Pâques, 1880. Dans sa propriété de Croisset, près de Rouen (Seine-Maritime), Gustave Flaubert reçoit Émile Zola le temps d’un week-end. Une première pour les deux hommes qui ne sont pas de la même génération, mais partagent des valeurs communes. « Il y avait aussi Daudet, Maupassant lors de cette visite », raconte Martine Leblond-Zola, arrière-petite-fille de l’illustre romancier. Une rencontre au sommet entre deux monstres de la littérature qui sera aussi la dernière puisque Flaubert meurt seulement quelques semaines plus tard.
De la vaste propriété, il ne reste plus qu’un petit pavillon, devenu un musée consacré à l’auteur rouennais. Il n’empêche. « Revenir ici, c’est assez émouvant. Il faut les imaginer marcher ensemble le long de cette allée de tilleuls, discuter, partager leur passion pour l’écriture… », continue la vice-présidente de la maison Zola – musée Dreyfus de Médan (Yvelines) venue inaugurer l’exposition consacrée à la passion tardive de son aïeul pour la photographie.
Une vingtaine de clichés noir et blanc en grand format, remis en lumière par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, ont été installés dans le parc du pavillon Flaubert. « C’était un art nouveau que Zola a pratiqué avec passion à la fin de sa vie, avec sérieux, mais de façon plus légère que l’écriture », détaille son arrière-petite-fille.
On y découvre l’intimité de l’écrivain, Jeanne, sa dernière femme, leurs deux enfants Jacques et Denise – la grand-mère de Martine -, des amis de la famille, des endroits qu’il aimait… « En revanche, il ne pratiquait pas la photo pour documenter les lieux où il était allé pour préparer ses romans. Mais au final, cela donne une image différente d’un homme que l’histoire considère souvent comme austère », se félicite Martine Leblond-Zola.