Oubliez la visite annuelle obligatoire
pour votre vieille voiture rincée, l’Europe vient d’écarter l’idée.
En revanche, les inspecteurs vont bientôt brancher leurs valises de
diagnostic au plus profond des entrailles de votre bagnole.

Le Parlement européen remet actuellement à plat les textes qui
régissent le bilan de santé de nos chères automobiles. L’intention
de Bruxelles consiste à harmoniser un système hétéroclite où
certains voisins traquent la moindre particule fine avec précision
pendant que d’autres ferment à moitié les yeux sur un contrôle
antipollution expéditif. Les eurodéputés de la commission des
transports viennent de rendre leur copie, esquissant les contours
d’une réglementation qui essaie de rattraper son retard sur un
secteur automobile gavé d’électronique.

L’inquisition numérique remplace la cadence infernale

Commençons par la seule bonne nouvelle pour le portefeuille du
conducteur. L’idée d’imposer un examen tous les 12 mois
pour les véhicules ayant soufflé leurs dix bougies a fini à la
corbeille
.
Les parlementaires ont jugé la mesure disproportionnée
. Un
éclair de bon sens assez rare pour être souligné, d’autant que
personne n’a jamais pu prouver qu’une telle fréquence réduisait la
mortalité routière. Les États membres conserveront donc leurs
plannings actuels, soit généralement un passage tous les deux ans
chez nous. En compensation, le législateur veut s’attaquer aux
cerveaux électroniques de nos voitures. Les aides à la conduite
vont entrer dans le champ de vision des contrôleurs. Le freinage
d’urgence automatique, les capteurs de maintien dans la voie ou les
airbags feront l’objet d’inspections régulières.

On sent bien le traumatisme du scandale
Takata
ou les affaires de
freinages fantômes
qui ont défrayé la chronique l’été dernier.
Sauf qu’en pratique, déceler le dysfonctionnement d’un radar
millimétrique lors d’une inspection facturée une poignée d’euros et
bouclée en une demi-heure ne sera pas évident. Pour contourner la
difficulté, le texte prévoit la vérification systématique des
campagnes de rappel. En effet, si votre constructeur vous a sommé
de ramener votre auto pour un défaut de sécurité et que vous avez
ignoré le courrier, le centre vous recalera sans
pitié
. Ce dispositif existe déjà partiellement en France
depuis quelques mois pour les alertes de type Stop Drive, mais
l’Europe veut étendre la sentence à un éventail plus large de
rappels. Par ailleurs, les gestionnaires de flottes apprécieront la
possibilité de passer un examen dans un autre pays de l’Union,
valide six mois, histoire de fluidifier les opérations
transfrontalières.

Contrôle technique : la fin de l’impunité pour les compteurs
trafiqués

L’autre grand cheval de bataille des députés concerne la

triche kilométrique
, une arnaque qui enrichit grassement les
filières d’importation douteuses. Le remède proposé prend
la forme d’un flicage informatique continu
. Les garagistes
devront consigner le kilométrage exact dans une base de données
nationale lors de chaque intervention nécessitant plus d’une heure
de main-d’œuvre. Pourquoi une heure ? Mystère. Une simple vidange
express passera probablement sous les radars, mais l’intention de
créer un historique traçable a le mérite d’exister. Les
constructeurs devront aussi jouer le jeu en transmettant les
relevés issus des véhicules connectés.

Les deux-roues n’échappent pas au coup de balai. Le texte
préconise d’obliger toutes les motos de plus de 125 cm³ à passer
sur les rouleaux, y compris les modèles électriques. Du côté des
professionnels, le transport routier voit ses inspections
aléatoires étendues aux utilitaires légers. Quant à
l’environnement, le projet ouvre la porte à des examens
antipollution beaucoup plus sévères. Les mesures des particules
fines et des oxydes d’azote (NOx) pourraient enfin faire leur
apparition dans les bilans périodiques. Chaque pays gardera la main
sur le curseur de sévérité, ce qui permet à la France de continuer
à se contenter d’une simple vérification de l’opacité des fumées
pour le moment. La balle est maintenant dans le camp du Parlement
au complet, qui devra voter le texte mi-mai avant d’entamer les
interminables tractations avec les États membres. Tout ce
vaste chantier administratif ne dictera sa loi dans les centres
d’examen qu’à la fin de la décennie.