Dans une plainte adressée au parquet de Nice, la policière dénonce à la fois «une mise à l’écart progressive», «une dégradation de ses conditions de travail» ainsi que la «toute-puissance» de Véronique et Anthony Borré.
Elle est la policière qui se trouvait derrière les caméras de vidéosurveillance du centre de supervision urbain de la ville de Nice (Alpes-Maritimes), le soir de l’attentat du 14 juillet 2016. Celle qui avait alors publiquement accusé le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, d’avoir exercé des pressions à son encontre afin qu’elle modifie son rapport.
Le 6 mars dernier, Sandra Bertin, directrice de la police municipale, a déposé une plainte auprès de procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, à l’encontre de Véronique et Anthony Borré, respectivement directrice générale adjointe de la ville de Nice et premier adjoint au maire délégué à la sécurité sous l’ère Estrosi. Dans ce courrier que Le Figaro a pu consulter, la presque quadragénaire accuse de «harcèlement moral», «discrimination liée à la grossesse et à la maternité», «mesures de représailles consécutives à un signalement de harcèlement sexuel», «atteinte au principe d’impartialité et manquements graves de l’administration» contre les époux.
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«Je suis directrice, je me suis retrouvée à faire du secrétariat»
La policière municipale explique avoir été «écartée progressivement» de ses fonctions professionnelles, en étant «durablement privée de missions réelles» et «entravée dans la progression de sa carrière». Elle pointe en effet la cessation de ses fonctions au centre de supervision urbain de la police municipale «sans entretien préalable, ni motivation écrite, ni évaluation négative» et, surtout, «dans un lien temporel direct avec mon retour de congé maternité».
Les faits, qui courent de 2018 jusqu’en mars 2026, impliqueraient en outre la réalisation de missions «qui ne correspondaient ni à mon grade, ni à ma compétence, sous couvert d’une prétendue promotion», assure-t-elle. Et de résumer : «Je me suis retrouvée à faire du secrétariat. Je m’en suis plaint mais il y avait toujours une bonne explication». La directrice de police mène ensuite le projet pharaonique du futur hôtel des polices mais dit avoir découvert en septembre 2020 «que j’étais évincée de l’organigramme. Je n’étais plus chargée de mission, rien. Et personne ne m’en avait avertie», martèle-t-elle. En janvier dernier, Sandra Bertin décide finalement de saisir l’administration puisque «deux missions m’avaient été attribuées, mais de nouveau sans lien avec la police municipale, sans lien avec les fonctions qu’est censé exercer un directeur», tempête-t-elle. Un signalement «qui n’a pas été pris au sérieux» juge-t-elle, et la pousse à déposer plainte.
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«Une plainte qui ne repose sur rien»
Face à cette «plainte qui ne repose sur rien» et ces «accusations surprenantes, mensongères et politiques», Anthony Borré se dit pour sa part «très serein» et souhaite à l’intéressée de «trouver le chemin de la vérité et de l’apaisement». «Il est difficile de ne pas voir dans cette plainte déposée à quelques jours de l’élection municipale une initiative politique de la part de quelqu’un qui a soutenu le candidat Éric Ciotti comme en témoignent ses déclarations sur les réseaux sociaux», poursuit-il dans sa déclaration, rappelant au passage que «seul le directeur de la police municipale a autorité hiérarchique sur les agents de la police municipale».
Puisqu’outre les manquements précités et dénoncés par Sandra Bertin, cette dernière souhaite alerter sur la «toute puissance» du couple Borré, allant même jusqu’à évoquer un «système». «Toute la police municipale de Nice d’aujourd’hui peut témoigner que la seule personne qui gérait la police municipale, c’était Véronique Borré», assure-t-elle sans flancher. «Lui était premier adjoint, elle était DGA. Il n’y avait pas de contre-pouvoir», répète-t-elle, mettant en exergue le fait que «tout était soumis à la demande ou à la validation de Madame Borré».
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Contactée, cette dernière, qui demeure vice-présidente de la région chargée de la sécurité, de la défense et du soutien aux forces de l’ordre, n’a pas répondu aux sollicitations du Figaro.