l’essentiel
Chaque week-end, Johanna Moulédous quitte Bordeaux pour rejoindre son père malade dans les Hautes-Pyrénées. Mais entre trains bondés, retards à répétition, correspondances chaotiques et absence d’information, ce trajet de quelques heures s’est transformé en épreuve. Le témoignage d’une usagère à bout, symbole du malaise grandissant des voyageurs en train.

« C’est un calvaire et un parcours du combattant ». Depuis trois ans, Johanna Moulédous qui travaille dans le milieu scolaire et réside à Bordeaux, rentre en train tous les week-ends et les vacances scolaires dans les Hautes-Pyrénées pour rejoindre son père malade.

« Des conditions de transport exécrables »

Mais ce qui semblait au départ un moyen de transport confortable se révèle parfois un véritable « cauchemar » et « une charge mentale supplémentaire ».

Aux heures et jours de pointe, le TER est bondé si bien que Johanna est obligé de voyager debout, « entassée, comme dans un métro parisien aux heures de pointe, mais pendant plusieurs heures ».

« Des conditions de transport exécrables » qui s’ajoutent à « un manque flagrant d’anticipation et de communication, en particulier quand les travaux sont programmés sur la ligne. Pour les imprévus, je peux comprendre ». La jeune femme regrette aussi « le manque de présence humaine sur le quai et aux guichets » surtout aux moments opportuns.

« J’ai l’impression que c’est comme si nous étions en guerre »

Quand il y a des travaux, le trajet Dax-Pau est souvent remplacé par un bus mais sans tenir compte des correspondances, si bien que Johanna est obligée de faire le travail d’information elle-même pour ne pas rater son prochain train.

« Parfois, j’ai l’impression que c’est comme si nous étions en guerre. C’est un stress supplémentaire, avoue la jeune femme. Il n’y a pas de communication entre les gares, pas plus que de bus à train, d’autant que les gares sont désertées par le personnel. Quand le train est en retard, on trouve les guichets fermés ».

En gare de Dax où le train se sépare entre Pau et Hendaye, « la signalisation est tellement mauvaise que certains prennent le mauvais train. Les voyageurs étrangers ne sont pas à la fête » déplore encore la jeune femme qui assiste souvent au « folklore des voyageurs égarés ».

Quand la victime devient l’accusée

La situation confine parfois à l’ubuesque quand c’est le voyageur victime qui devient l’accusé, dans une inversion absurde des rôles, comme dans un mauvais roman de Kafka. Récemment, Johanna qui est arrivée à Pau avec deux heures de retard sur son horaire prévu, est montée dans le premier train que lui avait recommandé la SNCF pour rejoindre Tarbes.

Las : durant une vingtaine de minutes, elle a dû endurer le sermon d’un contrôleur zélé qui la tançait d’avoir pris « le mauvais train, avec le mauvais billet ». Comme dirait le slogan publicitaire, « avec la SNCF, tout est possible ».