La guerre en Ukraine « touche à sa fin ». Cette affirmation de Vladimir Poutine a de quoi laisser perplexe, alors que la trêve à l’occasion des commémorations du 8 Mai 1945 n’a pas été respectée ce weekend. Sur le front, les positions s’enlisent mais la guerre technologique bat son plein et les combats ouvrent une nouvelle ère. Plongée dans la guerre des robots en Ukraine.

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Celui qui se fait appeler Snow est français. Il est engagé au sein du 426e régiment de systèmes sans pilote du corps des Marines ukrainiens.

« Je suis pilote de drone à aile fixe kamikaze. Il faut s’imaginer des avions télécommandés. Les miens sont un peu plus grands qu’un homme et ils me permettent d’envoyer une bombe, un explosif, sur des cibles de l’infrastructure, des lignes logistiques ou du personnel, d’une portée qui peut aller de 20 km jusqu’à 150 km. 

Il y a un fort côté économique à cette solution. On est sur une guerre technologiquement extrêmement dynamique. Chaque semaine, il y a de nouveaux drones qui sortent. Chaque semaine, on a de nouvelles techniques, de nouvelles interventions ».

Et chaque camp essaie de copier les avancées technologiques de l’autre, confie ce pilote de drone.

« Les drones, il y en a tellement, il y a un débit tellement fort autour de nos positions que forcément, ils finissent par tomber. Je vais prendre l’exemple du Molniya russe, un avion kamikaze à aile fixe qu’ils utilisaient depuis deux ans maintenant. Les Ukrainiens les ont récupéré, ils ont créé le Bliskovka, une copie quasi identique à ce drone, et nous, du coup, on les reproduit, on les utilise et on les renvoie vers eux. »

Des drones pour livrer de la nourriture, de l’eau et des fournitures médicales

Dans la kill zone — la zone de destruction au plus près de la ligne de front —, il est trop dangereux de risquer encore des vies humaines pour des questions logistiques. Ce sont donc des robots qui sont envoyés, explique le sergent Serhii, qui combat dans le Donbass.

« Un pilote de drone a été récemment blessé sur une position très dangereuse, avec des essaims de drones dans le ciel. On a pu l’évacuer grâce à un véhicule sans pilote, contrôlé à distance. Dans notre brigade, on utilise aussi de gros drones pour livrer de la nourriture, de l’eau ou même des fournitures médicales. L’année dernière, l’un de nos soldats avait besoin d’une transfusion sanguine. La poche de sang lui a été livrée par drone. »

L’armée russe aussi utilise des robots, raconte Oleksandr Tartachnyi, analyste du think tank State Watch Ukraine.

« Le prix de fabrication des robots terrestres est d’un million de roubles. C’est presque 12 000 euros, ce n’est pas grand-chose pour l’industrie militaire. Ce sont des plateformes multifonctions. Ils peuvent être utilisés comme robots logistiques, mais il est aussi possible d’y ajouter une mitrailleuse et d’en faire un robot de combat. Ils sont alors utilisés surtout pour contrôler un territoire ou soutenir des soldats. La précision des tirs est un gros problème pour ces robots de combat, même s’il y a des progrès. 

Le plus gros point faible des robots russes, c’est la connexion, parce qu’ils n’ont pas accès au satellite Starlink. Ils peuvent utiliser une connexion radio, mais on peut brouiller le signal. Les chercheurs en Russie travaillent sur l’autonomie des robots terrestres avec l’intelligence artificielle, mais pour l’instant, ce n’est toujours pas faisable. »

Les Ukrainiens testent des robots humanoïdes

Même si les technologies évoluent très vite, les robots les plus basiques et les moins coûteux sont privilégiés sur un front qui s’enlise, explique l’ingénieur Alain Filipowicz, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle.

« Les Ukrainiens testent des robots humanoïdes en peu d’exemplaires, venant des États-Unis, d’une société américaine. Là, on rentre vraiment dans des choses qui ressemblent à Star Wars. Je ne suis pas sûr que ce soit tellement intéressant que ça. Le robot humanoïde, c’est quelque chose de cher et de fragile par rapport à des robots beaucoup plus simples et beaucoup moins chers qui, eux, peuvent faire le boulot de façon tout aussi efficace. Par contre, l’effet psychologique peut être terrifiant. 

Le retour à un système de guerre de position façon guerre de tranchées 14-18, on sait que c’est extrêmement coûteux en hommes, que certaines nations peuvent se le permettre compte tenu de leur absence d’éthique et de leur façon de faire — je pense notamment à la façon qu’ont les Russes de conduire les opérations. Les Ukrainiens ne peuvent pas se le permettre, ce qui veut dire que chaque vie qu’on peut sauver par l’usage de robots, et de robots qui ne sont pas forcément très sophistiqués et très chers, ça le mérite. »

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De janvier à mars derniers, 22 000 missions de l’armée ukrainienne ont eu recours à des robots. « C’est l’équivalent de vies sauvées 22 000 fois », s’est félicité le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Laurie-Anne Toulemont

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