En Allemagne, les chiffres d’avril 2026
du KBA montrent qu’une voiture neuve sur quatre est désormais 100 %
électrique. Un boom nourri par les nouvelles primes et le carburant
cher, mais dont la solidité interroge.
Le marché automobile allemand reste loin de ses niveaux d’avant
crise, mais une motorisation tire clairement son épingle du jeu.
Les voitures 100 % électriques voient leurs
immatriculations s’envoler, pendant que l’essence et le diesel
décrochent, selon l’agence fédérale de l’automobile KBA. En avril,
le marché total a à peine progressé de 2,7 % sur un an, mais les
ventes de voitures à essence ont chuté de 20 % et celles de diesel
de près de 14 %, toujours d’après la KBA.
Dans ce contexte plutôt morose, la voiture électrique devient le
moteur de la reprise. Selon la KBA, les immatriculations de
modèles 100 % électriques ont
bondi de 41,3 % en avril, pour atteindre 64 340 unités. Cela
représente 25,8 % des immatriculations du mois. En
clair, en Allemagne, plus d’une voiture neuve sur quatre
est désormais 100 % électrique, un niveau de part de
marché seulement dépassé deux fois par le passé. Les pics
précédents, en décembre 2022 et en août 2023, coïncidaient avec la
fin ou la réduction d’anciennes aides, rappellent les dépêches de
l’agence de presse AFP et de l’agence dpa‑AFX.
En avril, l’électrique dépasse 25 % du marché allemand
Les chiffres détaillés montrent un vrai basculement par
motorisation. Selon la KBA, le marché allemand a compté environ 249
000 voitures particulières neuves en avril 2026. Les modèles 100 %
électriques pèsent donc 25,8 % de ce total, avec 64 340 unités, en
hausse de 41,3 % sur un an. Les hybrides, toutes catégories
confondues, atteignent 97 753 unités et 39,2 % de part de
marché, en légère progression. Les hybrides rechargeables,
qui combinent moteur thermique et batterie branchée sur secteur,
représentent 27 546 unités, soit 11,1 % du marché, en hausse de
13,3 %. L’essence tombe à 53 420 immatriculations, soit 21,4 % du
total, et le diesel à 32 437, soit 13,0 %, chacun en fort recul sur
un an.
Concrètement, cela signifie qu’en ajoutant voitures 100
% électriques et hybrides rechargeables, près de 37 % des
voitures neuves peuvent rouler en mode électrique au moins une
partie du temps. Les chiffres de la KBA montrent aussi que 64,6 %
des immatriculations concernent encore des clients professionnels,
contre 35,4 % pour les particuliers. Mais ces derniers progressent
plus vite, avec une hausse de 8,2 % des immatriculations sur un an.
Côté marques, les chiffres relayés par l’AFP indiquent que le
constructeur chinois BYD, spécialisé dans l’électrique, a vu ses
ventes grimper de 200 % en avril, à 4 705 unités.
L’américain Tesla est aussi reparti à la hausse avec 3 149
immatriculations, soit une progression de 256 % sur un an.
Des primes massives pour
relancer les ventes électriques
Pour les analystes,
ce bond de l’électrique
n’arrive pas par hasard. Selon le ministère fédéral de
l’Environnement BMUKN, le gouvernement allemand a rétabli au 1er
janvier 2026 une nouvelle prime à l’achat pour les voitures
électriques et hybrides rechargeables. Ce dispositif prévoit
une aide de base de 3 000
euros pour une voiture 100 % électrique, qui peut monter
jusqu’à 6 000
euros selon le revenu du ménage et le nombre d’enfants.
Pour un hybride rechargeable, l’aide de base est de 1 500 euros et
peut atteindre 4 500 euros.
Le ménage doit rester sous un
certain niveau de revenu fiscal, de l’ordre de 80 000 euros,
légèrement relevé avec enfants, et garder la voiture au moins 36
mois. Les demandes ne sont possibles qu’à partir de mai 2026, mais
la prime est rétroactive pour toute immatriculation depuis le 1er
janvier, ce qui incite déjà à commander. « La hausse en avril du marché automobile
allemand est principalement due aux nouvelles subventions publiques
pour les voitures électriques », explique ainsi
Constantin Gall, du cabinet EY, cité par l’AFP.
Carburant cher : l’autre
moteur du retour de l’électrique
Le contexte énergétique
renforce cet effet de prime. Les
prix du carburant restent très élevés en Allemagne, ce
qui pèse sur le budget des ménages roulant à l’essence ou au
diesel. Toujours selon l’AFP, Constantin Gall anticipe que la
tendance observée devrait « se poursuivre dans les prochains mois », « d’autant
plus que les prix très élevés du carburant vont encore accroître
l’intérêt pour les voitures électriques ».
Imelda Labbé, présidente de
l’association des constructeurs étrangers VDIK, résume l’enjeu en
une phrase : « L’accessibilité financière est un facteur clé de la
mobilité électrique ».
Elle souligne que les voitures électriques
« présentent un avantage
économique » dans un contexte de flambée des prix de
l’énergie. Le cabinet EY rappelle toutefois que, sur les quatre
premiers mois de 2026, les ventes de voitures neuves en Allemagne
restent environ 20 % en
dessous de 2019. Pour un automobiliste français, le signal
est clair : sans coups de pouce financiers et avec des
carburants chers, les ventes de voitures électriques peinent à
décoller, même chez le voisin allemand.