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Julian Picot

Publié le

7 mai 2026 à 17h36

Ouvert en 2010 pour un coût de 10,2 millions d’euros HT, le centre aquatique Inoxia, situé à Châteaugiron (Ille-et-Vilaine), a été épinglé dans le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC), jeudi 30 avril 2026. La cause ? Un manque de transparence budgétaire et un « angle mort juridique » sur le nouveau projet de modernisation, dont la budgétisation est passée de 1,5 million d’euros à près de 8 millions d’euros en seulement quatre ans. On vous explique ce gros chantier prévu à l’horizon 2028.

Une modernisation du site à 1,5 million d’euros

C’est un projet lancé en 2020 : la modernisation du centre aquatique pour un coût d’origine chiffré à 1,5 million d’euros.

« Au départ, ce montant concernait uniquement la réflexion du site. Mais lorsque nous avons visité cinq ou six autres équipements en 2022 avec la commission sport, on s’est rendu compte que le nôtre était saturé. Nous avons donc avancé sur un projet d’agrandissement », introduit Dominique Denieul, maire de Piré-Chancé et président du Pays Châteaugiron Communauté depuis 2017, sollicité par la rédaction.

Un prextension significative du complexe aquatique, pour un montant dépassant les 6 millions d'euros
À Châteaugiron (Ille-et-Vilaine), le centre aquatique Inoxia a été épinglé par la Chambre régionale des comptes, ce jeudi 30 avril 2026. ©Le Journal de Vitré

Le projet, qui comprend aujourd’hui une extension du site, s’est construit progressivement et son coût a significativement évolué de 1,5 à 7,8 millions d’euros, « sans que toute l’information ne soit délivrée au sein des documents budgétaires de référence », regrette le rapport.

Le rapport d’orientation budgétaire (ROB) 2022 ne mentionne pas de projet de modernisation, tandis que le ROB 2023 indique sobrement ‘Remise en état ou modernisation des équipements communautaires’, sans montant de travaux.

La Chambre régionale des comptes

Pourtant, le rapport note qu’un « marché d’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) est passé avec un cabinet fin 2022 pour réaliser une étude de faisabilité ‘Extension piscine Inoxia à Châteaugiron’ qui comprend la possibilité d’un bassin supplémentaire à usage nordique ».

La Chambre régionale des comptes ne remet pas en cause notre projet, mais plutôt le fait qu’il n’a pas été présenté suffisamment tôt aux élus le montant de l’investissement.

Dominique Denieul, président du Pays Châteaugiron Communauté

« Modernisation, rénovation et agrandissement » pour 8 millions d’euros

C’est finalement le 6 avril 2023 que la possibilité d’un bassin extérieur estival est mentionnée par écrit pour la première fois, pour un coût total estimé à 4,98 millions d’euros HT, actualisé un mois plus tard à 6,17 millions d’euros HT.

En février 2025, le montant total de l’opération renseigné dans le Plan Pluriannuel d’Investissement (PPI) 2022-2027 est estimé à 7,83 millions d’euros.

Elle comprend : l’extension et la reprogrammation des vestiaires, des sanitaires douches et de l’accueil du site, la création d’un bassin estival en extension (312,5 m²), la création d’un toboggan extérieur, le réaménagement des espaces d’agrément pour les baigneurs (solariums minéral et végétal), la mise en accessibilité et l’adaptation des espaces extérieurs et, enfin, la réhabilitation des organes techniques existants, vieillissants et altérés.

Nous sommes effectivement passés d’un projet de 1,5 million d’euros à un projet à environ 8 millions d’euros qui repose aujourd’hui sur la modernisation des équipements, la rénovation (énergétique, traitements des eaux) et l’agrandissement avec un bassin extérieur.

Dominique Denieul, président du Pays Châteaugiron Communauté

« L’information délivrée au sein des documents budgétaires de référence sur le coût des travaux envisagés a souffert d’incomplétudes », résume de son côté la Chambre régionale des comptes dans son rapport.

Sollicités, les élus du groupe minoritaire à l’agglomération regrettent un manque de débat sur le projet.

Il n’y a pas eu de débat clair sur le projet. L’extension n’était pas dans le projet initial et le conseil communautaire n’a pu débattre de l’opportunité de l’extension avant que les études ne soient lancées.

Stéphane Lenfant, vice-président du conseil départemental du canton de Châteaugiron et élu d’opposition à Noyal-sur-Vilaine.

Une modernisation des équipements est nécessaire, mais entre ce qui était prévu et ce qui est aujourd’hui engagé, il y a un écart considérable. À aucun moment le projet de territoire ne mentionnait une telle expansion. Moderniser n’est pas agrandir. Rénover n’est pas étendre. Nous avons appris le projet de la maîtrise d’ouvrage dans le rapport de la Chambre.

Schirel Lemonne, conseillère départementale et élue d’opposition à Châteaugiron

« Il y avait des élus de l’opposition dans cette commission sport. Le projet n’a pas été caché », se défend le président de l’agglomération.

« Un angle mort juridique »

Un autre point de ce dossier pose question : le calendrier.

« Entre la signature du contrat de concession le 1er juillet 2022 et la présentation du projet faite aux membres de la commission Sport le 6 juillet suivant, seuls cinq jours se sont écoulés, de telle sorte que la modernisation n’était pas encore officiellement actée lors de la signature du renouvellement de la délégation de service public (DSP) », note le rapport.

Ce nouveau bassin, de même taille que celle du bassin sportif actuel, est « une modification majeure ». Or, d’après le code de la commande publique, il est interdit ne modifier un contrat en cours de route si cela change radicalement l’équilibre initial.

Sur le plan juridique, il s’agit d’une modification substantielle qui entraînerait, dans l’hypothèse d’une mise en service avant le terme du contrat de concession (31 août 2028), la nécessité de procéder à une remise en concurrence […] et d’une indemnisation du délégataire actuel pour rupture anticipée du contrat.

La Chambre régionale des comptes

« Un angle mort de la réflexion de l’établissement public de coopération intercommunale (EPCI) », juge le chambre.

L’agglomération reste confiante à ce sujet.

« Le planning prévoit une mise en service des nouvelles installations au démarrage de la future délégation de service public (septembre 2028), de manière à ne pas impacter substantiellement le contrat en cours. Par conséquent, l’impact sur la délégation actuelle portera sur la phase des travaux qui seront précisés dans le cadre des études d’avant-projet, qui devraient bientôt sortir », se défend Dominique Denieul.

La chambre alerte néanmoins « sur les conséquences juridiques et financières de ces travaux s’ils devaient être achevés avant cette échéance ».

L’extension du site est projetée à partir de 2027 pour une mise en service fin août – début septembre 2028.

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