Le fortin de l'Escalette (XIXe siècle) aux Goudes.Le fortin de l’Escalette (XIXe siècle) aux Goudes. / Photo Photo L.B.

À Marseille, l’histoire des fortifications n’a pas toujours besoin de livres pour se découvrir. Elle s’offre aussi à vous en pleine nature. Dans les calanques des Goudes et de Marseilleveyre, il y a tout un chapitre à lire à ciel ouvert. Au fil des pas qu’on y enchaîne, comme autant de pages d’un recueil que l’on tournerait, bien des vestiges apparaissent au détour d’un sentier ou en contrebas d’une pente caillouteuse. Tous témoignent des stratégies savamment élaborées en matière de défense côtière au cours des trois derniers siècles.

À chaque époque, son enjeu. Sous Napoléon Ier (1804-1815), la problématique posée par le blocus anglais amena à se prémunir en conséquence afin de desserrer cet étau et en écarter la menace. La fluidité de l’activité commerciale en dépendait. Décision fut alors prise d’ériger des batteries à hauteur de Marseilleveyre face aux îles de Riou, de Plane et de Jarre. Ainsi protégés dans ce chenal de circonstance, les bateaux marchands n’avaient plus qu’à emprunter le couloir en question pour échapper à des navires anglais immédiatement exposés au feu des canons français positionnés à faible distance.

Des batteries napoléoniennes
Dans la calanque de Marseilleveyre, le corps de garde, la maison du gardien, la réserve de poudre, la cuisine et la citerne d'eau de la batterie napoléonienne (1811) sont encore intacts.Dans la calanque de Marseilleveyre, le corps de garde, la maison du gardien, la réserve de poudre, la cuisine et la citerne d’eau de la batterie napoléonienne (1811) sont encore intacts. / Photo Photo L.B.

De part et d’autre de Marseilleveyre, il est encore possible aujourd’hui de deviner l’emplacement de deux batteries napoléoniennes datant de 1811. Si l’une, située à la calanque de la Mounine, ne se distingue des rochers plongeant dans la mer que par son mur en demi-cercle et sa dalle dédiée à un mortier, arme à tir vertical, l’autre, accrochée à la calanque de Marseilleveyre, n’existe plus que par un bâti composé du corps de garde, de la maison du gardien, de la réserve de poudre, de la cuisine et de la citerne d’eau, un ensemble en parfait état de conservation. Pour avoir un aperçu général de ce type de batterie du début du XIXe siècle, il suffit donc de les étudier l’une après l’autre.

À Marseilleveyre, on peut même remonter le temps jusqu’au XVIIIe siècle, période Louis XV (roi de France de 1715 à 1774), puisque les fondations d’une batterie d’époque côtoient l’ensemble encore intact datant de Napoléon Ier. La superposition des séquences de l’Histoire est d’ailleurs une constante dans ce paysage de roches et de garrigues. Le fortin de l’Escalette, aux Goudes, en est un autre exemple.

Le fortin de l’Escalette, archétype de la tour modèle
Dans une galerie du magasin sous roc du fortin de l'Escalette.Dans une galerie du magasin sous roc du fortin de l’Escalette. / Photo Photo L.B.

Avec cet ouvrage, on a face à soi la définition même d’une tour modèle, construction standard du XIXe siècle appelée à se dupliquer à l’envi sous l’impulsion du général et ingénieur militaire de référence, Raymond Adolphe Séré de Rivières. Avec son bâtiment de casernement édifié à flanc de colline afin d’être protégé, sa cuisine, sa réserve d’eau, son magasin creusé sous la roche, ses alvéoles pour canons et ses tranchées de combat à vocation défensive, cette batterie en est l’archétype. Elle n’a toutefois pas été particulièrement mise à contribution jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et l’occupation allemande à partir de 1942.

Placé sur une ligne de défense ennemie qui s’étendait de Nice jusqu’à Perpignan, en Méditerranée, le littoral marseillais avait été, alors, quadrillé par la Wehrmacht. De par sa situation, la zone des Goudes concentra à elle seule toute une série de constructions, bunkers, tobrouks et autres abris pour combattants. Les Allemands s’approprièrent aussi des installations déjà existantes comme le fortin de Croisette, autre ensemble signé Séré de Rivières en plein cœur des collines des Goudes, et celui de l’Escalette. Une aubaine pour les soldats du IIIe Reich qui ont pu bénéficier d’infrastructures prêtes à l’emploi. Un sens de l’opportunisme qui ne leur a cependant pas réussi puisqu’à l’issue d’âpres combats, l’heure de leur débâcle sonna en août 1944.