Longtemps éloigné des terrains à cause d’une blessure à la cheville puis au genou, Yvan Reilhac connaîtra son retour en tant que titulaire sur la pelouse du MHR ce samedi. L’ailier montalbanais a accepté de se livrer sur cette saison compliquée et se projette sur ce match à Montpellier qui aura une saveur particulière.
Votre saison 2025-2026 a débuté dès le premier match de championnat sur la pelouse du Stade français. Vous étiez titulaire et vous avez même marqué un doublé. À ce moment-là, comment vous sentiez-vous ?
Vraiment bien parce que j’avais fait une bonne préparation durant l’été. Physiquement, tout allait bien. C’est assez rare de ne pas avoir ne serait-ce que quelques bobos donc j’étais content. Je retrouvais le Top 14 et j’avais vraiment envie de m’amuser. On était encore portés par l’énergie du titre et de cette saison incroyable. On avait envie de performer comme on n’avait pu le faire en phase finale. Pour le premier match au Stade Français, j’étais bien mais c’est vrai que je me suis senti encore mieux après, lors du match contre Lyon. Malheureusement, c’est en fin de match que je me blesse une première fois à la cheville (entorse d’un ligament de la cheville, NDLR).
Comment avez-vous vécu cette blessure ?
Au départ, je n’ai pas eu le bon diagnostic et donc pas le bon protocole pour me soigner. Il n’était pas adapté, voire pas du tout adapté. Après la première IRM, on m’a dit que je n’avais rien de grave et c’est seulement dans un deuxième temps qu’on s’est aperçu que c’était une entorse de la syndesmose… Le problème, c’est qu’on avait perdu un peu de temps et qu’on n’avait pas aidé à la cicatrisation du ligament avec le premier protocole. D’ailleurs, j’ai toujours une gêne. Ce qui a surtout été très difficile, c’est que c’étaient les montagnes russes parce qu’il y a une différence entre les trois semaines d’arrêt qu’on m’avait annoncées au début et les trois mois qui s’en sont suivis.
Comment avez-vous fait pour vous remobiliser ?
Ça n’a pas été simple parce que c’était une saison importante, on avait tous envie de jouer en Top 14 et de pouvoir profiter à fond de ce moment-là… Mais j’ai eu de la chance d’être très bien entouré, ma femme a toujours été là pour me soutenir. Elle a été sportive de haut niveau donc elle sait ce que c’est. Et puis, je me suis vite rendu compte qu’il me faudrait une échappatoire pour pouvoir endurer tout ça. Je me suis donc lancé dans un master de data analyse et je m’y suis mis à fond. Finalement, c’est la deuxième blessure qui m’a fait un peu plus mal à la tête.
C’était quatre mois plus tard lors d’un match de Challenge Cup à Montauban. Que s’est-il passé ?
Je me sentais vraiment bien et j’avais hâte de rejouer. Les coachs ont vraiment attendu que je sois prêt. J’ai été titularisé pour ce match face aux Géorgiens. Au bout de cinq minutes, sur un plaquage, il y a un choc genou contre genou. Je sens un truc bizarre dans mon genou mais… Ça faisait trois mois que je n’avais pas joué donc je n’ai rien dit et j’ai continué. Je suis sorti à la 60e en sachant qu’il y avait un problème avec mon genou. Le ligament latéral interne et postérieur étaient touchés. Je suis donc reparti pour trois mois de plus. Ça a été encore plus dur parce que je m’étais vraiment bien préparé à mon retour et je voulais démarrer ma saison. Je ne m’attendais pas du tout à repartir encore dans ce genre de spirale. Ça a été très dur à encaisser la première semaine. Je me suis un peu isolé. J’ai un peu travaillé sur moi-même pour réussir à gérer toutes ces émotions. Après, c’est passé et je me suis remis au travail. Il y a des saisons plus dures que d’autres. Celle-ci m’a sans doute permis de me forger.
C’était peut-être la pire saison de ma vie. Il y a eu le sentiment que la saison était gâchée
Avez-vous parfois ressenti un sentiment d’injustice, comme si le sort s’acharnait sur vous ?
