La bataille pour renvoyer des Américains sur la Lune ne se joue pas seulement entre les États-Unis et la Chine, elle fait aussi rage entre deux milliardaires. Si SpaceX (avec son Starship HLS) semblait jusqu’ici en pole position, la société d’Elon Musk voit son grand rival, Blue Origin, marquer des points décisifs. L’arrivée récente d’un prototype de la cabine d’équipage Blue Moon Mark 2 au sein des installations de la NASA soulève une question brûlante : et si le premier atterrisseur du programme Artemis ne venait pas de SpaceX ?
Ce que vous allez apprendre
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L’arrivée d’un prototype grandeur nature de Blue Origin au Centre spatial Johnson, officialisant une nouvelle étape d’entraînement pour la NASA.
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Le calendrier chargé de l’atterrisseur cargo MK1, un « brouillon » crucial avant d’envoyer des humains sur la Lune.
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Pourquoi le manque de communication de SpaceX et les défis techniques du Starship V3 inquiètent les observateurs.
Un visiteur inattendu au Texas
L’objectif de la NASA est clair : utiliser le programme Artemis pour alunir à nouveau. Et pour ce faire, l’agence américaine a parié sur deux chevaux : le Starship HLS de SpaceX et le Blue Moon Mark 2 (MK2) de Blue Origin. Initialement, les deux engins devaient être testés en orbite lors de la mission Artemis 3 fin 2027, avant le véritable atterrissage habité prévu pour Artemis 4 en 2028.
Cependant, une image publiée ce jeudi par la NASA vient de relancer les spéculations. Un prototype grandeur nature de la cabine MK2 de Blue Origin vient d’être installé au Centre spatial Johnson à Houston. Cette imposante maquette ne servira pas de simple décor : les astronautes et le personnel vont l’utiliser intensivement pour simuler des scénarios de mission, tester les sorties en scaphandre et valider la communication avec le centre de contrôle.
Le fait que la NASA débute cet entraînement capital avec le matériel de Blue Origin, et non celui de SpaceX, en dit long sur la confiance accordée à l’entreprise de Jeff Bezos.
L’approche méthodique de Blue Origin
Ce « favoritisme » apparent s’explique par les progrès constants et très médiatisés de Blue Origin. Avant de risquer des vies humaines avec le MK2, l’entreprise teste un atterrisseur cargo nommé Endurance (Blue Moon Mark 1). Ce dernier a récemment passé avec succès ses tests thermiques sous vide et se prépare pour une mission de démonstration imminente. En validant ses systèmes sur une mission non habitée, Blue Origin accumule des données inestimables et franchit les étapes de manière très structurée.
Le seul véritable frein à cet élan repose sur la fusée censée envoyer ces atterrisseurs : la New Glenn. Actuellement clouée au sol par la FAA (le régulateur américain de l’aviation) après avoir placé un satellite sur une mauvaise orbite en avril dernier, cette fusée doit impérativement reprendre ses vols pour que le programme lunaire suive son cours.
Crédit : NASALe prototype grandeur nature de la cabine de l’équipage de l’atterrisseur Blue Moon Mark 2 de Blue Origin, situé dans le bâtiment de maquettes de véhicules spatiaux du Centre spatial Johnson de la NASA.
Le silence radio de SpaceX
Du côté d’Elon Musk, le contraste est saisissant. Le développement du Starship HLS se fait dans une grande opacité. Si SpaceX a vaguement communiqué en octobre 2025 sur le franchissement de 49 « étapes clés », la société reste muette sur les détails.
Le nœud du problème réside dans l’architecture même du projet. Le HLS n’est autre qu’une version modifiée de l’étage supérieur du colossal Starship V3. Or, pour que cet atterrisseur voie le jour, SpaceX doit d’abord faire voler la fusée V3 avec succès, dont le vol inaugural serait visé pour le 15 mai, après un récent test de poussée. Pire encore, l’entreprise doit maîtriser l’amarrage et le ravitaillement de carburant en plein vol orbital, un défi technologique d’une immense complexité qui est loin d’être résolu. Si la course est loin d’être terminée, les prochains mois seront décisifs pour déterminer si SpaceX peut rattraper son retard ou si Blue Origin s’imposera comme le transporteur officiel du retour de l’humanité sur la Lune.