Elle peint l’abstraction avant que l’histoire officielle de l’art ne sache vraiment la nommer. Au Grand Palais, Hilma af Klint se dévoile enfin dans une grande exposition monographique française, avec les Peintures du Temple, cycle monumental réalisé entre 1906 et 1915. Formée à la peinture académique, nourrie de sciences naturelles, d’ésotérisme, de théosophie et de spiritisme, l’artiste suédoise invente une langue visuelle où les spirales, les cercles, les couleurs et les formes organiques cherchent à rendre visible l’invisible. L’exposition demande au spectateur d’accepter qu’une part de l’art moderne se soit aussi inventée du côté du secret, du collectif féminin et de la spiritualité.
L’avis des critiques :
- Stéphane Corréard : C’est un choc total, c’est la première fois qu’est présenté en France un ensemble si important de peintures de cette pionnière oubliée du XXe siècle. Dès la deuxième salle, on est saisi par la singularité visuelle et, plus largement, du projet artistique. Chacune des œuvres présentées s’inscrit dans une série : une série dont le sujet, la matière et le format lui sont dictés par les esprits, par les anges… On est dans des formes organiques qui se répartissent dans la composition suivant de vraies, ou beaucoup plus souvent de fausses symétries, qui se télescopent avec des lettres, des mots, des figures géométriques. C’est explosif, ça part dans tous les sens. On ne comprend pas au début, l’œil a du mal à s’habituer à ces rapports colorés, à ces compositions qui restent très énigmatiques. Rien de tout cela n’a d’équivalent dans la peinture du début du XXe siècle… La grande question est de savoir ce qu’on voit : de l’abstraction, de la figuration, ou une illustration de théories qui nous échappent largement… Eh bien, en fait, on s’en fiche, parce qu’il y a une telle puissance picturale que, je pense, il faut, comme pour tous les artistes, ignorer les intentions et se laisser porter.
- Philippe Azoury : Hilma af Klint est une pionnière de l’art abstrait dans sa définition d’une contre-action du réel vers des symboles qui seraient censés être la clé du monde. Mais ce qui est très beau, c’est qu’on n’a pas besoin d’être initié pour recevoir cette peinture : on en reçoit le secret, on en reçoit même la douceur, c’est ça qui est très étrange. Il y a à la fois une façon d’appuyer le secret du monde, de le conserver jalousement et, en même temps, de nous le transmettre d’une façon très belle et très douce, de nous donner la main vers ce qui serait une réconciliation, vers une vie, une existence circulaire, qui ne s’arrêterait pas à sa chute. C’est une exposition envoûtante et hypnotique.
=> L’exposition Hilma Af Klint, est à découvrir jusqu’au 30 août 2026 au Grand Palais. (Le catalogue disponible aux éditions Grand Palais RMN / Centre Pompidou)
- commissariat : Pascal Rousseau Professeur à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
- scénographie : Pascal Rodriguez Architecte-scénographe Centre Pompidou
=> En parallèle de l’exposition :
- Hilma Af Klint. Les cinq vies, de Philipp Deines, une BD tout public paru aux éditions RMN
- Le documentaire, La double vie d’Hilma af Klint Peintre et pionnière de l’abstraction, réalisé par Manuelle Blanc est à retrouver sur le site Arte.Tv
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Une vie, une oeuvre – Georges Braque
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Plus d’informations
Hilma Af Klint, au Grand Palais, du 6 mai au 30 août 2026
Extraits sonores
Extrait de la musique du film Beyond the Visible – Hilma af Klint (2022), « Hilma at work »
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