Par

Ivan CAPECCHI

Publié le

8 mai 2026 à 11h28

En Alsace, la filière de la consigne des bouteilles en verre traverse une zone de turbulences. La brasserie artisanale Bendorf, basée à Strasbourg, tire la sonnette d’alarme autour de la situation d’UZAJE, un centre de lavage de bouteilles réemployables placé en redressement judiciaire.

Une filière basée sur le réemploi des bouteilles

Le principe est simple : les bouteilles sont récupérées, lavées puis réutilisées, plutôt que recyclées. Depuis 2020, Bendorf affirme avoir investi dans cette démarche avec le soutien de l’Ademe, l’agence de la transition écologique, notamment en achetant ses propres équipements de lavage de bouteilles avant l’ouverture du centre mutualisé UZAJE à Strasbourg.

Fin 2024, le centre UZAJE a ouvert à Strasbourg. Selon Bendorf, près de 120 000 de ses bouteilles y ont déjà été lavées en un peu plus d’un an. Mais l’entreprise estime aujourd’hui que « l’engagement des artisanaux, à lui seul, ne peut suffire à faire fonctionner une infrastructure de cette envergure ».

La fermeture d’UZAJE entraînerait « des années de travail réduites à néant »

Dans un échange avec Actu Strasbourg, Bendorf affirme qu’une fermeture d’UZAJE pourrait entraîner « l’arrêt de la consigne » pour de nombreux acteurs alsaciens ne disposant pas de leur propre outil industriel de lavage.

La brasserie estime qu’un tel scénario « rédui[rait] des années de travail à néant ».

Des causes multiples

Selon Bendorf, les difficultés actuelles s’expliquent notamment par le manque d’application de la loi AGEC, qui prévoit des objectifs progressifs de réemploi pour les entreprises jusqu’en 2027. « Pas de contrôle, pas de sanction : personne ne bouge », déplore la brasserie.

Bendorf critique également le rôle de Citeo, l’éco-organisme chargé d’organiser la gestion des emballages ménagers en France. La brasserie estime que les grands industriels, historiquement tournés vers le recyclage du verre, restent encore trop peu investis dans le développement du réemploi.

Bendorf estime enfin que les brasseries artisanales ne peuvent pas, à elles seules, faire vivre une telle infrastructure et regrette un manque d’implication plus large des grands acteurs de la filière.

Kronenbourg se dit « historiquement présent sur le réemploi »

Dans ce contexte, Actu Strasbourg a également sollicité Kronenbourg, sans que cet acteur ne soit spécifiquement cité par Bendorf, afin de comprendre comment le groupe fonctionne sur cette question.

Kronenbourg affirme être « historiquement présent sur le réemploi », notamment avec la bouteille alsacienne de 75 cl vendue en grande surface. Le groupe précise toutefois disposer de ses propres équipements industriels à Obernai et ne pas dépendre d’UZAJE pour laver ses bouteilles.

Kronenbourg explique également que, dans le cadre d’une expérimentation menée avec Citeo dans l’Ouest et le Nord de la France, le lavage est réalisé « par des laveurs agréés proches des circuits de collecte ». Le groupe souligne ne pas avoir de lien contractuel direct avec ces laveurs.

Appel aux pouvoirs publics

La brasserie Bendorf appelle de son côté les pouvoirs publics à soutenir le centre de lavage strasbourgeois et à faire appliquer concrètement la loi sur le réemploi afin de pérenniser la filière.

Sollicité par Actu Strasbourg, Citeo n’a pas répondu à notre sollicitation.

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