Le rennais Blue (ex-Bretagne Télécom) ouvre une nouvelle page de son histoire. Fondé en 2005, l’opérateur spécialisé dans les télécommunications et les services cloud réorganise son capital pour continuer à grandir dans un secteur stratégique – l’hébergement des données – aujourd’hui trusté par les géants américains (Amazon, Microsoft, Google…).
Annoncée mi-avril, l’opération est marquée par la sortie de l’un des principaux actionnaires, le fonds Quilvest, entré en 2020, et l’entrée d’un autre fonds, le spécialiste des infrastructures numériques LDIF, propriété du britannique L&G. Actionnaire minoritaire depuis 2018, Crédit Mutuel Equity (groupe Crédit Mutuel) sort également du capital, tandis que la banque publique Bpifrance réinvestit. Le fondateur de Blue, Nicolas Boittin, reste quant à lui « actionnaire de référence » de l’entreprise, qui, en même temps que cette réorganisation capitalistique, boucle une levée de fonds dont le montant reste confidentiel (près de 100 M€ avaient été levés en 2020).
Deux data centers en miroir : unique en dehors de Paris
Avec Quilvest, Blue s’est développé en dehors de ses frontières bretonnes et a plus que doublé de taille. Alors qu’il employait 110 salariés pour un chiffre d’affaires de 24 M€ en 2020, le groupe affiche désormais un effectif de plus de 200 salariés, un « CA » de 55 M€ en 2025 et environ 20 M€ de résultat opérationnel. Des performances portées par trois acquisitions (Oceanis en Vendée, ADMI au Havre et Openhost à Nantes), l’agrandissement de son data center propriétaire de Châteaubourg (35), et l’ouverture d’un second centre, à Nantes, fin 2025. « Nous avons réalisé une chose unique en dehors de Paris : le data center nantais est la réplique conforme de l’ensemble des données hébergées à Châteaubourg. Trois autoroutes optiques ont été construites pour créer ce miroir », relève Nicolas Boittin.
100 M€ de chiffre d’affaires
Pour la suite, Blue compte bien poursuivre sur sa lancée. Son objectif pour les dix prochaines années, avec LDIF à ses côtés : s’imposer comme un acteur « qui compte » en France et atteindre les 100 M€ de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, le marché est en plein essor
: entre les revirements diplomatiques des États-Unis et les hausses de prix pratiquées par les opérateurs américains, politiques, collectivités et entreprises du Vieux-Continent cherchent de plus en plus à confier leurs données à des acteurs souverains et de proximité. Précisément le sillon creusé par Blue. «Donald Trump est notre principal représentant actuellement !», glisse Nicolas Boittin.
Pour lui, le développement de l’entreprise passera à la fois par de la croissance organique et des acquisitions, afin de poursuivre l’expansion en dehors du Grand Ouest et d’intégrer de nouvelles compétences technologiques. Les «bons» dossiers étant finalement peu nombreux, Blue assume d’avoir revu à la baisse son objectif de deux à trois rachats par an. «Nous allons continuer sur un rythme lent, sans doute d’une acquisition par an
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Notre logique consiste à se rapprocher de nos clients, la notion de proximité est très importante », souligne Nicolas Boittin.
Parmi les territoires dans le viseur : « la région du Nord», où une acquisition devrait être annoncée d’ici la fin de l’année, Lyon mais aussi Paris, « le rêve ».