Il y a chez Jean Moine la précision de l’ingénieur et la certitude tranquille de celui qui a roulé sa bosse. Arrivé lundi dernier à la tête des sapeurs-pompiers d’Ille-et-Vilaine, cet homme de 59 ans n’est pas un nouveau venu dans le paysage de la sécurité civile. C’est son septième département depuis son début de carrière en 1993. C’est aussi un retour aux sources pour celui qui a usé ses fonds de culotte sur les bancs du collège-lycée Anne de Bretagne à Rennes quand il était jeune avant de poursuivre sa formation à l’école polytechnique de Tours.
Aujourd’hui, Jean Moine commande 648 professionnels et plus de 3 100 volontaires. Il a démarré dans le Val d’Oise avec pour mission de s’occuper de développer l’informatique. Le colonel a depuis traversé les paysages et les crises, gérant les immenses stocks de Cognac inflammables en Charente-Maritime, la spéléologie dans les montagnes toulousaines ou les spécificités des établissements recevant du public à Orléans. Dernièrement, il y a encore quelques jours, il travaillait à Saint-Brieuc dans les Côtes d’Armor où les problématiques d’agroalimentaire et de littoral émaillaient ses journées. Une polyvalence géographique qui lui a permis de se forger une conviction : chaque territoire est une chance de redécouverte. Chaque territoire comporte des risques spécifiques à appréhender.
Nouveau logiciel de gestion des alertes
En Ille-et-Vilaine, il n’arrive pas avec une « valise d’idées préconçues » mais il mise sur « l’intelligence collective » pour diriger au mieux le SDIS. Parmi ses projets, il devra se pencher sur le déploiement du nouveau réseau radio et sur l’installation de Nexis, un logiciel de gestion des alertes de nouvelle génération dont l’Ille-et-Vilaine est l’un des départements précurseurs en France.
Fidélisation des volontaires
Au-delà de la technique, c’est l’humain qui reste le nerf de la guerre pour le nouveau patron du Sdis 35. « La fidélisation des volontaires est un vrai sujet, explique Jean Moine. Les pompiers sont comme le reste de la société : il y a de plus en plus de mobilité et les effectifs que l’on forme restent moins longtemps. Alors que nos pompiers volontaires sont pleinement efficaces au bout de six à dix ans. »
La pérennisation de cet engagement est capitale dans un département qui a dû apprendre, dans la douleur, que le risque de feu de forêt n est plus une exclusivité du Sud. En forêt de Brocéliande, en août 2022, environ 450 hectares sont partis en fumée, et juillet 2025, 60 hectares de végétation ont disparu. Pour Jean Moine, la sécurité est un combat qui se mène en société, des agriculteurs aux habitants, en passant par les collectivités. « C est collectivement que l’on protège un territoire. »