l’essentiel
De nouveaux dispositifs de sécurité ont été installés au centre pénitentiaire de Seysses, au sud-ouest de Toulouse, pour limiter l’entrée de téléphones et d’objets interdits. David, surveillant et secrétaire local du syndicat SPS-CEA, salue des avancées utiles mais alerte sur le manque chronique d’effectifs.
Portique à ondes millimétriques, contrôle par rayons X, nouveaux barreaux aux fenêtres, l’Etat a investi près de 4 millions d’euros pour renforcer la sécurité et rendre « étanche » à l’introduction de drogue ou de téléphones portables le centre pénitentiaire de Seysses, près de Toulouse. David, représentant des surveillants, émet quelques réserves.
Que changent les nouvelles grilles installées aux fenêtres de la prison de Seysses ?
Les anciennes grilles étaient déjà étroites, mais certains détenus arrivaient malgré tout à les ouvrir. Ils chauffaient puis refroidissaient les barreaux jusqu’à les fragiliser et créer un passage pour les colis. Avec les nouveaux caillebotis, c’est plus compliqué, mais ils commencent déjà à trouver des failles à certains endroits. Quand des personnes passent 21 heures par jour en cellule, elles ont le temps de chercher des solutions.
« Le portique à ondes millimétriques est une vraie avancée »
Le nouveau portique à ondes millimétriques (POM) est-il efficace ?
Oui. Au SPS-CEA, on soutient ce type d’équipement. Le POM permet de détecter des objets cachés sur toutes les personnes qui entrent dans l’établissement : visiteurs, familles, avocats ou personnels. C’est un vrai progrès pour la sécurité. Avec les rayons X et les nouvelles grilles, cela renforce l’étanchéité de la prison. Mais si ça ne rentre plus par l’entrée, ça peut encore arriver par drones. Il faudra aussi développer des systèmes anti-drones.
« Il faudrait deux accès distincts »
Pourquoi critiquez-vous malgré tout ce dispositif ?
Le principal problème, c’est la logistique et le manque de personnel. À Seysses, il n’y a qu’une seule entrée pour entrer et sortir. Cela crée des embouteillages et ralentit énormément les mouvements. Nous demandons deux accès séparés : un pour l’entrée et un pour la sortie. Le POM serait alors beaucoup plus efficace.
« On déshabille Paul pour habiller Jacques »
Vous estimez que ces dispositifs aggravent le manque d’effectifs ?
Exactement. Pour faire fonctionner le POM, il faut des agents supplémentaires. Or il manque déjà une trentaine de surveillants à Seysses. Donc on retire des personnels d’autres postes pour alimenter ce système. Les surveillants accumulent les heures supplémentaires : certains font l’équivalent de 16 mois en l’espace de 12. Les rythmes sont épuisants, avec des rappels constants, des nuits et des journées de 12 heures.
« Les surveillants sont sous tension permanente »
Quel impact cela a-t-il sur le quotidien ?
Les agents sont épuisés nerveusement. Et dans un contexte de surpopulation carcérale, les tensions augmentent. Quand un surveillant ouvre une cellule avec trois détenus à l’intérieur, le rapport de force n’est pas le même. On voit de plus en plus d’agressions et d’accidents. Ces nouveaux équipements sont utiles, mais il faudrait avant tout davantage de moyens humains.