Combien de vols supprimés cet été en Europe ? Face au risque de pénurie de kérosène, les compagnies aériennes s’inquiètent… et Bruxelles tente de rassurer. La Commission européenne a annoncé ce vendredi 8 mai une série de mesures pour mieux gérer les stocks de carburant.
Publié le : 08/05/2026 – 23:47
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L’objectif est d’éviter les tensions sur l’approvisionnement cet été. Bruxelles assouplit d’abord certaines règles pour les compagnies aériennes. Elles vont pouvoir embarquer davantage de carburant au départ pour éviter de refaire le plein dans des aéroports où le carburant pourrait manquer.
Autre mesure : plus de flexibilité sur les créneaux aéroportuaires. Une compagnie qui annule un vol à cause de tensions sur le kérosène ne sera plus automatiquement pénalisée. Enfin, en cas de pénurie locale, les passagers seront certes toujours remboursés, mais ils ne seront pas forcément indemnisés davantage.
Et puis autre piste étudiée par Bruxelles : celle du kérosène américain, le Jet A, qui pourrait être utilisé en Europe. Un carburant qui ne répond pas aux mêmes normes qu’en Europe, qui ne peut être utilisé par les avions qu’au départ des États-Unis et du Canada. Mais le régulateur européen ouvre la porte à son utilisation sur le continent.
Faire preuve de flexibilité pour faciliter la vie aux compagnies aériennes
La Commission a annoncé il y a deux semaines le lancement d’un observatoire du kérosène et peut désormais distinguer entre diesel, essence et kérosène, rappelle notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet. Elle conclut pour l’instant que certains sont dans une situation positive comme la Finlande, alors que d’autres pays sont moins bien positionnés comme l’Irlande qui manque de capacités de raffinage. Mais dans l’ensemble, si des compagnies renoncent à certains vols, ce sera uniquement à cause du renchérissement du carburant, pas à cause de problèmes d’approvisionnement.
La Commission propose toutefois des flexibilités pour faciliter la vie aux compagnies en autorisant le tankering, pratique qui consiste à voler avec plus de kérosène que nécessaire dans les réservoirs de crainte de ne pouvoir refaire le plein à destination. De la même façon, elle recommande que les aéroports conservent les créneaux d’atterrissage et de décollage des compagnies même si elles renoncent temporairement à ces créneaux.
Et pour les passagers, la Commission rappelle que les compagnies ne peuvent demander des suppléments « carburant » si le billet est déjà payé.
Diversifier les sources d’approvisionnement
Il s’agit de diversifier les sources d’approvisionnement pour moins dépendre du kérosène et du pétrole importé du Moyen-Orient. Car le secteur aérien européen est particulièrement exposé à cette crise. Avant la guerre en Iran, 20 % du kérosène consommé en Europe transitait par le détroit d’Ormuz. Avec sa fermeture, une partie des flux mondiaux est bloquée et les prix flambent.
Des compagnies aériennes ont annulé des dizaines de milliers de vols, rappelle Xavier Tytelman, expert dans l’aéronautique : « Les compagnies réduisent la voilure pour simplement rester dans leurs frais, parce que le carburant, c’était à peu près 25 % des frais de fonctionnement des compagnies jusqu’à maintenant. Et certaines compagnies aériennes, notamment des compagnies low cost, ont directement annulé certains vols qui n’étaient pas rentables. Donc, vous avez des compagnies, même des grandes structures comme Lufthansa, qui ont renoncé à des milliers de vols jusqu’à cet été, justement pour se concentrer sur leur cœur de métier qui était le plus rentable. »
Un manque de kérosène en Europe ?
Pour l’instant l’Union européenne se veut rassurante : le risque de pénurie n’existe pas, les stocks sont suffisants, mais c’est vrai au moins sur le court terme car si la crise continue, l’été s’annonce plus compliqué, détaille Xavier Tytelman : « Sur les mois de mai et de juin, il y a une certitude : il n’y aura pas de pénurie. Et avec le flux d’approvisionnement qu’on a actuellement, il n’y a pas de problème jusqu’à la fin du mois de juin, peut-être même jusqu’à la moitié du mois de juillet. Par contre, pour la suite, il y a encore une incertitude. Déjà, si le détroit d’Ormuz se réouvre, évidemment dès demain, il n’y a plus aucun problème. Mais néanmoins, à cette échéance, il n’y aura peut-être plus assez de carburant. Au niveau international, et c’est pour ça que très tôt, c’est intéressant de sécuriser une nouvelle source d’approvisionnement vers les États-Unis plutôt que vers le Moyen-Orient. »
Pour l’instant pas question encore de parler de pénurie, mais Bruxelles anticipe. Si la crise dure, l’UE pourrait demander aux 27 pays membres de se coordonner pour libérer des stocks en urgence et organiser un partage de kérosène entre les Européens.