La France, malgré 210,5 millions de passagers en 2025, reste à -1,8 % par rapport à 2019. Deux facteurs l’expliquent : la chute du trafic domestique (-26,6 % comparé à 2019), impactée par la loi climat et les hausses fiscales de la loi de finances 2025 – notamment la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA, de 4,77 à 120 euros par passager) et le tarif de sûreté et de sé…
La France, malgré 210,5 millions de passagers en 2025, reste à -1,8 % par rapport à 2019. Deux facteurs l’expliquent : la chute du trafic domestique (-26,6 % comparé à 2019), impactée par la loi climat et les hausses fiscales de la loi de finances 2025 – notamment la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA, de 4,77 à 120 euros par passager) et le tarif de sûreté et de sécurité (T2S). En moyenne, pour les compagnies, le coût de touchée (40,70 euros par passager) des aéroports français affiche + 18 % et plusieurs compagnies low-cost ont supprimé des liaisons ou réduit leurs fréquences, particulièrement sur les plus petites structures.
Bordeaux-Mérignac : un décrochage assumé
Le cas de Bordeaux Aéroport est emblématique des tensions que traverse le secteur. Avec 5,8 millions de passagers en 2025 – contre 7,1 en 2024 et 9,6 en 2019 – il enregistre une chute de 10,9 % sur un an et de 23,8 % par rapport à son niveau pré-Covid, une des baisses les plus marquées des grandes plateformes régionales.
Un recul qui s’explique par une conjonction de facteurs : la concurrence ferroviaire s’est considérablement renforcée depuis l’ouverture de la LGV Sud-Atlantique en 2017, qui a ramené Paris à deux heures de Bordeaux. Les lignes domestiques, historiquement importantes pour Mérignac, ont massivement réduit, voire disparu comme la navette vers Orly et ses 600 000 passagers par an, conséquence de la loi climat de 2021.
La décision de Ryanair, nous ne l’avons pas subie, mais assumée. Nous n’étions pas prêts à tout pour faire du volume (Simon Dreschel, DG de Bordeaux Aéroport)
À cela s’ajoutent les effets des hausses de taxes qui ont poussé certaines compagnies low-cost à redéployer leurs capacités hors de France, comme Ryanair (39 lignes au départ ou vers Bordeaux jusqu’à son départ en novembre 2024). Ce recul est assumé par sa direction. « Le trafic en soi n’est pas une fin. Faire du volume pour le volume est une erreur. La décision de Ryanair, nous ne l’avons pas subie, mais assumée. Nous n’étions pas prêts à tout pour faire du volume », explique Simon Dreschel, directeur général et président du directoire de Bordeaux Aéroport. « Nous sommes sortis grandis de cet épisode. Nous intéressons des compagnies avec lesquelles nous partageons des valeurs. Et si nous investissons actuellement, c’est pour être plus utile, plus agile, émettre moins de carbone, produire de l’énergie… L’arrêt de la navette au sortir du Covid nous a aidés à penser autrement que volume et low-cost. «
La Rochelle : une belle croissance… freinée
Avec 303 669 passagers en 2025, l’aéroport La Rochelle-Île de Ré affiche une croissance de 3,2 % sur un an et, surtout, de 30,3 % par rapport à 2019 – l’une des meilleures performances de France. Sa structure de trafic quasi exclusivement internationale, notamment vers le Royaume-Uni, constitue son principal atout. La popularité de la Charente-Maritime comme destination touristique européenne joue également un rôle. « Nous pourrions faire beaucoup mieux tant la demande des voyageurs est forte. Mais les compagnies qui font des arbitrages en fonction de la fiscalité ou des taxes, ne privilégient plus la France moins rentable pour elles », regrette Thomas Juin, directeur de l’aéroport et président de l’Union des aéroports français. Le sien se situe dans la catégorie « aéroports de proximité » (entre 100 000 et un million de passagers), la plus exposée aux réductions de fréquences des low-cost.

Thomas Juin, directeur de l’aéroport de La Rochelle et président de l’Union des aéroports français milite pour une baisse des taxes qui fausse la concurrence entre aéroports hexagonaux et européens
Jean-Christophe Sounalet / SO
Biarritz résiste, Bergerac peine, Pau sous pression
L’aéroport de Biarritz Pays basque a accueilli 935 404 passagers en 2025, soit une légère progression de 1,9 % sur un an. Il consolide ainsi sa position de premier aéroport de la région hors Bordeaux. Mais cette stabilisation masque un écart significatif avec 2019 : le trafic demeure inférieur de 12,3 % à son niveau d’avant Covid, une situation qui reflète sa dépendance persistante au trafic domestique et aux compagnies à bas coûts désormais moins présentes.
Biarritz bénéficie néanmoins de son attractivité touristique et de la forte demande internationale vers le Pays basque, notamment depuis le Royaume-Uni et les pays nordiques. La part du trafic international sert d’amortisseur face à la contraction du réseau national.
L’aéroport de Pau Pyrénées a vu son trafic s’effondrer de plus de 60,9 % par rapport à 2019
Bergerac Dordogne Périgord a comptabilisé 242 449 passagers en 2025, en légère baisse de 1,7 % par rapport à 2024 et de 15 % par rapport à 2019. La plateforme, dont le trafic est à plus de 91 % composé de passagers low-cost illustre parfaitement la vulnérabilité des petits établissements régionaux face aux arbitrages des compagnies à bas coûts. La hausse de la TSBA et du T2S a directement pesé sur le nombre de liaisons proposées au départ de Bergerac de la part de Ryanair.
L’aéroport de Pau Pyrénées présente la situation la plus préoccupante. Avec 236 678 passagers en 2025, il a vu son trafic s’effondrer de plus de 60,9 % par rapport à 2019. Son avenir – et sa proximité avec celui de Tarbes –, suscite des interrogations croissantes chez les élus locaux.
Perspectives : entre vulnérabilité et espoirs
Jusque-là, la montée en puissance du trafic low-cost était une tendance structurelle qui concernait l’ensemble des aéroports de Nouvelle-Aquitaine. Cette dépendance (66 % en moyenne) est une arme à double tranchant, car si les compagnies à bas coûts ont permis d’ouvrir des liaisons et de démocratiser l’accès à l’air, elles sont aussi les premières à supprimer des liaisons dès que la rentabilité est menacée. Les hausses fiscales de 2025 ont ainsi provoqué des retraits immédiats. Bergerac en a fait la douloureuse expérience.