Le président russe Vladimir Poutine s’est dit samedi confiant quant à la victoire en Ukraine alors qu’il assistait à un défilé militaire sur la Place Rouge commémorant la défaite de l’Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre mondiale — un spectacle qui, pour la première fois depuis près de deux décennies, ne comprenait pas d’armes lourdes.

La sécurité était renforcée à Moscou alors que M. Poutine et plusieurs dirigeants étrangers assistaient au défilé dont l’ampleur a été réduite malgré le cessez-le-feu de trois jours négocié par les États-Unis.

Au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, M. Poutine a profité du Jour de la Victoire, la fête laïque la plus importante de Russie, pour mettre en avant la puissance militaire du pays et rallier le soutien à son intervention militaire en Ukraine, qui en est désormais à sa cinquième année.

Mais dans un revirement notable cette année, le défilé s’est déroulé sans chars, missiles ni autre équipement lourd, mis à part le traditionnel survol d’avions de combat.

Les responsables ont justifié ce changement soudain de format par la «situation opérationnelle actuelle» et ont indiqué que des mesures de sécurité supplémentaires avaient été prises en réponse à la menace d’attaques ukrainiennes. Les commentateurs de la télévision d’État ont déclaré que l’armement lourd était davantage nécessaire sur le champ de bataille en Ukraine.

Pour la première fois, le défilé de samedi a mis à l’honneur des troupes nord-coréennes, en hommage à Pyongyang qui a envoyé ses soldats combattre aux côtés des forces moscovites pour repousser une incursion ukrainienne dans la région russe de Koursk.

Les cessez-le-feu précédents n’ont pas tenu

La Russie a déclaré un cessez-le-feu unilatéral pour vendredi et samedi, tandis que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé une trêve qui devait débuter le 6 mai, mais aucune de ces deux trêves n’a tenu, les parties s’accusant mutuellement de poursuivre les attaques.

Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi que la Russie et l’Ukraine avaient accédé à sa demande d’un cessez-le-feu de samedi à lundi et d’un échange de prisonniers, déclarant que cette interruption des combats pourrait être le «début de la fin» de la guerre.

M. Zelensky, qui avait déclaré plus tôt cette semaine que les autorités russes «craignaient que des drones ne survolent la Place Rouge» le 9 mai, a donné suite à la déclaration de M. Trump en publiant un décret autorisant ironiquement la Russie à organiser ses célébrations du Jour de la Victoire samedi, déclarant la Place Rouge temporairement hors de portée des frappes ukrainiennes.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifié le décret de M. Zelensky de «plaisanterie idiote». «Nous n’avons besoin de la permission de personne pour être fiers de notre Jour de la Victoire», a-t-il déclaré aux journalistes.

Le Jour de la Victoire reste un rare sujet de consensus en Russie.

L’armée russe, plus importante et mieux équipée, a réalisé des avancées lentes mais régulières le long d’une ligne de front de plus de 1000 kilomètres. L’Ukraine a riposté par des attaques à longue portée de plus en plus efficaces, frappant des installations énergétiques, des usines de fabrication et des dépôts militaires russes. Elle a mis au point des drones capables d’atteindre des cibles situées à plus de 1000 kilomètres à l’intérieur du territoire russe, bien au-delà de ses capacités d’avant 2022.

Les autorités russes ont averti que si l’Ukraine tentait de perturber les festivités de samedi, la Russie mènerait une «frappe massive de missiles sur le centre de Kyiv». Le ministère russe de la Défense a averti la population civile locale et les employés des missions diplomatiques étrangères de «la nécessité de quitter la ville sans délai». L’UE a déclaré que ses diplomates ne quitteraient pas la capitale ukrainienne malgré les menaces russes.

M. Poutine a profité des célébrations du Jour de la Victoire pour encourager la fierté nationale et souligner la position de la Russie en tant que puissance mondiale. L’Union soviétique a perdu 27 millions de personnes entre 1941 et 1945 au cours de ce qu’elle appelle la Grande Guerre patriotique, un sacrifice énorme qui a laissé une profonde cicatrice dans la psyché nationale et reste un rare point de consensus dans l’histoire controversée du pays sous le régime communiste.

«Nous la célébrons avec fierté et amour pour notre pays, conscients de notre devoir commun de défendre les intérêts et l’avenir de notre patrie», a lancé le président russe. Nos soldats ont subi des pertes colossales, ont consenti un sacrifice colossal au nom de la liberté et de la dignité des peuples d’Europe, sont devenus l’incarnation du courage et de la noblesse, de la force d’âme et de l’humanité, et se sont couronnés de la grande gloire d’une victoire grandiose.»

Depuis 2008, les défilés du Jour de la Victoire sur la Place Rouge mettent en scène chaque année un large éventail d’armes lourdes — des véhicules blindés aux missiles balistiques intercontinentaux à ogive nucléaire. Des défilés de moindre envergure ont lieu ailleurs dans le pays, mais cette fois-ci, nombre d’entre eux ont également été réduits, voire annulés, pour des raisons de sécurité.

Samedi, les autorités ont ordonné des restrictions sur tous les accès à l’Internet mobile et les services de messagerie texte dans la capitale russe, invoquant la nécessité d’assurer la sécurité publique. Le gouvernement a méthodiquement renforcé la censure sur Internet et mis en place des contrôles de plus en plus stricts sur les activités en ligne, provoquant des grognements et de rares manifestations publiques de mécontentement.

Le roi de Malaisie, Ibrahim Ismail, le président du Laos, Thongloun Sisoulith, le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, le président de l’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, et le dirigeant autoritaire du Bélarus, Alexandre Loukachenko, ont assisté aux festivités dans la capitale russe.

Le premier ministre Robert Fico de la Slovaquie, membre de l’Union européenne, a déposé des fleurs au mémorial de la Tombe du Soldat inconnu, juste à l’extérieur des murs du Kremlin, mais s’est tenu à l’écart du défilé de la Place Rouge.

The Associated Press