INFO LE POINT. Plusieurs plaintes ont été déposées pour des violences sexuelles visant un prof de sport de l’école Tocqueville (Paris 17e). Une affaire qui crée des remous dans cet établissement catholique réputé.
Selon nos informations, pas moins de huit plaintes ont été déposées à ce jour contre un professeur de sport enseignant à l’école primaire Tocqueville (groupe Fénelon Sainte-Marie, enseignement privé sous contrat) pour des faits de violences sexuelles sur mineurs de moins 15 ans. Une enquête préliminaire est en cours. Contacté, le parquet de Paris ne nous a pas encore répondu.
La Brigade des mineurs (BPM), en charge du dossier, s’est rendue à trois reprises dans l’établissement pour auditionner des enfants (en février, mars et avril), espérant y recueillir une parole spontanée. Une procédure exceptionnelle dans les affaires de violences en milieu scolaire.
« Le Point » a pu rencontrer plusieurs familles de victimes et échanger longuement avec elles. Leurs enfants, scolarisés en petite section, avaient entre 2 ans et demi et 3 ans et demi à l’époque des faits (entre 2023 et 2025). Ils décrivent des attouchements, des agressions sexuelles et des viols qui auraient été commis lors du cours d’éducation physique et sportive dispensé par un intervenant extérieur.
Cache-cache dans le noir, jeu du loup…
Les faits auraient eu lieu dans le gymnase de l’école, une pièce située en sous-sol. Plusieurs familles nous rapportent des jeux troublants de type cache-cache dans le noir ou jeu du loup, ainsi que des actes particulièrement sordides que leurs enfants ont dépeint avec précision (attouchements sur le « zizi », « doigt dans les fesses » …). Ces derniers auraient eu lieu alors que le professeur était vraisemblablement seul avec un ou plusieurs élèves.
D’après les récits des familles, le professeur de 53 ans toujours vêtu de noir, l’allure stricte, mais décrit comme « professionnel » et « cordial » par ses collègues, avait un rapport ambivalent avec les élèves : certains étaient « survalorisés » par lui, et l’adoraient. D’autres, étaient rabaissés voire humiliés, et le craignaient au point de ne plus vouloir assister à ce cours. Plusieurs parents ont d’ailleurs rapporté, dès novembre 2024, à une institutrice l’appréhension de leurs enfants à se rendre à ce cours. « Des signaux faibles qui n’ont pas été pris en compte par la direction », regrette un père de famille.
Le professeur en question (employé de l’établissement privé et non de l’Éducation nationale), très apprécié de la direction de Tocqueville, était en poste depuis 2020 et chargé de neuf classes, de la petite section au CE1.
Mis à pied et licencié
« On ne parle pas juste de sept familles. Des centaines d’enfants ont pu être exposés à ce professionnel potentiellement prédateur ! », s’insurge une mère qui souhaite que toutes les victimes soient identifiées.
Depuis la première plainte d’une famille, déposée en avril 2025, l’homme a été mis à pied puis licencié, en juin 2025, pour faute grave.
Malgré cette éviction, de nombreux parents se plaignent de la gestion de cette crise et de l’absence de communication, et d’excuses – insistent-ils – de la direction avant le mois de janvier. D’autant que les premiers parents plaignants ont appris qu’un signalement pour des faits similaires avait été fait par une autre famille dès septembre 2023.
« Mes clients ont découvert qu’une famille avait alerté la direction deux ans auparavant, pour des faits de viol sur un enfant de 2 ans et demi, et que la direction de l’école le leur avait caché ! », dénonce Me Thomas Amico, avocat de la famille lanceuse d’alerte, qui se plaint d’une « enquête bâclée » suivie d’un classement sans suite pour ses clients. Il s’est depuis constitué partie civile.
Contactée, la directrice de l’école, toujours en poste, n’a pas répondu à nos questions.
Passé par l’école primaire Saint-Michel de Picpus…
D’après un communiqué daté du 5 mai de l’Enseignement catholique de Paris, intitulé « Crise à l’école Tocqueville de Fénelon Sainte-Marie », une enquête interne mandatée par l’école « montre qu’en toute rigueur, les informations reçues dès 2023 auraient dû faire l’objet d’une transmission aux autorités ». Mais qu’« il n’existait pas de procédure interne formalisée telle que la réglementation l’impose depuis l’année scolaire 2025-2026 ».
Un manquement d’autant plus problématique que cet intervenant extérieur exerçait aussi à temps partiel au sein de l’école primaire Saint-Michel de Picpus (Paris 12e) depuis septembre 2019, établissement qu’il a quitté au printemps 2025, à la suite de l’alerte de Tocqueville. Contacté, le directeur coordonnateur de l’ensemble scolaire Saint-Michel de Picpus n’a pas souhaité s’exprimer en raison de l’enquête en cours.
Le mis en cause était en parallèle éducateur sportif et professeur d’arts martiaux. Cinquième Dan de Karaté, il enseignait à la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Colombes (92) où il donnait notamment des cours de baby karaté. D’après son CV, il y exerçait depuis septembre 1997.
…Et par la MJC de Colombes
Contacté, le directeur de la MJC de Colombes nous explique avoir suspendu le professeur le 19 janvier, avant de le licencier en février. Il assure avoir contacté tous les adhérents inscrits depuis 2010 à la MJC (plus de 4000 personnes). Au Point, il révèle l’existence d’une plainte pour attouchement sexuel concernant un enfant âgé de 4 ans, inscrit cette année au cours de baby karaté. Ce que nous a confirmé la mère de l’enfant.
Le club de karaté de Courbevoie où il exerçait depuis trois ans auprès d’adultes essentiellement, d’après son directeur, l’a suspendu fin janvier suite à un arrêté préfectoral l’interdisant provisoirement d’exercer. Le directeur du club, proche de l’éducateur sportif, dit ne pas y croire, il le décrit comme « un garçon un peu bourru », mais « correct » et ayant « bon cœur ».
Le mis en cause, qui reste présumé innocent, nie les faits dont on l’accuse. Devant les policiers de la BPM, en août 2025, il a assuré n’avoir « jamais touché un enfant de (sa) vie. » Son avocat, Me Mathieu Vaugein, rappelle au Point que la première plainte a été classée sans suite.
« Les conséquences de ces accusations sont dramatiques pour toutes les sphères de la vie de mon client, il recherche aujourd’hui à se reconstruire », ajoute-t-il. Concernant les autres plaintes, Me Vaugein précise que le professeur de sport « n’est pas à ce jour poursuivi ».
D’après nos informations, un juge d’instruction sera désigné très prochainement.