Par
Simon Lenormand
Publié le
5 mai 2026 à 17h16
Des « cathédrales industrielles ». C’est ainsi qu’Emmanuel Macron a qualifié les 150 « grands projets stratégiques » désignés par l’État et annoncés mercredi 22 avril 2026, lors d’un déplacement du président de la République dans l’Allier. « C’est la méthode Notre-Dame-de-Paris : un projet identifié, une chaîne de commandement claire et des délais records qu’on doit tenir », a précisé Emmanuel Macron. Ces projets verront donc leur mise en œuvre facilitée par l’État français, via un accompagnement administratif personnalisé et des procédures d’exception visant à accélérer les délais. Parmi les 150 heureux élus, figure notamment le projet industriel Dézir. Ce dernier ambitionne de produire du carburant de synthèse pour l’aviation grâce à la captation du CO2 de la chaudière de BEA, à Alizay (Eure), acheminé via 16 kilomètres de canalisations jusqu’à des usines d’électrolyse et de méthanolisation situées à Petit-Couronne (Seine-Maritime).

Antoine Huard est le directeur général de la société Verso Energy. ©Verso EnergyUne « très bonne nouvelle »
L’annonce de ce soutien au plus haut lieu réjouit évidemment Antoine Huard, le cofondateur et directeur général de la société Verso Energy, qui porte le projet. « C’est une très bonne nouvelle. La promesse, c’est que les projets seront soutenus et accélérés pour ne pas qu’ils se retrouvent englués dans des problèmes bureaucratiques, comme cela peut arriver en France », résume Antoine Huard.
En France, on n’a pas de pétrole, mais on a beaucoup d’électricité, qu’on est obligés d’exporter à des prix négatifs dans les pays voisins.
Antoine Huard, directeur général de Verso Energy
S’il indique avoir découvert la nouvelle « dans la presse, le jour de l’annonce », le dirigeant n’en a pas été surpris pour autant. « J’aurais été étonné qu’il n’y figure pas ! » déclare-t-il. « On propose de produire du carburant synthétique en France plutôt que d’importer du kérosène fossile. Dans le contexte géopolitique actuel, le caractère stratégique ne fait aucun doute », vante le patron de Verso Energy.
Alors qu’en Europe pointe le spectre d’une pénurie de kérosène d’ici au mois de juin, si le détroit d’Ormuz (par lequel transitent près de 30 % des approvisionnements mondiaux en kérosène) n’était pas rouvert à la navigation, le projet de Verso Energy permettrait de produire localement du carburant à partir de l’électricité, d’eau et de gaz carbonique (CO2).
« En France, on n’a pas de pétrole, mais on a beaucoup d’électricité, qu’on est obligés d’exporter à des prix négatifs dans les pays voisins. Notre projet répond à toutes ces problématiques », ajoute Antoine Huard.
1 % de la consommation française
En l’état actuel des certifications, les avions européens sont capables d’embarquer 50 % de ce carburant synthétique (appelé e-SAF) dans leurs réservoirs. La réglementation européenne prévoit d’obliger les compagnies aériennes à en utiliser 1,2 % dès 2030, pour progressivement atteindre l’objectif de 35 % en 2050.
D’après Verso Energy, le projet Dézir permettrait ainsi de produire 80 000 tonnes de kérosène synthétique par an, soit 1 % de la consommation nationale. Mais à quel prix ? « Quatre à cinq fois plus cher que le prix du carburant fossile », selon Antoine Huard.
Mais l’écart tend à se réduire. « Depuis le début de la guerre en Iran, le tarif du fossile a doublé. Et qui peut dire combien il coûtera en 2050 ? Nous, on est stables, car on dépend uniquement de l’électricité. Avec les progrès technologiques, je fais le pari que le synthétique sera moins cher avant 2050 », argue l’énergéticien.
Début des travaux en 2027
Pour l’heure, l’investissement de départ est élevé, puisqu’un coût de 1,3 milliard d’euros est annoncé pour la construction des usines et infrastructures afférentes. « Ce n’est pas de l’argent perdu : on crée de la valeur et de l’emploi », rappelle le dirigeant de Verso Energy, qui évoque 250 emplois directs et indirects.
L’entreprise attend encore la délivrance du permis de construire et de l’autorisation environnementale pour pouvoir lancer les travaux, d’ici à 2027. « On est à l’écoute des entreprises et des élus, pour que se fasse au mieux l’intégration du projet dans le territoire », plaide Antoine Huard. La mise en service du site est, elle, prévue pour 2030.
Un décret pour accélérer les projets industriels
En plus de l’annonce des « 150 grands projets stratégiques », un décret gouvernement publié le mercredi 22 avril dernier change la donne pour l’implantation des usines, des data centers et des projets énergétiques partout en France. Concrètement, le texte impose la « parallélisation » des dossiers : l’État examinera désormais les aspects techniques en même temps que se déroule l’enquête publique, avec l’objectif de délivrer les permis en 9 mois, contre 17 en moyenne auparavant.
Sur le terrain juridique, le texte supprime une étape judiciaire : en cas de litige, les opposants devront saisir directement la cour administrative d’appel, court-circuitant le tribunal administratif pour gagner un an de délais de recours. Ces nouvelles règles s’appliqueront aux actes pris à compter du 1er juillet 2026.
Enfin, pour les projets jugés stratégiques, l’État pourra désormais modifier les plans d’urbanisme locaux (PLU) par simple décret, sans attendre le vote des communes, reprenant ainsi la main sur le foncier pour éviter les blocages locaux.
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.