Peut-on renouer avec des figures importantes de notre existence dont on était séparé, même après leur mort ? C’est la question peu banale qui hante — c’est le cas de le dire — « Mon grand frère et moi », en salles ce mercredi. Un film signé du cinéaste japonais Ryôta Nakano qui nous avait enchantés en 2023 avec le merveilleux « La Famille Asada ». La thématique familiale l’obsède, et il va la pousser très loin avec ce conte autour de la réconciliation entre une femme et son frère décédé.

Le récit débute lorsque Riko, mère de famille bien sous tous rapports, discrète et du genre bobo, apprend le décès de son frère aîné, avec qui elle n’avait plus de contact depuis longtemps, à l’autre bout du pays. Il laisse un fils, avec qui il vivait après sa séparation. Puisqu’il était sans le sou, c’est à Riko de vider l’appartement qu’il louait, d’organiser les obsèques et de gérer l’avenir du préado désormais orphelin de père.

Elle l’a mauvaise, Riko, et le long voyage qu’elle entreprend lui permet de se remémorer tous les reproches qu’elle a accumulés contre son frère. S’il était son protecteur et confident lorsqu’ils étaient enfants, il a ensuite pris le parti d’une existence marginale. Fanfaron et dépensier, il s’est endetté auprès de sa mère, dont il s’occupait, et de Riko, avec, sur la fin de sa vie, toujours pour bonne excuse de devoir subvenir aux besoins de son fils.

Il fait pleurer de rire tant il s’avère facétieux

Arrivée à destination, Riko va aller de surprise en surprise. Elle est attendue par l’ex-femme du frangin, une dame très sympathique venue l’aider dans les douloureuses missions post-mortem, et qui semble tout pardonner au défunt. Et puis elle souhaite convaincre son fils, totalement mutique, de renouer avec elle.

De son côté, Riko va, en déroulant le fil de ses souvenirs à chaque objet déplacé, commencer à voir apparaître le fantôme de son frère, blagueur, expansif et porté sur la réconciliation avec ceux envers qui il ne s’est pas toujours bien conduit autrefois. Plus elle avance dans les démarches, plus Riko en apprend sur ce frérot qui apparaît de plus en plus comme un type certes hors-norme mais formidable…

Chronique douce-amère en forme d’ode aux réconciliations, « Mon grand frère et moi » qui, comme « La Famille Asada », évoque en filigrane le traumatisme national dévastateur du tremblement de terre de 2011 au Japon, repose sur une idée brillante : le décalage entre une femme et son frère, elle vivante et menant une existence bien rangée, lui extravagant jusque dans sa forme spectrale. Car, entre deux séquences émotion, chaque apparition du frère fantôme fait pleurer de rire tant il s’avère facétieux.

Un casting magistral

Ryôta Nakano a bien compris que pour réussir cette pépite très originale, tout ou presque devait reposer sur le choix du casting adéquat. Pari gagné. Joe Odagiri, à la filmographie longue comme le bras, et qui a déjà joué pour le cinéaste ainsi que pour de grands maîtres du cinéma nippon, livre une prestation ahurissante en frère fantôme déjanté, changeant d’aspect physique et de costumes à chacune de ses apparitions.

Mais celle qui épate le plus c’est, une nouvelle fois, Kô Shibasaki dans le rôle de Riko. Actrice caméléon, qui brillait tant l’an dernier en mère vengeresse et taiseuse dans « La Voie du Serpent » de Kiyoshi Kurosawa, elle est méconnaissable dans « Mon grand frère et moi » en bourgeoise coincée qui joue la discrétion maximale en se cachant derrière ses lunettes et ses robes informes. Et qui va, au contact de son spectre de frère, apprendre à se dérider et à prendre des risques. Deux grandes performances au service d’un film qui chavire le cœur…

La note de la rédaction :

« Mon grand frère et moi », comédie dramatique japonaise de Ryôta Nakano, avec Kô Shibasaki, Joe Odagiri, Hikari Mitsushima… 2h07.