Par
Hugo Hancewicz
Publié le
8 mai 2026 à 17h16
Sac sur le dos, baskets serrées et quelques affaires de bivouac : Randy a quitté Toulouse le 19 avril 2026 à pied, direction Paris. Derrière les 700 kilomètres annoncés et l’objectif d’une arrivée fin mai, il y a surtout une démarche qu’il décrit comme thérapeutique. « Ça fait 15 ans que je subis la dépression, des émotions qui font les montagnes russes… La solution pour fuir mes problèmes, c’est cette marche », résume ce Toulousain de 32 ans, auprès d’Actu Toulouse. Depuis le Capitole, point de départ symbolique, il avance seul sur les routes de France jusqu’à la capitale. « Je pense faire mon arrivée à l’Arc de Triomphe », dit-il. Au jour 17 de son périple, il a déjà parcouru environ 250 kilomètres et s’approche de Limoges. Une histoire qui rappelle l’aventure de Pierre, personnage principal de l’ouvrage de Sylvain Tesson « Sur les chemins noirs » (Gallimard, 2023) dans lequel la renaissance de soi passe par la marche.
« J’ai pris cette décision sur un coup de tête »
Depuis le début de son aventure, Randy refuse de présenter cette marche comme un défi sportif. Il n’y a ni chrono, ni objectif de performance. Ce qu’il décrit, c’est plutôt un cadre, une mise à distance de son quotidien habituel. « J’ai pris cette décision en deux jours, sur un coup de tête », avoue-t-il.
Si je réalise ce défi aujourd’hui, c’est aussi pour ma petite fille de deux ans. J’ai envie qu’elle soit fière et qu’elle voit en moi un père exemplaire. Elle est ma plus grande motivation.
Randy
Dans son sac, le strict nécessaire pour tenir sur la durée avec du matériel de bivouac, un panneau solaire et une organisation autonome. « Je suis en totale autonomie avec de quoi dormir et je me ravitaille dans les petits villages pour la nourriture », détaille-t-il.
De nombreuses rencontres
Les premières étapes du périple ont été particulièrement difficiles pour le Toulousain. « Les dix premiers jours physiquement je subissais, je ne suis pas quelqu’un de sportif », raconte Randy. Avant ce départ, il n’avait jamais dépassé 20 kilomètres de marche en une journée. Aujourd’hui, il enchaîne tous les jours plus de 30 kilomètres. « C’est un vrai motif de satisfaction et ça me motive encore plus pour la suite », poursuit-il.
Les rencontres aussi lui permettent d’avancer, physiquement mais également mentalement. « Dans la vie de tous les jours, je suis un solitaire et c’est une raison de la dépression. Et même si aujourd’hui je marche seul, je rencontre beaucoup de monde sur mon passage. Ce sont des moments qui me réchauffent le cœur », assure le trentenaire.
Visualiser le contenu sur Instagram
«Ça permet parfois de relativiser sur sa propre vie »
Sur les routes, à travers les villages traversés et les hasards du trajet, Randy créent des interactions régulières. « Les rencontres me permettent de me livrer et de partager mon histoire », explique-t-il. « J’échange aussi avec des gens aux histoires difficiles, ça permet parfois de relativiser sur sa propre vie ».
Il raconte notamment une rencontre marquante avec un homme ayant perdu son fils de 19 ans dans un accident de voiture, lui-même confronté à la dépression, et qui s’en sort petit à petit. « Ce sont des échanges qui m’inspirent et m’incitent à me battre pour aller mieux », lance-t-il avec un brin d’émotion.
Voir la générosité et l’hospitalité des gens depuis le début de mon périple me touche beaucoup
Randy
Une communauté connectée en continu
En parallèle de la marche, Randy reste très connecté à sa communauté en ligne qui le suit au quotidien. Plus de 13 000 personnes sur son compte Instagram « Randy_bigman ». À l’origine centrée sur un autre objectif lié à la perte de poids, elle s’est progressivement élargie à ce nouveau projet. « Je reçois 200 à 300 messages par jour », sourit-il.
Depuis le début du périple, Randy a récolté plus de 1 100 euros à partir d’une cagnotte qu’il partage sur ses réseaux sociaux. Mais cette présence permanente a aussi son revers, avec un flux continu de messages et d’interactions à gérer en même temps que la marche. « Je vais un peu limiter la création de contenu pour me recentrer sur moi-même », confie-t-il.

Depuis le début de son périple il y a 17 jours, Randy a parcouru plus de 250 kilomètres. (©Randy_Bigman)Une progression physique et mentale
En effet, le rythme de la marche met en lumière des variations importantes d’un jour à l’autre. Randy décrit des journées très différentes sur le plan émotionnel et physique. « Aujourd’hui je suis au plus bas, ma fille me manque énormément », avoue-t-il. « Alors qu’hier j’étais au top de ma forme ».
Mais au fil des jours, Randy dit percevoir des changements dans son état général, sans pour autant tirer de conclusion définitive. « En deux semaines j’ai l’impression d’avoir plus avancé qu’en plusieurs années de suivi psychologique », se réjouit-il. Pour le Toulousain, le chemin est encore long, plus de 450 kilomètres jusqu’à la capitale. Une chose est sûre pour Randy : « Je suis sûr d’aller jusqu’au bout, je ne vais pas abandonner ».
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