Par

Brian Le Goff

Publié le

10 mai 2026 à 10h08

Depuis 17 ans, Catherine est assistante familiale pour le département d’Ille-et-Vilaine, en recrutement constant sur ce poste. Auprès d’actu Rennes, elle présente les coulisses du métier : un « travail prenant » avec un « très gros impact sur la vie de famille », mais tellement « épanouissant ».

« Apporter un équilibre »

Devenir famille d’accueil semble avoir été une évidence pour Catherine. Elle a toujours « aimé être proche des enfants ». Chaque été, pendant plusieurs années, elle accueillait un enfant qui n’avait pas la chance de partir en vacances pendant deux ou trois semaines, en lien avec le Secours populaire et le Secours catholique : « C’était frustrant car je sentais que c’étaient des jeunes qui n’avaient pas une enfance simple, mais ils repartaient et je ne pouvais pas faire grand-chose de plus. »

C’est en discutant avec une de ses voisines, elle-même assistante familiale, qu’elle découvre la profession. « Déjà, le quotidien qu’elle me décrivait m’interpellait. La manière dont elle pouvait apporter un équilibre dans la vie d’enfants me touchait et m’a donné envie. » Après avoir échangé avec son conjoint et deux de ses enfants encore à la maison, elle s’est donc lancée.

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Catherine a embarqué toute sa famille pour accueillir des enfants placés en Ille-et-Vilaine. (© Brian Le Goff / actu Rennes)

Réunion d’informations et obtention d’agrément étaient les premières étapes clés pour atteindre son but. Mais elle a d’abord reçu un refus : « On m’a expliqué que mon conjoint n’était pas assez engagé. C’est là qu’on se rend compte que c’est vraiment un projet qui concerne toute la famille. Le conjoint a par exemple un rendez-vous avec un psychologue durant le processus de recrutement, même si ce n’est pas lui qui devient assistant familial. »

90 enfants accueillis

Catherine a fini par obtenir son agrément pour un, puis deux, puis trois enfants. « J’ai su faire part de mes motivations les plus profondes », explique-t-elle à présent.

En 17 ans, la sexagénaire a accueilli près de 90 enfants, dont 17 sur du temps long : « Les autres enfants étaient là pour des courts séjours puisque, quand on est famille d’accueil, on fait aussi relais pour les assistants familiaux qui sont parfois indisponibles – car on dispose de cinq semaines de congés payés par an comme tout autre salarié – ou pour du dépannage ou de l’accueil d’urgence aussi. »

L’accueil le plus long qu’elle a eu, c’est celui d’un enfant de ses 6 à ses 14 ans. Si l’assistante familiale peut s’occuper de jeunes jusqu’à 21 ans, « généralement, ils partent à leur majorité », constate Catherine.

« Victimes ou témoins de choses graves »

Sa mission, c’est d’offrir « un cadre » à des enfants qui n’en ont pas eu. « Ce sont des jeunes qui ont pu être livrés à eux-mêmes et qui n’ont pas certains codes. Cela peut être concernant l’hygiène par exemple, comme se brosser les dents, qui n’est pas une habitude pour eux, ou encore le fait de respecter un horaire. »

À chaque fois, j’ai le désir d’accompagner un jeune qui n’a pas eu la chance de vivre sa vie d’enfant. On ne place pas un enfant comme ça. Quand on nous les confie, on n’imagine pas le vécu des enfants. Ils ont été victimes ou témoins de choses graves, comme de la violence qu’ils ont intériorisée. Et ce sont ces choses-là qui vont pouvoir se rejouer durant notre accueil.

Catherine
Assistante familiale

« Il n’y a pas seulement du délaissement de la part des parents. Beaucoup d’enfants ont subi des abus sexuels de la part de leur famille ou de proches de la famille. Quand ils sont placés en raison de leur comportement inadapté, les services sociaux n’ont pas forcément connaissance de ce qu’ils ont vécu exactement. C’est quand même fréquent qu’une fois dans la famille les jeunes fassent des révélations. Ça peut être ce genre de choses, mais aussi de la violence intrafamiliale, du père sur la mère. » À chaque fois, des mesures de protection sont prises et des procédures lancées.

