits qui auraient eu lieu en centre-ville. Mais il y a une absence de procès-verbaux, c’est assez flou », note-t-il.

Autre conseil selon l’avocat : un périmètre de l’arrêté jugé, selon lui, trop large. « 53 % de ces 80 évictions se déroulent soit place Carnot, au square André-Chénier, rue Clémenceau ou à la Cité médiévale. D’autant plus que certaines rues de la ville sont concernées par cet arrêté alors qu’elles n’ont fait l’objet d’aucun signalement », détaille-t-il.

Des éléments tangibles pour l’avocat de la Ville

De son côté, l’avocat de la Ville de Carcassonne estime que le « trouble à l’ordre public exposé est bien réel ». « Il y a des éléments tangibles même si la police nationale n’a pas souhaité communiquer sur les chiffres ; ceux de la police municipale sont hivernaux. Et les faits d’ivresse et de mendicité sont beaucoup plus courants durant l’été », défend le conseil qui rappelle que la population de la commune ne se limite pas à ses habitants mais aussi à 3 millions de touristes par an. « Ce n’est pas la mendicité dans sa globalité qui est visée mais des faits qui se déroulent dans certains secteurs de la commune », ajoute-t-il.

Réponse de l’avocate de la LDH : « La commune n’interdit pas des gens, elle interdit les plus pauvres. » Pour autant, le tribunal administratif de Montpellier n’a pas suspendu l’arrêté antimendicité pris par Christophe Barthès, qui va rester en vigueur. Le juge des référés rapporte que « l’arrêté contesté réglemente seulement les formes de mendicité et de consommation d’alcool générant des troubles à l’ordre public, sur un périmètre géographique et une période limités. Dès lors, en l’absence de doute sérieux sur la légalité de cet arrêté, le juge des référés a rejeté les recours ». 

Le recours sur le fond sera examiné par le tribunal, en formation collégiale, en 2027.