Mis en cause dans plusieurs affaires, le président toulousain en fait des lectures différenciées, selon les fautes. De leur rejet pur et simple jusqu’à la reconnaissance de culpabilité.

Au sujet des affaires qui ont (pré)occupé le Stade toulousain ces derniers mois et même années, Didier Lacroix fait une distinction. Par leur gravité, déjà. À ses yeux, celle concernant le transfert de Cheslin Kolbe vers Toulon (août 2021) tient davantage de la maladresse que de l’infraction réelle et pensée à dessein. Sur le transfert de Cheslin Kolbe à Toulon, il affirmait d’emblée n’avoir commis « aucune faute » au sens juridique du terme, mais un simple « manque de transparence dans la transmission de deux mails, les décharges qui ont été fournies ». Il y reviendra plus tard, faisant une nouvelle parenthèse au moment d’ouvrir son argumentaire sur les transferts et les règlements qui les encadrent. « Le Stade toulousain n’a commis aucune faute. Toulon non plus, hormis cette fameuse obligation de manque de transparence. Dès lors qu’on n’a pas transmis un seul document, on est en manque de transparence. » Une analyse conforme aux faits.

À l’été 2021, confronté à des prétentions salariales jugées irrecevables de la part de l’ailier champion du monde 2019 et de son entourage, à une période où le club cherchait plutôt à alléger sa masse salariale, le Stade toulousain avait accepté l’idée d’un départ de son joueur star. Le RCT s’était alors positionné et les discussions avaient abouti. Un transfert en bonne et due forme finalement épinglé par la section « salary cap » de la commission de discipline de la LNR.

Il planait alors des soupçons de contournement du salary cap, mais le montage qui avait permis la transaction (estimée à 1,3 million d’euros, le Sud-Africain ayant encore deux années de contrat avec Toulouse) et l’arrivée de Kolbe sur la Rade varoise, bien qu’alambiqué, avait finalement été déclaré légal ; validé par le salary cap manager. In fine, les deux clubs avaient donc été condamnés à des amendes minimes, en septembre 2021 : 50 000 euros avec sursis pour le Stade toulousain, 70 000 euros ferme pour le RCT. Et aucune sanction sportive. Mais il découla de cette affaire une jurisprudence et une nouvelle réglementation à la LNR : désormais, les montants des transferts seraient encadrés et pris en compte dans le salary cap, afin d’éviter les dérives.

Plus actuel, le dossier qui concerne les contrats de droit à l’image d’Antoine Dupont et Anthony Jelonch avec l’entreprise 3S-Alyzia, par ailleurs partenaire du club toulousain, n’a été que peu commenté. La raison est simple : à ce sujet, plus exactement le contrat concernant le troisième ligne (pour une valeur globale de 75 000 €), le Stade toulousain est convoqué en commission de discipline le 26 mai. « La procédure est prévue dans quinze jours. Je n’ai aucun problème pour en parler après, mais je veux laisser la primeur de la défense à cette commission de discipline, avec l’ensemble des arguments que nous avons développés. » Plus tôt, au début de sa prise de parole, Lacroix y avait toutefois déjà fait allusion. Et anticipé sa défense : « Qu’Anthony Jelonch n’aurait rien fait pour le groupe 3S, c’est faux, et nous en avons un certain nombre de preuves », répondant ainsi à la possibilité que le contrat signé par Jelonch n’était assorti d’aucune prestation du joueur auprès de l’entreprise.

Jaminet, le dossier qui embarrasse

Le dossier qui place le club haut-garonnais dans un plus grand embarras, même a posteriori, est celui qui concerne le transfert de Melvyn Jaminet en 2022. Sujet sur lequel Lacroix reconnaît les écarts de son club. « On a eu l’impression d’avoir reconnu nos fautes, payé, puis d’être de nouveau convoqués sur le même sujet, mais sur une autre partie. Nous n’avons pas voulu faire appel pour que l’histoire ne continue pas, mais je pense que nous avons été suffisamment clairs sur la reconnaissance de nos responsabilités. »

En janvier 2025, le quotidien L’Équipe révélait que, pour rejoindre Toulouse, le joueur avait contracté deux prêts pour un montant global de 450 000 €, afin de payer lui-même ses indemnités de départ auprès de Perpignan, avec lequel il était encore sous contrat. Cette somme devait lui être rétrocédée dans la foulée par le Stade toulousain. Problème : il s’agissait clairement d’une manière pour le club haut-garonnais de contourner le salary cap… Ce que le club conteste toutefois, arguant que « la somme ne pouvait pas entrer dans l’assiette du salary cap puisqu’elle devait servir à rembourser une somme payée par le joueur à l’USAP, et non pas à rémunérer Melvyn Jaminet. » Deuxième problème : le montage financier imaginé pour cette rétrocession avait capoté, notamment après l’affaire argentine du joueur*. Jaminet s’était alors trouvé endetté. Et l’affaire avait explosé.

Depuis, le Stade toulousain a été lourdement condamné dans cette affaire : une première fois en médiation (procédure de négociation qui devait lui offrir de sortir de cette ornière, moyennant le versement de 1,3 million d’euros, et une forme de reconnaissance de sa culpabilité). Par ce biais, Toulouse espérait également une procédure discrète, ce qui ne fut pas le cas. « Cette médiation devait normalement être confidentielle. Mais quand on s’adresse au Stade toulousain, elle ne l’est pas toujours. Peut-être que c’est la force de son attractivité qui fait cela, mais, en tout cas, de temps en temps, nous avons été violés dans notre confidentialité », regrettait mercredi Didier Lacroix. Depuis, le Stade toulousain a été condamné une seconde fois dans cette affaire, en décembre 2025, cette fois par la commission de discipline de la LNR : une amende de 45 000 € ainsi que le retrait de deux points (avec sursis) pour « comptabilisation erronée/frauduleuse » et « détournement de financements via un montage juridique ».

Clôturée pour sa partie rugbystique, l’affaire se poursuit toutefois sur un volet judiciaire. En février 2026, le Stade toulousain annonçait avoir déposé plainte contre X. Le parquet de Toulouse a ouvert une enquête préliminaire pour abus de confiance. Mercredi, Lacroix commentait : « Nous avons porté plein de recours dans cette affaire, et chacun prendra ses responsabilités sur l’ensemble des choses qui nous ont conduits à cette erreur. Même si on pense ne pas être les seuls à être incriminés, on a assumé notre part vis-à-vis du salary cap manager et de la Ligue. Il y a d’autres choses à voir dans cette affaire. »

En attendant la conclusion de cette enquête, reste à mesurer l’impact qu’aura eu une telle affaire sur l’image du club toulousain, ainsi que ses résultats sportifs. Lacroix se pose la question : « J’ai bien sûr un questionnement, comme je l’ai eu vis-à-vis de l’ensemble de ma communauté, mais également vis-à-vis de mes joueurs, sur le moment où l’ensemble de ces troubles ont des incidences. Est-ce qu’ils en ont eu ? Je n’en sais rien. »

*À l’été 2024, Melvyn Jaminet se voyait exclu de la tournée argentine de l’équipe de France après avoir diffusé sur ses réseaux sociaux une vidéo contenant des propos racistes

Dernière minute

L’enquête pénale transférée à Bordeaux et élargie à une possible escroquerie en bande organisée. Nos confrères de L’Équipe révélaient ce jeudi que l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Toulouse sur l’affaire Jaminet était transféré à Bordeaux et que les investigations seraient élargies à des faits potentiellement constitutifs d’escroquerie en bande organisée, de blanchiment en bande organisée de ce délit et blanchiment d’abis de biens sociaux.