« Je fais partie d’une équipe »

Par ailleurs, Catherine n’élude pas les fugues, les quelques épisodes de violence qui peuvent avoir lieu. « Il faut être préparé à cela au sein de la famille. C’est un engagement. Chez moi, je sais que mon mari a une tolérance plus limitée sur certains points. Mais, en tant qu’assistante familiale, je suis formée pour gérer toute situation et fais partie d’une équipe. »

On apprend à connaître et travailler son propre état émotionnel en ne laissant pas monter tout ce que l’on peut ressentir face à des enfants en difficulté.

Catherine
Assistante familiale

Au quotidien, les assistants familiaux peuvent compter sur une équipe pluridisciplinaire au sein du centre départemental d’action sociale (Cdas), composée d’un référent enfant, « c’est notre binôme, notre interlocuteur privilégié, à qui l’on va référer de tout ce qu’il se passe avec l’enfant », mais aussi d’un responsable enfance-famille, d’un conseiller technique, d’un psy et du service de la protection maternelle et infantile (PMI) pour les enfants jusqu’à 3 ans.

« Chaque sourire, chaque progrès nous montre que l’on sert »

Une fois que la confiance avec l’enfant est établie, c’est aussi une véritable fierté qui fait surface chez Catherine : « Chaque sourire, chaque progrès à l’école nous montre que l’on sert à quelque chose. Mais il faut beaucoup de temps. Il y a aussi des moments de proximité avec l’enfant qui se créent, comme se réunir en famille autour d’un jeu de société. Ou ces fois où j’ai eu un jeune qui n’avait jamais marché pieds nus sur l’herbe ou cet autre qui n’avait jamais été à la plage. »

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Même des années après, le lien avec certains enfants reste. (© Brian Le Goff / actu Rennes)

Et ce lien reste parfois même après le suivi et l’accueil de l’enfant, devenu adulte. « Il m’arrive d’avoir des nouvelles des jeunes que j’ai accueillis il y a des années. Il n’y a pas si longtemps, c’est un garçon qui voulait absolument me présenter son bébé et est venu jusqu’à moi. Parfois, je peux aussi prendre des nouvelles. J’ai aussi un jeune qui revient passer des week-ends et je suis ravie de le voir. J’ai des collègues qui prennent des jeunes qu’ils n’accueillent plus, mais où le lien est resté, pour Noël par exemple. »

En résumé, Catherine considère son poste d’assistante familiale comme « un métier où il n’y a pas de routine ».

On peut penser que l’on est isolé car on travaille chez soi, mais on est amené à rencontrer beaucoup de personnes, car ce sont souvent des enfants qui ont des suivis au sein d’établissements médicaux et paramédicaux. On rencontre alors de nombreux professionnels avec qui on peut échanger des fois.

Catherine
Assistante familiale

Un long parcours pour devenir assistant familial

Enfin, la formation est un des points essentiels de la profession. Après une première réunion d’informations, l’obtention de l’agrément nécessite la visite du domicile pour vérifier le potentiel bon accueil d’enfants et le suivi d’un parcours de rendez-vous avec un psy (dont au moins un pour le conjoint également) et un membre du service qui va soumettre des situations aux candidats afin de vérifier leur capacité à réagir.

« Avant même d’avoir l’agrément, il faut bien se préparer à connaître le fonctionnement de l’ASE (aide sociale à l’enfance), qu’est-ce qu’un placement, etc. ? Le Département veut s’assurer que l’on est bien conscient de ce qu’implique l’accueil d’enfants chez soi. Il faut également, tôt dans notre parcours, avoir déjà eu des contacts avec d’autres assistants familiaux. »

Dans les deux mois précédant le premier accueil, un stage préparatoire de 60 heures est dispensé et financé par le Département. Il permet de se familiariser avec le fonctionnement de la collectivité et le lien avec le travailleur social référent. Enfin, une formation en alternance de 400 heures est dispensée dans les trois ans qui suivent la signature du premier contrat de travail, détaille le département d’Ille-et-Vilaine. Une plateforme permet de poursuivre la formation tout au long de sa carrière.

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