L’initiative du président russe Vladimir Poutine, qui a proposé son ami et ancien chancelier allemand Gerhard Schröder comme médiateur dans la guerre en Ukraine, a été accueillie froidement par Berlin dimanche. Interrogé samedi sur son candidat favori pour reprendre le dialogue avec les Européens, Vladimir Poutine a répondu qu’il préférait « personnellement » Gerhard Schröder. Au pouvoir de 1998 à 2005, ce social-démocrate de 82 ans est depuis vingt ans un soutien fidèle du chef de Kremlin.
« Nous avons pris note de ces déclarations », qui « s’inscrivent dans une série de fausses offres » russes, ont indiqué à l’AFP dimanche des sources gouvernementales. Berlin y voit en filigrane « la stratégie hybride bien connue » du Kremlin et ajoute qu’« un premier test de crédibilité serait que la Russie prolonge la trêve ».
Le « pote de Poutine » ?
Le refus de Gerhard Schröder de condamner l’invasion russe en Ukraine en 2022 lui a valu l’opprobre au sein du SPD, parti minoritaire de la coalition de Friedrich Merz, et lui a coûté certains de ses avantages d’ex-chancelier. Il a également eu des rôles clés dans les projets de gazoducs Nord Stream 1 et 2 ainsi qu’une place au conseil d’administration du pétrolier russe Rosneft, abandonnée en 2022.
Un médiateur entre la Russie et l’Union européenne ne peut « tout simplement pas être le pote de Poutine », a déclaré Michael Roth, ancien président social-démocrate de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, dans une interview au Tagesspiegel. « L’essentiel est que (ce médiateur) soit avant tout accepté par l’Ukraine. Ni Moscou ni nous ne pouvons en décider à la place de Kiev », a-t-il ajouté.
Un moyen de ne plus dépendre de Trump ?
Mais d’autres membres du SPD, traversé par un courant pacifiste, se montrent plus ouvertes à la proposition de Vladimir Poutine. « Cela doit être soigneusement pesé en étroite concertation avec nos partenaires européens et ne pas être exclu d’emblée de manière catégorique », a souligné Adis Ahmetović, porte-parole du SPD pour les affaires étrangères au Bundestag, auprès de l’hebdomadaire Spiegel. « Si l’on ne veut pas que Poutine et Trump décident seuls de l’avenir de l’Ukraine, il faut saisir chaque chance. Même si elle est infime », a abondé le député Ralf Stegner dans les colonnes du Spiegel.
« Le gouvernement fédéral devrait soutenir cette initiative de toutes ses forces », a réagi auprès du journal Welt Markus Frohnmaier, député de l’AfD parti d’extrême droite prorusse et principale force d’opposition en Allemagne.
Cette offre de Poutine est « une pure manœuvre rhétorique » , rétorque Agnieszka Brugger, la vice-présidente du groupe parlementaire des Verts, dans Welt.