Par

Manuel Rodriguez

Publié le

8 mai 2026 à 16h56

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes entendait, jeudi 7 mai, un « aidant familial » de 66 ans qui sera prochainement jugé pour des « violences » sur sa femme schizophrène à Rennes et dans le pays de Fougères (Ille-et-Vilaine). Ce retraité – qui a dirigé une entreprise en Ille-et-Vilaine et qui travaille encore dans le pays de Fougères – comparaîtra d’ici un mois et demi devant le tribunal correctionnel de Rennes pour ses « violences conjugales ». Dans l’immédiat, il avait été placé sous contrôle judiciaire mais jeudi 7 mai, le parquet général avait requis son placement en détention provisoire.

Plusieurs témoins

L’enquête avait en fait démarré le 15 avril 2026 : ce jour-là, la kinésithérapeute de la femme de Bernard* – qu’il a épousée il y a quarante-deux ans – avait fait « un signalement » aux autorités judiciaires pour expliquer que « plusieurs personnes avaient été témoins de violences commises sur sa patiente par son mari qui l’accompagne habituellement ».

La professionnelle de santé n’avait pas elle-même constaté cette scène qui était survenue sur le parking de son cabinet, à Rennes, mais sa patiente lui avait dit qu’elle venait de « subir des violences ».

Elle avait « une marque sur la pommette » et la kiné avait déjà « constaté des bleus » sur le corps de cette patiente « très agitée et perturbée ».

Elle lui avait aussi confié « vouloir mourir » et « se mettre sous une voiture », puis avait « rappelé la kiné tous les jours suite aux faits » car elle avait « peur que son mari la quitte » et elle lui demandait de « ne rien dire ».

Vidéos : en ce moment sur ActuIl voulait « forcer » sa femme à se soigner

Une femme présente sur le parking de la kiné avait pour sa part « remarqué le comportement préoccupant » d’un homme envers sa femme « stressée et anxieuse » qui s’apprêtait à rentrer dans le cabinet.

Elle avait vu l’homme porter « un coup de pied » au niveau de celui de sa femme, qui était « entrée puis ressortie » du cabinet. Son mari l’avait ensuite « amenée à l’écart » pour lui « porter un coup au visage ». La témoin, elle-même « en état de choc », avait ensuite vu le sexagénaire « quitter les lieux ».

Mais le principal intéressé a expliqué ce jeudi 7 mai 2026 qu’il tentait en fait de « forcer » son épouse à se soigner, puisqu’elle annule régulièrement ses rendez-vous médicaux.

Sa femme – diagnostiquée schizophrène et persuadée qu’elle « souffre d’un cancer quand elle est en crise » – avait ensuite refusé de « déposer plainte », indiquant aux enquêteurs qui l’avaient contactée qu’elle était « une mauvaise personne » et que son mari était « une bonne personne ».

Elle se disait elle-même « insupportable » avec son « trouble psychiatrique ».

Son fils « pas capable » de rester « plus de vingt minutes » auprès de sa mère quand elle est « en crise »

Un « nouvel épisode » était ensuite survenu dans une salle de restaurant du pays de Fougères : cette femme s’était « mise à crier » et le suspect avait « fait des gestes ». Alors en plein rendez-vous professionnel, il l’avait emmenée « parce qu’elle n’est pas capable de vivre seule »… 

Et pour cause, ce père de « grands enfants » – qui « reconnaît » les deux faits qui lui sont reprochés – a expliqué qu’il essayait « d’aider » sa femme, mais que la situation était devenue « extrêmement pénible » et que ses crises étaient « détestables à vivre ».

Leur propre fils a indiqué qu’il ne « serait pas capable » de rester « à la place » de son père puisqu’il n’est lui-même « pas capable » de rester « plus de vingt minutes » auprès de sa mère quand elle est « en crise ».

Bernard s’est retrouvé dans une situation qu’il n’arrive plus à gérer et a désormais compris qu’il n’arriverait pas tout seul à la sauver.

son avocate, Me Amina Saadaoui

L’avocate générale avait pour sa part soutenu la demande de placement en détention provisoire du sexagénaire : sa femme, en situation de « dépendance financière », se trouve sous son « emprise ». 

Me Amina Saadaoui s’était donc dite « stupéfaite » d’une telle demande du parquet et des « raccourcis faits dans ce dossier » : son client pouvait être logé « dans sa résidence secondaire » et la plaignante est « toujours hospitalisée ».

Ce jeudi, en fin de journée, la cour l’a suivie et le sexagénaire n’a pas été incarcéré.

* Les prénoms ont été modifiés.

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