Presse Océan : Comment vous sentez-vous ?
« Aussi bien que possible je crois, après quatre ans dans des conditions extrêmement difficiles, quatre ans de vie volée, puisqu’on ne peut pas dire autre chose. »
Nantes est la dernière étape de votre tourbillon médiatique ?
« À ce jour oui mais nous avons d’autres sollicitations à Paris ou ailleurs. Nantes c’est surtout pour moi d’une importance essentielle parce que c’est ma ville, c’est le retour à la maison. »
Vous avez répondu à beaucoup d’interviews, c’était un besoin ?
« Nous avons décidé de témoigner, d’expliquer ce qui s’était passé parce qu’il faut remercier tous ceux qui se sont mobilisés. Et puis, ce qui nous a été fait est révélateur d’une situation beaucoup plus générale dans ce pays, ça peut être utile de donner la réalité de ce qui s’y passe. Beaucoup de mes codétenus m’ont dit il faut que le peuple français sache ce qu’est la prison d’Evin. Donc c’est aussi une forme de dette que nous honorons à leur égard. »
Vous aviez eu beaucoup de codétenus ?
« Jusqu’à cinq dans ma cellule. Je ne pouvais pas toujours parler avec eux à cause du mur linguistique mais certains parlaient l’anglais. Petit à petit, j’ai aussi appris des bribes de farsi. Pour l’immense majorité, ils étaient Iraniens. Il y a eu aussi des Afghans, des Pakistanais et je sais qu’il y avait aussi des prisonniers occidentaux, y compris français, en même temps que moi mais je ne les ai jamais vus. »
C’est un pays fascinant et un peuple accueillant. Il y a beaucoup à voir, beaucoup à faire. Maintenant, on s’est retrouvé au mauvais moment au mauvais endroit.
— Jacques Paris
Dans quelles conditions avez-vous été enlevé ?
« C’est un rapt, un enlèvement au sens propre. Nous venions de passer dix jours là-bas. Nous nous dirigions vers l’aéroport de Téhéran pour rentrer en France dans la nuit du 7 au 8 mai 2022. Nous étions dans un taxi. Deux véhicules l’ont bloqué, ils nous ont arrachés de la voiture Cécile et moi, et nous ont mis chacun dans un véhicule, les mains menottées, les yeux bandés. Ensuite ils nous ont emmenés vers une destination inconnue. Le début d’un processus qui a duré trois ans et demi. Il n’y a pas de mandat d’arrêt, rien du tout. À ce moment-là vous vous dites que votre vie est en train de basculer. C’est comme passer de l’autre côté du miroir. »
À l’époque, la situation géopolitique était déjà instable non ? Vous n’aviez pas conscience de prendre un risque ?
« Le régime iranien a toujours eu des problèmes avec sa population mais il n’y avait pas de guerre. Je suis allé six fois en Iran. Le régime était dur oui… Mais c’était la sixième fois. »
Vous connaissiez des gens ?
« Non. »
Pourquoi être allé là-bas, parce que vous aimez le pays ?
« C’est ça. C’est un pays fascinant et un peuple accueillant. Il y a beaucoup à voir, beaucoup à faire. Maintenant, on s’est retrouvé au mauvais moment au mauvais endroit. »
Votre compagne avait déjà visité l’Iran ?
« Non, non, c’était la première fois. C’était un peu pour ça qu’on y allait, elle avait vraiment envie de voir ce pays. »
À…