Leur rapport personnel est indissociable de leur relation professionnelle. Diplômée de Yale, passée par IBM puis devenue associée fondatrice chez Bloomberg Beta, Zilis est entrée dans l’orbite de Musk vers 2016 en tant que conseillère informelle auprès d’OpenAI. Elle a ensuite siégé au conseil d’administration de l’organisation jusqu’en 2023, tout en étant, parallèlement, recrutée par Musk pour travailler sur l’Autopilot de Tesla, puis pour diriger les opérations de sa start-up de neurotechnologie Neuralink.

La défense utilise fréquemment les communications entre Zilis et Musk pendant sa période chez OpenAI comme des éléments montrant la nullité des accusations de Musk. Shivon Zilis faisait d’ailleurs initialement partie de la plainte intentée contre Altman, avant de s’en retirer à la faveur d’un changement de stratégie judiciaire.

L’avocat principal d’OpenAI, Bill Savitt, a présenté plusieurs échanges d’e-mails montrant qu’elle et Musk étaient en discussion active avec Sam Altman et Greg Brockman, notamment sur les différents scénarios permettant de transformer OpenAI en entité à but lucratif.

Dans l’un de ces e-mails, Zilis signalait que Sam Altman préparait une levée de fonds pour lancer une filiale d’OpenAI avec un rendement plafonné. « Ça me va », avait répondu Musk. Il n’est pas clairement établi à quoi cette réponse faisait exactement référence, puisque l’e‑mail abordait plusieurs sujets. L’équipe d’Altman interprète ce message comme un feu vert implicite ou, à tout le moins, une absence d’opposition ; Musk soutient pour sa part qu’il ne signifiait rien de précis.

Dans un autre message, Zilis détaille pour Musk une levée de fonds imminente de 500 millions de dollars menée par des entreprises et de riches investisseurs individuels. « Altman t’écrira dès que ce sera plus concret », indiquait‑elle.

Selon la version présentée par l’équipe d’Altman, ces échanges montrent qu’Elon Musk était, à un moment donné, relativement ouvert à l’idée de transformer OpenAI en entreprise à but lucratif. Ce qui rendrait malhonnête l’accusation lancée par le patron de Tesla à ses anciens associés d’avoir dévoyé le but caritatif de l’association.

Mais ce n’est pas tout, Shivon Zillis agissait également comme intermédiaire entre Musk et l’organisation qu’il avait quittée. Lors du contre‑interrogatoire d’Elon Musk, Savitt a évoqué un échange de messages entre les deux datant de l’époque où le milliardaire avait annoncé qu’il quittait le conseil d’administration.

« Préfères-tu que je reste proche et conciliante avec OpenAI afin de maintenir le flux d’informations, ou que je commence à m’en éloigner ? » avait écrit Zilis. « La question de la confiance va devenir compliquée, donc tout conseil pour agir correctement à ton égard est bienvenu. »

« Proche et conciliante, avait répondu Musk. Mais nous allons aussi essayer activement de faire venir trois ou quatre personnes d’OpenAI chez Tesla. D’autres suivront avec le temps, mais nous ne les recruterons pas activement au-delà de cela. »

Selon une autre interprétation, Zilis aurait pu être utilisée, consciemment ou non, par Sam Altman pour atteindre Elon Musk. Des messages présentés comme preuves montrent qu’en février 2023, Altman lui demandait comment gérer l’image publique de sa relation avec Musk.

« Au fait, ce serait une bonne idée que je tweete quelque chose de positif sur Elon ? », écrivait Altman. « Je pensais le faire après son message sur le fait qu’il n’apparaissait pas sur la photo du premier jour d’OpenAI… évoquer à quel point j’admire son rôle et ses contributions initiales. »