Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, Donald Trump reproche aux membres de l’Otan leur manque de soutien, une critique supplémentaire du président américain à l’encontre de l’alliance Atlantique.
Donald Trump multiplie les reproches envers l’Otan, s’agace des faibles dépenses militaires de ses membres, déplore sa retenue dans la guerre en Iran, la qualifie de « tigre de papier » et s’interroge sur son avenir, enjoignant les Européens à prendre davantage en charge leur sécurité.
Au début du mois, le locataire de la Maison Blanche s’est dit prêt à réduire « bien davantage » la présence des troupes américaines en Allemagne, après avoir annoncé la veille le retrait de 5.000 d’entre elles d’ici à un an. Preuve concrète que Washington se désintéresse de plus en plus de la sécurité de l’Europe, occupé par la guerre en Iran et la menace croissante de la Chine.
L’Otan, plus qu’une alliance militaire
Les diatribes de Donald Trump ont beau s’enchaîner, les États-Unis restent toujours membres de l’Otan. Le président américain a beau en être un critique virulent, l’alliance militaire apporte à son pays son lot d’avantages économiques. Et ce, malgré la contribution américaine au budget de l’Otan qui avoisine autour de 15%.
Au-delà de la dimension militaire et sécuritaire régulièrement invoquée dans ce débat, l’appartenance américaine à l’organisation revêt aussi d’une dimension économique. Et un retrait américain de l’Otan coûterait très cher à Washington malgré les dépenses contraintes par son appartenance à l’alliance Atlantique.
En cas de divorce avec l’Otan, « Washington risque de perdre des milliards de dollars en échanges commerciaux, en intégration des chaînes d’approvisionnement et en confiance institutionnelle », alerte une étude du Centre d’études stratégiques et internationales (CESI), publié le 22 avril dernier. Ses auteurs soulignent que « l’Otan a été conçu pour bien plus que garantir la sécurité » puisque l’organisation « a instauré une profonde intégration économique ».
« C’est un atout économique bâti sur le long terme », concluent-ils.
« Les gains économiques sont importants, durables et, dans de nombreux cas, s’autofinancent efficacement par rapport au coût de l’adhésion. En tant que plaque tournante de l’alliance, les États-Unis ont bénéficié de manière disproportionnée de cette intégration économique et subiraient des pertes parmi les plus lourdes en cas de dissolution de l’alliance », s’aventurent-ils.
Être membre de l’Otan, un gage de « confiance »
Et en chiffres, ça donne quoi? Deux chercheurs de l’université de Westminster, Karen Jackson et Oleksandr Shepotylo, ont estimé en décembre 2024 que « l’adhésion à l’OTAN accroît les échanges bilatéraux entre ses membres de 12 à 27% sur le long terme ». Une fourchette calculée sur plus de 5.500 biens et qui prend en compte l’appartenance à l’Union européenne de la plupart des 32 membres de l’Otan.
Alors comment une alliance militaire influence-t-elle autant les échanges commerciaux entre ses membres? Plusieurs mécanismes sont identifiés par le CESI, comme « la réduction de l’incertitude et la confiance institutionnelle » ou encore l’interopérabilité grâce aux centaines d’accords de normalisation de l’Otan.
« C’est grâce à cela qu’un F-35 danois peut être entretenu sur une base aérienne polonaise avec des composants américains », illustrent les auteurs de l’étude.
Un écosystème économique commun qui va au-delà du monde la défense avec « des répercussions sur l’industrie civile ».
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Aussi, appartenir à l’Otan envoie aux autres membres « un signal d’engagement crédible à long terme » qui « favorise les relations avec les fournisseurs, les investissements étrangers et une intégration plus poussée de la production ».
Quitter l’Otan serait donc une catastrophe économique outre-Atlantique. D’autant que les Américains seraient « ceux qui ont le plus à perdre économiquement » si l’Otan venait à disparaître. Selon des modélisations établis par les chercheurs Karen Jackson et Oleksandr Shepotylo, un retrait américain entraînerait un recul de 0,41% du PIB des États-Unis et une baisse de ses exportations de 16,1%.
L’Europe, la base avancée américaine vers le Moyen-Orient
Au-delà des conséquences économiques, qu’adviendrait-il des 86.000 soldats américains stationnés en Europe si Washington venait à claquer la porte de l’Otan? De l’Islande à l’Espagne et de l’Angleterre à la Turquie, la présence militaire américaine est disséminée partout sur le Vieux-Continent via des bases aériennes, maritimes ou terrestres.
La plus connue d’entre elles est celle située à Ramstein, à l’ouest de l’Allemagne. Elle y abrite 54.000 civils et militaires, soit la concentration de citoyens américains la plus importante hors des États-Unis. Ces dernières semaines, elle a servi de plateforme logistique au déploiement américain au Moyen-Orient.
Ces bases revêtent d’une importance stratégique pour le Pentagone à chacune de ses interventions militaires dans cette région. Les frappes en Iran y ont accru l’activité. Dans l’ouest de l’Angleterre, les habitants de Kempsford ont pu observer les allers-retours des bombardiers américains lors des 39 jours de frappes contre le régime des Mollahs.
Des passionnés d’aviation prennent des photos lors du décollage d’un bombardier stratégique B-52 Stratofortress de l’US Air Force depuis la base aérienne de Fairford (RAF Fairford) le 19 mars 2026, en Angleterre. © LEON NEAL / GETTY IMAGES EUROPE
Dans les faits, il est peu probable en l’état que les États-Unis quittent l’Otan. Pour cela, Donald Trump doit obtenir le consentement de deux tiers des sénateurs, ce qui paraît peu probable au regard de sa configuration actuelle, ou via l’adoption d’une loi distincte au Congrès. Avant cela, le président américain doit consulter les deux commissions des Affaires étrangères et les aviser six mois avant de toute délibération.
Et si jamais Donald Trump venait à arriver au bout du processus législatif, le départ de l’Alliance militaire serait effectif un an après. Mais pour l’heure, ses simples déclarations ou publications sur Truth Social suffisent à faire vaciller l’Otan. La position américaine lors du prochain sommet de l’Alliance atlantique, prévu début juillet à Ankara, sera particulièrement scrutée.