Par
Farah Sadallah
Publié le
9 mai 2026 à 18h18
Cardiologue interventionnel au CHU de Nantes, étudiant en thèse de sciences, et mobilisé sur d’autres projets de recherche, le docteur Robin Le Ruz, âgé de 34 ans, est aujourd’hui plus qu’occupé. Également père de famille, le trentenaire doit faire des sacrifices pour vivre de sa passion. Toutes ces heures de travail l’ont conduit à recevoir en 2026 une distinction de l’American College of Cardiology pour les travaux de recherche qu’il a menés, lors de sa mobilité à l’université de Columbia, à New York.
En effet, cette récompense le félicite pour les avancées réalisées dans l’étude des complications de la procédure de remplacement de la valve tricuspide par voie percutanée (l’implantation d’une prothèse biologique sans ouvrir le thorax). Ses recherches mettent en lumière un enjeu majeur : « plus d’un patient sur trois peut développer un trouble de la conduction cardiaque au cours du mois suivant l’intervention », indique le CHU de Nantes. « L’intérêt, c’est que si on peut prédire ces problèmes, on évite ainsi les complications », résume le docteur « D’autres études vont d’ailleurs être faites dans ce sens-là. »
Pour ce faire, Robin Le Ruz travaille en duo avec le docteur Julien Plessis, présent à ses côtés depuis sa formation initiale. “Ce n’est pas habituel de recevoir une reconnaissance des États-Unis, affirme fièrement son mentor et son binôme au quotidien. Ça va nous ouvrir des portes pour d’autres études.” Une carrière toute tracée attend donc ce jeune cardiologue qui se passionne pour ce domaine depuis l’adolescence. Mais à quel prix ?
« Le chemin a été long »
“Très tôt, ça a été mon objectif principal, pendant mes années collège, lycée J’étais motivé par l’aspect humain du métier et les relations humaines”, explique Robin Le Ruz. Dans son entourage familial, ses oncles et tantes sont infirmiers, aide-soignants, et même cardiologue.
Ça m’a confirmé que c’est un milieu où on s’épanouit. Et il se trouve que mon oncle travaillait dans un bloc opératoire de chirurgie cardiaque. Ça a façonné ma vision des choses et ça a été mon premier vrai contact avec la médecine, grâce à des rencontres avec ses collègues chirurgiens, notamment. Ça a probablement orienté mon choix.
Robin Le Ruz, cardiologue interventionnel au CHU de Nantes
Après avoir passé son enfance et une partie de son adolescence au Chili, Robin Le Ruz retourne en France et entame, sans grande surprise, des études de médecine à Brest. “Le chemin a été long”, reconnaît-il. Entre ses études, sa thèse de médecine sur les valves pulmonaires, puis celle de sciences, sur la valve tricuspide, le docteur entreprend une carrière universitaire par passion.
« Il est fait pour ça «
“Quand j’ai choisi de partir en spécialité cardiologie à Nantes, déjà, à ce stade, j’avais un intérêt pour la recherche, et je me suis impliqué dans ce domaine-là”, raconte le cardiologue. Son mentor a d’ailleurs très rapidement repéré ses connaissances très à la pointe en matière de littérature scientifique, alors que Robin venait d’arriver à l’internat, en 2016.
Avec la charge de travail, ce n’est pas facile de se tenir au courant de toutes les publications scientifiques sur les pathologies. Mais Robin est passionné par la cardiologie et la recherche. Il s’intéresse à tout ce qui peut se faire. C’est une bibliothèque interactive. Je ne suis pas surpris qu’il suive une carrière universitaire. Il est fait pour ça. Même si ça demande des sacrifices.
Docteur Julien Plessis, cardiologue interventionnel
Loin de sa femme et de sa fille
Robin Le Ruz s’engage donc en 2023 dans un projet de recherche qu’il initie au sein de l’Institut du thorax, dans le cadre de sa thèse de science : la valve tricuspide et son remplacement par voie percutanée, c’est-à-dire sans ouvrir le thorax. Cet engagement le pousse à faire une mobilité d’un an et demi à New York, entre 2024 et 2025, loin de sa femme et de sa fille.
“C’est un sujet en pleine expansion, beaucoup de recherches sont faites sur cette valve. Mais c’était quelque chose qui n’avait pas encore vraiment commencé en France, et c’est pour ça que je suis partie à l’étranger, pour ramener ces connaissances dans notre centre à Nantes, et contribuer à l’innovation”, justifie-t-il, même s’il reconnaît que c’était une décision au détriment de son équilibre vie professionnelle et personnelle.
« Effectivement, ça implique beaucoup de sacrifices pour ma compagne qui se charge de beaucoup de choses en ce qui concerne notre vie familiale. Sans son soutien, ça rendrait tout ça beaucoup plus compliqué pour moi. J’ai une partenaire indispensable et exceptionnelle », la remercie-t-il.
« C’est très challenging »
Également boxeur et danseur, il a aussi dû faire des choix concernant ses activités favorites. “Le sport, avec la vie familiale et le travail, ce n’est pas évident à maintenir. C’est quelque chose qui a longtemps occupé une grande partie de mon temps.”
Fédérateur et bienveillant avec son équipe et très investi auprès de ses patients, Robin reconnaît également avoir parfois du mal à combiner l’activité clinique “indispensable” avec l’activité de recherche de projets en cours et sa thèse de sciences.
C’est très challenging au quotidien. Tout ce qui est de la recherche et de la thèse de sciences, c’est fait sur le temps personnel, même si j’ai eu un aménagement de l’agenda pour avoir du temps dédié à la recherche, mais ce n’est pas simple à faire en pratique. C’est un équilibre qui n’est pas facile à trouver et qui nécessite parfois un peu de tensions, par rapport à mes différents encadrants.
Robin Le Ruz, cardiologue interventionnel

Les équipes de l’institut du thorax de Nantes ont réussi à remplacer une valve du cœur avec une prothèse biologique. Une première en Europe. ©Institut du thoraxDes prouesses à l’échelle européenne
Depuis son retour des États-Unis, Robin Le Ruz continue de développer activement ce programme de remplacement tricuspide percutané localement, au sein du CHU de Nantes. Des prouesses ont déjà été réalisées. En mai 2025, les équipes de l’institut du thorax ont implanté une valve tricuspide chez un jeune patient ayant préalablement été opéré d’une malformation cardiaque, une première en Europe.
“On a des projets de recherche sur le plan national et des nouvelles technologies qui arrivent dans le cadre d’essais cliniques. Toutes ces choses-là ont pour finalité de pouvoir mieux traiter les patients qui souffrent, qui ont longtemps été ignorés et qui sont dans une vraie impasse thérapeutique”, affirme le docteur, toujours aussi passionné et engagé.
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