Le camp américain de Casson s’est installé au château du Plessis. En son sein, il compte une école ancienne reconstituée en hommage aux enfants de Batz-sur-Mer, réfugiés au château entre 1943 et 1945. Eric David et la commission Enfance jeunesse de la municipalité sont à l’initiative du projet. Il a permis, ce jeudi 7 mai, de créer une rencontre intergénérationnelle riche d’enseignements et d’émotions. Les élèves des écoles de Casson sont venus sur le camp US, rencontrer trois témoins de l’école en 1943 : Odette Oriot, Anne-Marie Le Huédé, Michèle Ravily, et vivre une heure de classe hors du temps.

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Les enfants de Batz réfugiés au château du Plessis

En 1943, Odette Oriot à 9 ans. Elle habite à Casson. Aujourd’hui, elle se souvient encore des enfants réfugiés au château du Plessis, transformé alors en école. Quatre-vingt-dix enfants, accueillis en deux classes, dans un baraquement que les Allemands avaient construit lorsqu’ils avaient réquisitionné les lieux. Les deux frères aînés d’Anne-Marie Le Huédé étaient de ces enfants. Ils dormaient dans les combles du château, devenus dortoirs. Leurs parents les avaient envoyés à Casson pour les protéger des bombardements incessants qui avaient entraîné la fermeture de toutes les écoles de Batz-sur-Mer.

En 1945, Anne-Marie Le Huédé et ses parents rejoignent les deux garçons, mais surtout fuient le manque de nourriture : Après la poche de Saint-Nazaire, nous n’avions plus de pain, on mangeait des rutabagas, quand il y en avait, et des pommes, se souvient-elle. Michèle Ravily trouve, quant à elle, asile près de Casson après les bombardements de Nantes en 1944.

Avec les élèves d’aujourd’hui, les trois femmes partagent leurs souvenirs d’autrefois, d’une école à laquelle on se rendait à pied. Michelle parcourait 5 km tous les matins et tous les soirs. En arrivant en classe on allumait le poêle. Certaines avaient des chaufferettes de pieds qu’on remplissait avec du charbon pris en passant, dans le fournil du boulanger, raconte Odette Odiot. Tant de souvenirs, d’anecdotes, affluent.

L’école de Monsieur Henri

Monsieur Henri, (bénévole cassonien), le maître de l’école reconstituée, blouse grise, baguette de saule en main, commence la leçon du jour par la morale, que les élèves, dos droit sur leur pupitre, doivent recopier avec une plume et de l’encre… Ça bave, ça fait des taches et pour les gauchers, c’est compliqué. Odette Oriot, qui est devenue institutrice après la guerre, distribue ses conseils. Est-ce que vous étiez punies, parfois ?, demande un garçon. J’étais bavarde alors je devais éplucher les légumes en guise de punition », avoue Anne-Marie Le Huédé.

Le maître énonce ensuite un problème de calcul mental à partir d’un mètre d’arpenteur et présente les mesures en étain. Les élèves d’aujourd’hui ont même reçu, en partant, un présent d’autre fois : un bon point.