Nous sommes en 1991. Au Salon de l’IAA à Francfort, les visiteurs n’en croient pas leurs yeux. Entre les sages berlines tricorps et les habituelles références du segment compact, une voiture semble tout droit sortie d’un film de science-fiction de Luc Besson. Arrondie, sympathique, presque comme un galet poli. C’est le concept Renault Scénic.
Le nom signifie « Safety Concept Embodied in a New Innovative Car », mais pour la plupart des visiteurs, cela veut simplement dire : le futur. Patrick Le Quément, alors directeur du design et adepte des formes audacieuses, vient de poser sur le papier une idée qui va durablement transformer l’automobile.
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Photo : Renault
Mais on connaît la musique : les concept-cars brillent sous les projecteurs des salons, puis finissent souvent remisés au rayon des curiosités. Pas chez Renault. La marque au losange, alors en pleine fièvre d’innovation (souvenez-vous de la première Twingo), y croient.
Avançons de cinq ans. Mars 1996, Salon de Genève. La couverture est levée et il est là — presque inchangé dans sa philosophie : le Renault Mégane Scénic.
Aujourd’hui, 30 ans après ses débuts, on regarde ce modèle avec le recul nécessaire : Renault n’a rien moins qu’inventé un nouveau segment, celui des monospaces compacts. Alors que le grand frère Espace rend déjà les grandes familles heureuses depuis 1984, le Scénic transpose le principe du « vaisseau spatial » au format plus maniable de la catégorie Golf.
Un espace géant sur 4,13 mètres
Face aux SUV modernes, on se rend presque compte à quel point le tout premier Scénic est compact. Avec 4,13 m de long, il est plus court qu’une Volkswagen Polo actuelle. Mais l’astuce est ailleurs : la hauteur. Avec 1,67 m, il culmine 18 cm au-dessus de la berline Mégane classique dont il reprend la base technique. Cette silhouette « Monospace » en forme d’œuf procure une sensation d’espace alors inédite dans la catégorie.
On ne grimpe pas à bord, on y entre. La position de conduite est surélevée, les surfaces vitrées immenses. Comme plus tard chez BMW, la lunette arrière peut s’ouvrir séparément. Mais la vraie magie se joue à l’arrière. À la place d’une banquette classique, Renault installe trois sièges individuels. C’est le moment où des parents partout en Europe ont les yeux qui brillent. Les sièges peuvent non seulement coulisser sur 17 cm, mais aussi se replier séparément ou être entièrement retirés.
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Photos Par : Renault
Photos Par : Renault
D’un coup, la virée du week-end au magasin de bricolage ou le déménagement de la première coloc’ étudiante devient un jeu d’enfant. En laissant le siège central à la maison, on peut même rapprocher les deux fauteuils extérieurs vers l’intérieur pour gagner en largeur aux épaules. Et si les enfants s’impatientent : le dossier du siège central se rabat en petite table. Sans aucun siège arrière, le volume de chargement grimpe jusqu’à 1 800 litres, de quoi faire pâlir d’envie certains breaks de l’époque.
Des moteurs sages pour la « Voiture de l’année »
Renault ne se contente pas d’un grand espace. C’est l’attention aux détails qui rend le Scénic si particulier. Partout, on trouve des rangements. Il y a des tiroirs sous les sièges et — le clou du spectacle pour tout enfant des années 90 — des compartiments secrets dans le plancher. Celui qui y cachait ses cartouches de Game Boy régnait sur la cour de récré. Même un compartiment réfrigéré pour canettes dans la console centrale fait partie de l’arsenal.
Sous le capot, l’approche est sérieuse. Au lancement, quatre moteurs essence et deux diesels assurent la traction, avec une puissance allant de 47 kW (64 ch) à 84 kW (114 ch). Le comportement routier ? Typiquement français : plus confortable que sportif, mais toujours sûr. La presse spécialisée ne tarde pas à valider le concept : en 1997, le Scénic est sacré « Voiture européenne de l’année ».
Restylage, aventure en transmission intégrale et succès millionnaire
Le succès est tel que Renault doit augmenter la production tous les six mois. En 1999 arrive le restylage : les projecteurs grandissent, le regard s’éveille. Plus important encore, le modèle s’émancipe. Il ne s’appelle plus Mégane Scénic, mais simplement Renault Scénic. Il devient une marque à part entière au sein de la marque. Sous le capot, un 2.0 16V de 139 ch apparaît en option.
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Photos Par : Renault
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Renault Scénic RX4 (2000)
Images de : Renault
Renault poursuit ses expérimentations et ose les variantes de niche. À l’été 2000 arrive le Scénic RX4. Avec la roue de secours sur le hayon, une garde au sol nettement augmentée et une transmission intégrale permanente, il anticipe la tendance des crossovers d’aujourd’hui. C’est le baroudeur rustique au sein d’une famille de citadins pratiques. Sur le plan technique aussi, la gamme évolue : fin 2000, le 1.9 dCi (102 ch) introduit le premier diesel common-rail de la série, apportant une efficience dans l’air du temps.
Lorsque le premier Scénic passe le relais à la deuxième génération en 2003, après plus de deux millions d’exemplaires produits, il a changé le paysage automobile. Presque tous les grands constructeurs proposent alors un monospace compact. Mais ils ont aujourd’hui tous disparu, tout comme le Scénic. Malgré l’arrivée d’un sept places, le Grand Scénic, le couperet tombe en 2023. Le nom perdure avec le Scénic E-Tech, désormais 100 % électrique. Le camp des SUV a gagné. Malheureusement.