Dramaturge, metteur en scène, plasticien, performeur et réalisateur, Mohamed El Khatib s’est fait connaître mondialement par le théâtre documentaire. L’artiste franco-marocain croise en effet le réel et l’imaginaire, de manière à explorer au mieux l’intime, le politique et les questions sociales. Ces contributions sont mises en avant dans un hommage qui lui est rendu par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) à travers une sélections de ses films et de ses créations, à l’occasion du 31e Salon international de l’édition et du livre (SIEL 2026).

Mohamed El Khatib prône une vision pluridisciplinaire et décloisonnée, afin de raconter l’exil et le deuil, tout en érigeant les protagonistes de ces vécus au rang de narrateurs. C’est cette approche qui a donné lieu à des œuvres phares comme «Moi, Corinne Dadat», «Stadium», «La Dispute», ou encore «La vie secrète des vieux», mais aussi «Renault 12», son documentaire décliné en exposition éponyme au MUCEM de Marseille, inspiré des voyages en voiture des familles franco-maghrébines.

À travers «Le grand palais de ma mère» au Grand palais à Paris, il rend par ailleurs hommage à sa défunte aïeule, mettant plus que jamais les récits intimes, le deuil et la culture populaire au cœur d’une narration qui déconstruit les perceptions condescendantes. Plus qu’un processus créatif, c’est donc un cheminement thérapeutique qui donne à son auteur cette capacité inégalée de sublimer la douleur pour mettre de l’ordre dans son chaos intérieur.

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Raconter la famille pour nourrir le récit collectif

Ce propos s’exprime en images et en mots dans le documentaire «Renault 12», qui relate la mort de la mère du réalisateur et le voyage vers le Maroc après cette perte, que Mohamed El Khatib qualifie de «traumatisme profond» ayant «bouleversé» sa vie et son rapport au temps. Dans son chemin vers le deuil, l’écriture et le film lui ont donné les moyens de raviver l’histoire de la défunte, en ancrant les souvenirs intimes dans l’universel.

C’est surtout en prenant conscience de la place fédératrice de sa mère au sein de la famille élargie jusqu’au Maroc que Mohamed El Khatib parvient à recoller les morceaux d’une cassure imposée par le cycle de la vie. Le voyage pour le rapatriement de la dépouille devient alors un parcours initiatique, qui lui révèle une part méconnue d’une femme marquée par «le travail, la migration et l’humanité», vue par ses proches dans le pays comme une pionnière. L’écriture, elle, se révèle comme un moteur de réconciliation pour les immigrés et leurs enfants.

Intervenant dans l’émission Faites entrer l’invité – spécial Marocains du monde, mercredi 6 mai sur Radio 2M en partenariat avec Yabiladi, dans le cadre de sa participation au SIEL 2026 avec le CCME, Mohamed El Khatib explique en effet que ses créations s’inscrivent dans une démarche «démocratique». Dans le documentaire comme au théâtre, il veut que la scène «ressemble à la société dans laquelle on vit» en faisant «entendre des voix qu’on n’a pas l’habitude d’entendre, de montrer des corps qu’on n’a pas l’habitude de voir».

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Démocratiser les expressions artistiques

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’artiste travaille souvent avec «des amateurs, des amatrices, qui, d’abord, sont des experts de leur vie». «Je n’avais pas envie de leur confisquer la parole et de la confier à des professionnels de la profession, mais plutôt de m’ouvrir et de proposer un paysage aussi diversifié que celui dans lequel on vit», explique le réalisateur, qui dit appliquer cette vision à ses documentaires. 

Défendant également une certaine approche «minimaliste», Mohamed El Khatib dit apprécier que le «geste artistique» soit perçu comme accessible. «Quand je rencontre les jeunes artistes, j’aime aussi leur dire que tout est possible, qu’ils peuvent faire de l’art avec pas grand-chose et retourner à l’essence de la pratique artistique», souligne-t-il.

Cette forme d’expression s’illustre ainsi dans les créations où, «pour parler des parents, de la question de la filiation, le dispositif est le plus simple possible : avoir des enfants qui, à la fin du spectacle, invitent leurs parents à les rejoindre, dans une invitation générationnelle la plus juste pour faire dialoguer les deux».

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