Publié le
7 mai 2026 à 21h00
Les associations d’anciens combattants sont présentes quasiment partout, que ce soit dans les villes ou les villages de campagne. Mais leurs adhérents prennent de l’âge et certains ne peuvent plus remplir leur rôle de porte-drapeau. Les situations d’associations qui ne peuvent plus sortir leur drapeau sont fréquentes. Alors pour y remédier, certaines d’entre elles ont décidé de pousser les jeunes à reprendre le flambeau. La région de Dieppe (Seine-Maritime) ne fait pas exception.
C’est ainsi qu’a été créé en 2023 le comité de formation et de coordination des cadets porte-drapeaux de la côte d’Albâtre, qui intervient dans la région dieppoise, mais aussi plus largement sur toute la côte du Tréport jusqu’au Havre. « Beaucoup de drapeaux restent dans les mairies et les porte-drapeaux deviennent vieillissants, constate son président, André Luchier. Quand il pleut ou que le vent souffle, le poids du drapeau est multiplié par trois. »
21 jeunes formés
Son association a donc pour but de former des cadets : « Nous leur apprenons la passation du drapeau mais aussi les dates commémoratives, leur engagement, les éléments du drapeau, la reconnaissance des autorités, les hymnes et les chants », cite André Luchier. Il souligne l’importance de la tenue du porte-drapeau et notamment des gants blancs.
Pour former un jeune tout seul, le président de l’association compte entre quatre et cinq heures, ou une journée pour un groupe. « Je fais une formation individuelle à domicile si la personne le désire », précise André Luchier.
Depuis sa création, le comité a formé 21 jeunes. « J’ai un retour formidable des jeunes, ils s’accrochent, ils ont une représentation impeccable », s’enthousiasme André Luchier. Il témoigne de jeunes, timides au départ, qui se sont ouverts grâce à cette fonction : « C’est le jour et la nuit », sourit le président.
« Une reconnaissance des anciens »
Le comité ouvre sa formation à partir de 11 ans. Pour obtenir ensuite le diplôme de porte-drapeau officiel de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre, l’OnacVG, il faut avoir trois ans d’expérience comme porte-drapeau et minimum 16 ans.
« Nous avons beaucoup de mal à trouver des adultes », constate André Luchier. Le formateur souligne l’importance de ce rôle de porte-drapeau : « C’est la reconnaissance des anciens qui ont sacrifié leur vie pour que nous soyons libres aujourd’hui ». Par ailleurs en Seine-Maritime, une école pour jeunes porte-drapeaux a ouvert en début d’année à Yvetot, porté par l’OnacVG.
Parmi ceux qui ont endossé le rôle de porte-drapeau, il y a Alexandre Bouquet, 12 ans, à Petit-Caux. « C’est mon maître d’école de Berneval-le-Grand qui m’a proposé et j’ai accepté. Je loupe très peu de cérémonies. Nous sommes des passeurs de mémoires », rapporte cet élève de 5e au collège Dumas à Neuville-lès-Dieppe, qui veut devenir ingénieur dans la cybersécurité militaire plus tard.
Il a d’abord représenté les écoles de Petit-Caux à 9 ans, puis est devenu l’un des porte-drapeaux de la commune.
Des parents fiers
Une de ses premières commémorations était une cérémonie du 8-Mai : « J’appréhendais de mal faire, mais cela s’est bien passé », sourit le jeune.
Heureusement pour Alexandre Bouquet, il n’est pas seul lors de ses cérémonies : « La famille entière s’est investie, souligne sa mère, Claire Bouquet. J’apprends la cornemuse pour être présente aux commémorations. C’est important de saluer la mémoire des gens qui se sont battus pour qu’on soit libres. »
Forcément, ces cérémonies sont sources de souvenirs pour le jeune porte-drapeau, comme lorsqu’il a pu rencontrer M. Guillemot, un ancien résistant des Forces françaises de l’intérieur, ou lors des 80 ans du Débarquement « où un officier canadien m’a serré la main », se souvient-il.
Il a également porté le drapeau de la médaille militaire de Rouen pour la cérémonie des oubliés d’Échorchebœuf, à Croixdalle. Les parents se disent « fiers de voir leur fils s’engager et de répondre présent ».
Dans d’autres communes de la région dieppoises, des jeunes s’engagent aussi. À Bacqueville-en-Caux, la section cantonale des anciens combattants, présidée par Jean-Joseph Carpentier, a mis en place une section cadets porte-drapeaux. Si les jeunes n’ont pas voulu témoigner, leur président s’est fait leur porte-voix.
Un drapeau mis en valeur
Il accueille dans sa section, entre autres, des filles : « Leur grand-père a fait la guerre, c’est par respect envers lui qu’elles le font et elles se sont intéressées à l’Histoire », retrace Jean-Joseph Carpentier, qui ajoute que « les femmes ne savent pas encore toutes qu’elles peuvent être porte-drapeaux ».
Avec sa secrétaire, il forme les jeunes à partir de 14 ans. « Dès que nous voyons qu’ils tiennent correctement le drapeau, nous leur donnons des drapeaux officiels, précise le président. Ils sont fiers de les tenir, ils ont conscience de leur valeur. » Jean-Joseph Carpentier est toujours à la recherche de jeunes, mais aussi d’adultes, à recruter.
Les jeunes de sa section cantonale peuvent s’occuper des drapeaux de communes qui n’ont plus personne pour les porter. « Il faut garder le devoir de mémoire. Leur drapeau est ainsi mis en valeur et nous continuons à le faire circuler », souligne Jean-Joseph Carpentier.
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