Pas vraiment. En fait, j’ai toujours eu un tempérament positif, je relativise énormément. J’ai vite basculé en me disant qu’il y avait plus grave dans la vie et que si je faisais bien les choses, je n’allais pas avoir de séquelles. Il y a des saisons toujours compliquées. On ne peut pas avoir que des saisons à 30 matchs où tout se passe bien. Personnellement, c’est ma première saison un peu difficile par rapport aux blessures. J’ai essayé de tirer le positif de tout ça, en faisant en sorte d’avoir un impact au sein de l’équipe malgré tout. Je suis membre de l’association des joueurs donc j’ai essayé d’organiser des choses quand ça devenait plus dur pour le groupe. J’ai aussi essayé d’apporter ma vision des choses sur les séances vidéo. Je ne voulais pas être dans mon coin alors j’ai essayé d’être utile.
Vous dites que c’est la première fois que vous êtes autant embêté par les blessures. Est-ce la pire saison que vous avez connue jusqu’ici à titre personnel ?
J’ai vécu des saisons sans jouer mais physiquement, j’allais bien. Le fait de me blesser comme ça et de ne pas être en capacité de jouer à ce moment-là de ma carrière, c’était dur. C’était peut-être la pire saison de ma vie. Il y a eu le sentiment que la saison était gâchée.

Yvan Reilhac face au Stade français.
Icon Sport – Sandra Ruhaut
Samedi, vous allez connaître votre première titularisation depuis le 10 janvier, comment allez-vous ?
Aujourd’hui, ça va. J’ai toujours des séquelles au niveau de la cheville. Je travaille énormément avec les kinés. Ce que je veux, c’est ne plus avoir de douleurs. Le repos de l’été fera sans doute beaucoup de bien. Pour le moment, en tout cas, je peux jouer et je veux performer. Je suis content que ces blessures soient derrière moi. C’est une petite pression de jouer mon premier match titulaire depuis mon retour. Je ne sais pas si je vais tenir les 80 minutes (sourire). Mais ce qui est sûr, c’est que j’ai hâte ! En plus, je rentre à la maison donc ce sera d’autant plus agréable. J’ai passé une saison difficile et cette titularisation, c’est une petite victoire. Je ne voulais absolument pas louper ce match. Maintenant, j’espère vraiment bien terminer la saison physiquement et passer à la suivante en étant bien dans le corps et dans la tête.
Vous avez effectivement démarré votre carrière professionnelle sur la pelouse de Montpellier, ce déplacement sera-t-il d’autant plus particulier ?
Oui, c’est particulier parce qu’en arrivant à Montauban, je pensais que j’avais dit au revoir au Top 14. Je me disais que je n’aurais plus jamais la chance de jouer à Montpellier. Et finalement, tout ne s’est pas passé comme je l’avais imaginé ! J’avais coché ce match à Montpellier quand le calendrier est sorti. J’ai hâte de rejouer dans ce stade et contre cette équipe qui a une place importante dans mon cœur. Il va y avoir tous mes amis, ma famille. Ça va être une belle fête.
Quels souvenirs gardez-vous de ce stade ?
Il y en a beaucoup. J’ai été formé à Montpellier. Je me souviens, quand j’étais en minimes, avec mon équipe, on allait voir les matchs en pesage pour voir jouer les pros. À la fin du match, on courait sur le terrain pour serrer la main des joueurs qui avaient joué. Depuis tout petit, j’ai idéalisé ce stade, ce terrain et les joueurs qui portaient ce maillot. Même quand je suis devenu pro, il y avait toujours cette part de rêve.
À quoi vous attendez-vous samedi, y a-t-il l’envie de se libérer ?
Franchement, je ne sais pas à quoi m’attendre ! (rires) Je n’ai pas énormément joué. Quand je parle avec mes coéquipiers, ils me disent que les matchs sont assez longs et compliqués. J’ai juste envie de m’amuser et de profiter. Après les blessures, j’espère que ce match à Montpellier sera le rayon de soleil de ma saison.